Les Bouchards : connaissez vous ce hameau hors du temps ?

 Au delà des Houches, dans ce petit vallon caché de Vaudagne sur le chemin vers le mont Borrel se niche un hameau des plus magnifiques.

Ici le temps est suspendu. Quelques maisons, entourées de greniers et remises,  un four à pain. Pas de clôtures. Il y a les Bouchards d’en haut,  avec trois maisons, les Bouchards d’en bas avec cinq maisons. En patois  on dit les Bouchards d’ava et les Bouchards d’amon.

On apprécie ce milieu préservé, authentique. Certaines de ces  anciennes fermes ont été restaurées,  sans ostentation, dans le respect de l’architecture originelle. La plupart datent de la fin du 18ème, début du 19ème.  Sur la mappe sarde  on en comptait un plus grand nombre.

Ces fermes sont édifiées selon le même plan, comme toutes celles de notre vallée. Leurs bases sont construites avec les pierres des torrents, jointoyées à la chaux puis crépies  également à la chaux.   Ce rez-de-chaussée    abritait  à la fois les hommes, à l’aval du bâtiment  vers le soleil. et  les animaux  à l’amont (vaches- chèvres-cochon,  parfois un mulet).Le long des façades, sur le pignon avant, courent des galeries où l’on faisait sécher le linge et aussi les petites récoltes comme les oignons ou les prunes produites dans les champs du côté de Servoz -Passy. De même pour  le chanvre ou le lin qui étaient suspendus à de  longues perches accrochées au pignon.

 Pour accéder  à l’intérieur on emprunte  une sorte de « sas » appelé le « devant de l’Outa ». Celui-ci  donne sur  deux portes. L’une ouvre sur un  un couloir appelé « puech » par lequel on accédait   au logement familial, d’abord   à la cuisine appelée outa. Outa lieu de la « bourne » immense cheminée traversant la totalité de la maison. A l’intérieur on y fumait les salaisons, provisions indispensable pour la survie de toute la famille.

De là on accédait au   pèle, pièce chauffée par un poêle, le  lieu de vie de la famille. Parfois trouve t-on  une chambre supplémentaire  pour les parents.

Du « devant de l’outa »  une autre porte donne  accès à l’écurie où se tenaient  les bêtes  le temps des longues périodes d’hivernage.

Au sous-sol se trouvait la cave. Y étaient entreposés les fromages fabriqués par la famille, les salaisons fumées ou salées sur place,  les réserves de « tartiffles » (pommes de terre) ou fruits produits dans  les environs.

La partie supérieure abrite la grange à foin. Une  charpente dite « à colonnes » s’appuye  sur la maçonnerie du bas.  Les parois sont formées par un mantelage de planches horizontales non jointes afin d’aérer l’ensemble. Adossée à l’amont, est aménagé  un accès de plain pied. On  stockait « les trosses » de foin,  afin de nourrir les bêtes durant les longs mois d’hiver.

Chacune des ses fermes possède un, voire deux greniers. Un four a été restauré.

Ici on est en paix.   Respectons ce lieu magnifique…

 

Merci à Yves Borrel pour sa collaboration

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

Ces petites maisons typiquement chamoniardes qui se transforment !

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond  Lasserre

A Chamonix, qu’est-ce que  le Pont de Cour ?

 

A Chamonix, franchir l’Arve, passer d’une rive à l’autre, est pour nous une habitude quotidienne.  Traverser l’Arve autrefois  était une problématique majeure pour nos anciens. 

Aujourd’hui, nous avons un grand et large pont de pierres situé entre la poste et le bar de la Terrasse. Ce lieu s’appelle, depuis le Moyen Age, le Pont de Cour. Et de ce pont part le plus ancien chemin de Chamonix qui se dirige, au-delà de la rive gauche, vers les villages des Mouilles et de la Frasse.

On le trouve parfois orthographié Cour, Court ou encore Couz.

Mais alors pourquoi dans certains documents trouve-t-on parfois Couz? Couz dans les Alpes signifie un col. Ici ? Un col ?  Peut être un lieu ou les berges se resserrent? En tous cas certainement un lieu où il était relativement aisé de traverser grâce  à  une passerelle.

En 1435, à la lecture des actes signés entre les prieurs et les communiers, on apprend que les riverains ont l’obligation d’entretenir les routes et les ponts, mais on ne relève rien de précis concernant notre pont au cœur de Chamonix.

 Ce Pont de Cour fut en 1635  l’objet d’une transaction entre la communauté de Chamonix et le chapitre de la collégiale de Sallanches. Il est précisé que « la communauté de Chamonix sera tenue à perpétuité de rendre accessible le Pont de Cour avec une largeur suffisante pour y passer les chariots, à la charge néanmoins que les seigneurs du Chapitre seront tenus de faire le port de tout le bois et qu’ils seront tenus de le couper dans la dîmerie de l’église du lieu »

Ainsi, un seul pont de bois donnait accès à la rive gauche, régulièrement emporté par les débordements  de l ’Arve. Cette petite passerelle  n’était pas plus large d’un mètre. L’Arve, rivière indisciplinée au cours changeant,  avait pour habitude de déborder de ses berges, et la passerelle de bois était bien souvent détruite.  Mais toujours  elle fut reconstruite au même endroit.

 Paul Payot,   dans son livre « Au royaume du Mont Blanc », nous apprend que le 18 septembre 1801 le pont de Cour est tombé avec sept vaches appartenant aux frères Désailloud…  Les vaches n’ont pas eu de mal, heureusement 

!l faudra attendre les années 1840, sous le régime du royaume de Piémont Sardaigne, pour que certains travaux d’endiguement soient engagés. C’est d’ailleurs durant cette période que l’on voit la construction en encorbellement de la pension de la Terrasse. Les travaux   de canalisation  reprendront sous le régime français dans les années 1870-1880.

Il est instructif de regarder les diverses vues, tableaux, lithographies représentant ce pont de bois. Tout d’abord passerelle étroite peu engageante, on la voit se transformer, devenir de plus en plus large. Le pont sera refait à neuf en 1832,  puis construit en pierre en 1880, et encore élargi à son emprise actuelle dans les années 1970.

 

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Vidéo prise d’un drone du sommet de la statue du Christ Roi des Houches

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond lasserre

Sur la commune des Houches une statue monumentale : le Christ Roi

 

A 1265 m d’altitude,  on la distingue à peine dans le paysage, perdue qu’elle est dans l’immensité de la montagne. Il faut être à son pied pour  prendre la mesure de cette statue monumentale. Elle mesure 25 mètres de haut, pèse 500 tonnes. Imposante, campée sur un éperon rocheux de 50m, elle domine de  200 m le  fond de la vallée  face au Mont-Blanc.

Carte postale années 1940…

Mais quelle est donc l’histoire de cette statue inaugurée en août  1934? Pourquoi à cet endroit  dans la vallée de Chamonix  une statue du Christ Roi ?

C’est un abbé,  l’abbé Claude Marie Delassiat, curé des Houches en 1926, qui rêve de rendre hommage au pape Pie XI mieux connu, dans la vallée,  sous le nom d’Achille Ratti. Il avait gravi le Mont Blanc côté italien en 1890, il  avait logé aux Houches. Devenu pape, il  avait proclamé, dans une encyclique, la royauté universelle du Christ c’est-à-dire la primauté du Christ Roi sur l’homme alors que monte en Europe la vague des dictatures. Cette statue veut symboliser l’amour et la paix entre les hommes. Projet soutenu non seulement par l’évêque, le Vatican et les instances politiques mais aussi par les habitants de la vallée. Désir de paix de la part de l’église  ? volonté de domination par la foi ? Les années 1930 sont troubles, elles  annoncent un chaos que nul ne peut imaginer.L’Eglise cherche à prévaloir sa volonté sur l’esprit laïc dominant de l’époque.

L’abbé  lance une souscription. En 3 ans il récolte la somme nécessaire pour la réalisation de son projet.

On fait appel à un sculpteur parisien, George Serraz , spécialiste de l’art religieux. L’architecte Viggo Féveile, installé à Chamonix,  supervise l’ensemble des travaux. Ce sera donc une statue monumentale en béton, matériau devenu à la mode depuis l’après guerre. On imagine les difficultés rencontrées pour la réalisation des travaux dans ce lieu qui n’était desservi par aucune route carrossable. La base de la statue  sera composée de blocs de béton coupés en tranches, puis assemblées sur place. Le buste, les bras, la tête sont réalisés tout d’abord  en terre. De ces réalisations on en ferra des moules en plâtre. Le béton sera alors coulé dans ces moules. Quelques détails seront travaillés directement sur le béton frais.

Le socle de ce monument abrite  une chapelle avec deux autels où deux prêtres pouvaient officier en même temps. Elle et est décorée de diverses statues dont un buste du pape Pie XI et d’une statue de « Marie reine du monde ».  Un escalier tournant  de 84 marches à l’intérieur  permet d’accéder à une plateforme dissimulée derrière la couronne. On dit même qu’un passage existe le long du bras qui bénit !

 

Cette statue est non seulement typique de l’art religieux de l‘époque dans un contexte international de gigantisme mais elle est par ailleurs une émanation explicite de l’art décoratif. Cette expression artistique de l’entre deux guerre se révèle ici dans cette statue monumentale. L’ « art déco » est l’art du modernisme. Tout d’abord on utilise les nouveaux matériaux, ici ce sera le béton. Puis « l’art déco » est l’art  de la géométrie, de la symétrie, en rupture avec « l’art nouveau » qui est l’art des circonvolutions. La statue du Christ Roi est représentative de cette vision moderne.

Grâce aux drones on peut aujourd’hui mieux apprécier cette statue  emblématique quelque fois moquée pour sa silhouette massive.

Son intérêt historique mérite qu’on l’apprécie.

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Autres statues monumentales de Christ Roi :

Brésil à Rio : statue de 25m de haut sur un piédestal de 85m – 1931

Portugal à Almada Lisbonne : 28m de haut sur un portique de 82m – 1949-

Suisse dans le Valais à Lens: statue de 15m su socle de 15m – 1935

Pologne à Świebodzin : statue de 33 m de haut – 2010

Bibliographie :

Gilbert Gardes Histoire monumentale des deux Savoies

Revue de l’illustration 1934

Yves Borrel : document écrit  pour la commune des Houches

Paul Guichonnet : Encyclopédie savoyarde

 

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Qu’est devenu l’ancien kiosque du PLM de Chamonix

Un des plus charmants hôtels de notre vallée : l’Hôtel de la Prairie au village des Bois

 

Il évoque une   petite maison du bonheur, une exception dans cette vallée où profit  jongle avec urbanisation. On est sous le charme de cet hôtel  construit au cœur des  champs face au Mon Blanc. On  admire sa façade ancienne et traditionnelle, on aime sa tonnelle luxuriante et ses nappes à carreaux… Ici on ressent ce sentiment d’un passé suranné qu’évoque ce lieu hors du temps.

  Henri Claret Tournier construit entre 1900 et  1905 un petit hôtel sur une jolie parcelle de terre appelée « les Carrés », dont il a hérité tandis que son frère  recevait  la ferme familiale proche.Les habitants du village participent à la construction, les graniteurs de la carrière voisine réalisent  tous les encadrements en granit  des fenêtres et portes de l’hôtel.

Henri  avait compris que la poussière et l’agitation du centre de Chamonix pouvaient faire fuir des clients qui seraient alors à la recherche d’un lieu verdoyant et tranquille. Pari gagné. L’hôtel n’ouvrira que l’été,  mais ne désemplira pas de saison en saison d’été.

C’est bien chez Henri  que les clients citadins viendront se reposer et profiter du calme absolu de ce village authentique. A l’arrière de la maison,  selon la tradition,  il  y eut longtemps une écurie qui permettait ainsi de fournir la clientèle  en lait frais. De même un potager  jouxtait l’hôtel. Du bio avant l’heure…

Henri était guide. Il sera guide chef en 1920, et  aussi conseiller municipal pour la commune de Chamonix.  Avec ses clients qui logeaient chez lui il parcourra  la montagne, les emmenant  partout dans le massif. Il ira, entre autres,  99 fois au sommet du Mont Blanc, le plus souvent avec eux.  Belle performance !

HHenri Claret Tournier et son épouse Aline, sa fille Perlina, et l’employée de maison.

Henri avait pour épouse Aline, une Charlet venue d’Argentière. C’est elle qui tiendra l’hôtel lorsque son mari de guide partait en montagne. C’est elle qui saura recevoir cette clientèle citadine. L’hôtel ne désemplissait pas de tout l’été. La clientèle anglaise prenait plaisir à passer un mois ou deux ici  au village des Bois, loin des fumées londoniennes.

Le livre d’or est de ces années là est un vrai plaisir à lire. Nombreux sont les annotations, les poèmes sur l’extrême gentillesse des propriétaires de l’hôtel.

Perlina, la fille adorée d’Henri , prendra la succession. D’une main de maître elle tiendra l’hôtel jusque dans les années 1950. C’est à cette époque que Jean Louis Barrault et Madeleine Renaud  résideront à la chambre n°16 face au Mont Blanc, dans  cette pension au cachet si rare .Ce  petit hôtel se transforme doucement. Il était difficile pour les héritiers  de moderniser un hôtel datant des années 1900. Cependant, contrairement à beaucoup d’autres hôtels de la vallée qui changeront de mains,  il restera la propriété de la famille. En 1950 Jean et  Louisette font de cet hôtel une pension de famille chaleureuse et appréciée de tous, connue entre autre pour son excellente cuisine .On gardera jusqu’en 1990 la veille tradition chamoniarde d’appeler les clients pour les repas à l’aide d’une cloche… C’est dire à quel point cet hôtel était  apprécié à sa juste valeur pour l’authenticité de ses habitudes.

De nos jours il est tenu par Geneviève, la petite fille de Perlina. Elle entretient avec bonheur la tradition familiale,  elle  modernise peu à peu les lieux, leur conservant ce charme d’une autre époque.

On ne peut que souhaiter que cet hôtel, à l’attrait  si  indéfinissable,  puisse rester encore longtemps au milieu des prés méritant son  nom de « la Prairie ».

On lui souhait longue vie…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

La rue de l’église Aujourd’hui – Hier (en image)

 

 

A gauche on distingue très bien le magasin musée « Au Cristal de Roche  » construit par Venance Payot ancien guide, ancien maire de Chamonix, éditeur, collectionneur scientifique passionné .
Le magasin fut détruit et remplacé par la banque Payot édifiée en 1930 par Paul Payot, neveu de Venance Payot
A l’arrière un bâtiment, second hôtel du « Mont Blanc » construit en 1857, détruit pour être remplacé par le bâtiment Kursaal (actuellement le bar Cheval rouge et boulangerie).
Ici était le carrefour , le lieu de rencontre entre les guides chamoniards et leurs clients venus des divers hôtels.
A droite on voit très bien l’hôtel le Terminus et l’ancien relais des diligences devenu pharmacie , un peu plus loin se trouvait le bureau des guides (emplacement actuel du magasin hightech) et un peu plus loin encore on reconnaît l’hôtel Impérial devenu hôtel de ville en 1907.

 

Histoire et Patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

La tourne de l’église de Vallorcine

 

 La vision de l’église de Vallorcine protégée par sa tourne est saisissante.

Elle est seule face à l’adversité, face aux avalanches,  et  on éprouve de la crainte pour elle.

Depuis toujours,  elle est édifiée à cet emplacement et depuis toujours elle est protégée par une tourne…

Une tourne, turne en patois vallorcin,  est  une digue en forme d’étrave  dressée en amont d’un bâtiment pour  le protéger.

Si à Chamonix on parle d’une tourne, attention à Vallorcine on parle d’une turne.

En 1272  ici fut construite une église, détruite 16 ans plus tard,  probablement par une avalanche. Puis  reconstruite dans la foulée et inaugurée le 8 juin 1288. On sait peu de choses de cette église médiévale sinon qu’elle était  protégée par une tourne en bois.

Le 1er  mars 1594 la nef et une maison furent détruites par une avalanche.

Le 5 mars 1674 le hameau du Siseray  proche, situé à environ 300m fut  totalement enseveli.

Le 20 février 1720 la chapelle dans la tourne fut  soufflée, le cimetière autour de l’église endommagé.

La turne n’était pas assez haute pour protéger l’ensemble.

Sur la mappe sarde de 1733 on distingue clairement l’église protégée par sa  tourne. Cette église ancienne est dans le sens ouest -est (donc contraire à l’église  actuelle) et dans les bras  de la tourne  on distingue clairement une  chapelle la chapelle de la confrérie du saint Esprit .

Mappe sarde 1733 . Copyright Archives départementales

 L’église  étant devenue vétuste, les Vallorcins désirèrent la reconstruire. Que de palabres entre eux ! Et oui…  Ceux du haut de la vallée souhaitaient  une église plus sécurisée et plus proche de  leurs lieux d’habitations, et  ceux du bas voulaient  la maintenir au même endroit. C’est le curé,  le curé Cruz,  qui   parvint finalement  à convaincre ses paroissiens de maintenir l’église dans son lieu d’origine.

 Mais avant tout, on se devait de reconstruite la « turne ».

On la voulait  bien , plus résistante, plus forte, plus large que la précédente.. Un projet titanesque pour l’époque !

Les travaux  furent engagés en 1720. Il fallut deux ans aux Vallorcins et une volonté d’airain  pour l’édifier. Ils donnèrent 4500 journées de travail  pour la construire. Durant l’été,  les bonnes pierres étaient repérées dans les éboulis, pierres  que l’on faisait glisser sur la neige en fin d’hiver. Le sable nécessaire était porté le soir après les travaux des champs. La chaux, indispensable pour lier l’ensemble provenait d’un four situé aux Jeurs (en Suisse), elle  fut acheminée en un jour au moyen de hottes.

Mais quel travail ! Quelle volonté ! Quelle réalisation !

Cette tourne se montra efficace car en 1803 l’avalanche évita  l’église alors qu’elle s’étendit dans toute la pente environnante.

En 1843 l’avalanche détruisit le haut du  clocher et endommagea le presbytère, le chœur et la nef furent épargnés. La turne a joué son rôle ! On la renforça  en 1863, puis en 1954. Désormais on l’entretient avec beaucoup d’attention. Encore en 1999 elle protégera  l’église  de l’énorme avalanche descendue jusque dans le lit de l’Eau Noire, la rivière de fond de vallée.

Cette turne est impressionnante.

Actuellement la tourne d’origine de 1721 est à l’intérieur de la turne actuelle .Haute de 3m et large de 5m.

Les murs ont  été renforcés en 1863  par un mur supplémentaire de 3m de haut pour renforcer la turne d’origine.

Ce qui lui donne en côté ouest une hauteur de 5m au niveau de l’église.

La construction est  en pierres sèches, sans liant.

 Compte tenu de leur taille et de la précision de l’ouvrage, c’est un travail colossal ….On ne peut qu’être admiratif !

Elle jouera encore son rôle lors du déclenchement de l’avalanche de 1999.

photo OT Vallorcine

 

Bibliographie 

Germaine Lévi-Pinard : Vallorcine au 18ème siècle .

Françoise et Charles Gardelle : Vallorcine-

E v’lya : la revue n° 4 du musée vallorcin

Jean Yves Mariotte : Henri Baud – Alain Guerrier : Histoire des communes savoyardes.

 

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Lorsque la Montagne Maudite devient le Mont Blanc

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Pierre Martel – 1744 – « Veüe de la vallée de Chamonix et des glacières ». « Divers animaux qui habitent en montagne ». Gravure à l’eau forte – Collection privée

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Chamonix n’a jamais été  une vallée ignorée.

Depuis le tout début du Moyen Age elle voit passer du monde : des marchands, des prêtres, des collecteurs d’impôts, des diacres, des juges etc… De même, le chamoniard a l’habitude de circuler hors de sa vallée. Nombreux sont les documents relatifs à la vie  du ,En 1580, un archidiacre Bernard Combet décrit d’une manière précise les glaciers de la vallée.  Nicolas de Crans, commissaire de la chambre des comptes de Savoie, se rend à Chamonix  en 1601 puis en 1616 et évoque les glaciers et la destruction des villages de Bonnenay et Châtelard. En 1606, lors d’un voyage pastoral, l’évêque François de Sales évoque ces « monts affreux » qui l’impressionnent particulièrement. Puis viendront tout au long du 17ème  ses successeurs pour exorciser ces montagnes de glace. En 1626 accompagnant l’atlas  de Mercator, on trouve cette allusion au sommet des Alpes ,  « …la plus haute montagne du pays est la « glaciale » appelée maudite par les habitants à cause des neiges perpétuelles dont se forme le cristal ». De même en 1669 Chamonix est mentionné par René le Pays .

Copie de Mappe sarde centre Chamonix

Et finalement en 1730 sera cartographiée  avec précision toute la vallée de Chamonix, sur un cadastre instructif mais dont seront exclus montagnes et glaciers.

 

 

 Mais en juin 1741,  pour la première fois, deux voyageurs viennent pour contempler, pour observer cette montagne maudite que l’on voit de Genève. Messieurs William  Windham et Robert Pocoke, gentlemen anglais, sont les premiers visiteurs qui  désirent voir ces montagnes maudites. C’est  totalement nouveau. 

L’un d’eux, William Windham,  relate son voyage dans un récit manuscrit qui circulera dans la haute sphère bourgeoise de Suisse. Il évoque le Montenvers et ce glacier des Bois qui l’impressionne, il le compare à un lac gelé.  Il ne fait cependant aucune allusion au Mont Blanc.

L’année suivante, en 1742, Mr Pierre Guillaume  Martel (ingénieur – mathématicien savant), après un échange de courriers avec Mr  Windham, décide de se rendre en  ce lieu si étonnant. Ce sera au mois d’août. Il vient avec quelques amis, apportant avec lui baromètres et instruments de mesure. Il monte découvrir le Montenvert et  la  « vallée de glace ». Il mesure les hauteurs diverses des lieux où il se rend, il évoque avec minutie « les glacières et leurs fentes ».

Pour la première fois dans l’histoire des Alpes il donne  le nom de Mont Blanc à la sommité la plus élevée. Il comprend que cette pointe  « mousse « (mot pour dire arrondi) est le point culminant malgré les apparences.

La montagne maudite  est donc baptisée  « MONT BLANC  » en ce mois d’août 1742 ! Jusqu’à ce jour,  aucun sommet du massif n’avait été nommé. L’ensemble s’appelait « les glacières » ou « la montagne maudite ».

 

En 1743, la relation de ce voyage est  publiée dans le Journal Helvétique de Neufchâtel, puis l’année suivante en 1744 à Londres sous forme de livret  le texte  de Mr Widham et le récit de Pierre Martel sont édités dans une brochure intitulée « An account of the glacières or Ice in Savoy ».

vallee-de-chamonix-par-pierre-martelDans celle-ci  se trouvent deux planches, gravées à l’eau forte, représentant les glacières de Chamonix. C’est la première représentation  du Mont Blanc et du village de Chamonix !  Mont Blanc qui d’ailleurs apparaît plutôt comme une aiguille rocheuse !

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« View of ice valley, and moutains that surround it from Mont Anver « – Robert Price

De même sur ce document figure  un vue intitulée «  view of ice valley, and mountains  that surround it, from Mont Anver » . Elle est signée Robert Price, il  ne s’était pas rendu dans la vallée mais il  avait  réalisé ce dessin d’après les descriptions que lui avaient faites Mr William Windham.

 

 

 

 

Cette publication jouera un rôle déterminant pour Chamonix. Ce sera le début du tourisme dans la vallée .

 

Texte de William Windham et Pierre Martel à découvrir sur la BNF

 

 

 

Histoire et patrimoine Chamonix – Christine Boymond Lasserre

SOURCES : 

William Widham et Pierre Martel. Relatons de leurs deux voyages aux glaciers de Chamonix – 1879  – Editions Imprimerie de Ponnant Genève. BNF

Le Mont Blanc vu par les peintres de Jacques Perret et Loïc Lucas. Editions du Belvédère

Mont Blanc, conquête de l’imaginaire. Collection Paul Payot –  Editions La fontaine de Siloë.

Regards sur les Alpes. Jacques Perret. – Editions du Mont Blanc.

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