Category: Découvrir l’histoire de Chamonix

Lorsque la Montagne Maudite devient le Mont Blanc

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Pierre Martel – 1744 – « Veüe de la vallée de Chamonix et des glacières ». « Divers animaux qui habitent en montagne ». Gravure à l’eau forte – Collection privée

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Chamonix n’a jamais été  une vallée ignorée.

Depuis le tout début du Moyen Age elle voit passer du monde : des marchands, des prêtres, des collecteurs d’impôts, des diacres, des juges etc… De même, le chamoniard a l’habitude de circuler hors de sa vallée. Nombreux sont les documents relatifs à la vie  du ,En 1580, un archidiacre Bernard Combet décrit d’une manière précise les glaciers de la vallée.  Nicolas de Crans, commissaire de la chambre des comptes de Savoie, se rend à Chamonix  en 1601 puis en 1616 et évoque les glaciers et la destruction des villages de Bonnenay et Châtelard. En 1606, lors d’un voyage pastoral, l’évêque François de Sales évoque ces « monts affreux » qui l’impressionnent particulièrement. Puis viendront tout au long du 17ème  ses successeurs pour exorciser ces montagnes de glace. En 1626 accompagnant l’atlas  de Mercator, on trouve cette allusion au sommet des Alpes ,  « …la plus haute montagne du pays est la « glaciale » appelée maudite par les habitants à cause des neiges perpétuelles dont se forme le cristal ». De même en 1669 Chamonix est mentionné par René le Pays .

Copie de Mappe sarde centre Chamonix

Et finalement en 1730 sera cartographiée  avec précision toute la vallée de Chamonix, sur un cadastre instructif mais dont seront exclus montagnes et glaciers.

 

 

 Mais en juin 1741,  pour la première fois, deux voyageurs viennent pour contempler, pour observer cette montagne maudite que l’on voit de Genève. Messieurs William  Windham et Robert Pocoke, gentlemen anglais, sont les premiers visiteurs qui  désirent voir ces montagnes maudites. C’est  totalement nouveau. 

L’un d’eux, William Windham,  relate son voyage dans un récit manuscrit qui circulera dans la haute sphère bourgeoise de Suisse. Il évoque le Montenvers et ce glacier des Bois qui l’impressionne, il le compare à un lac gelé.  Il ne fait cependant aucune allusion au Mont Blanc.

L’année suivante, en 1742, Mr Pierre Guillaume  Martel (ingénieur – mathématicien savant), après un échange de courriers avec Mr  Windham, décide de se rendre en  ce lieu si étonnant. Ce sera au mois d’août. Il vient avec quelques amis, apportant avec lui baromètres et instruments de mesure. Il monte découvrir le Montenvert et  la  « vallée de glace ». Il mesure les hauteurs diverses des lieux où il se rend, il évoque avec minutie « les glacières et leurs fentes ».

Pour la première fois dans l’histoire des Alpes il donne  le nom de Mont Blanc à la sommité la plus élevée. Il comprend que cette pointe  « mousse « (mot pour dire arrondi) est le point culminant malgré les apparences.

La montagne maudite  est donc baptisée  « MONT BLANC  » en ce mois d’août 1742 ! Jusqu’à ce jour,  aucun sommet du massif n’avait été nommé. L’ensemble s’appelait « les glacières » ou « la montagne maudite ».

 

En 1743, la relation de ce voyage est  publiée dans le Journal Helvétique de Neufchâtel, puis l’année suivante en 1744 à Londres sous forme de livret  le texte  de Mr Widham et le récit de Pierre Martel sont édités dans une brochure intitulée « An account of the glacières or Ice in Savoy ».

vallee-de-chamonix-par-pierre-martelDans celle-ci  se trouvent deux planches, gravées à l’eau forte, représentant les glacières de Chamonix. C’est la première représentation  du Mont Blanc et du village de Chamonix !  Mont Blanc qui d’ailleurs apparaît plutôt comme une aiguille rocheuse !

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« View of ice valley, and moutains that surround it from Mont Anver « – Robert Price

De même sur ce document figure  un vue intitulée «  view of ice valley, and mountains  that surround it, from Mont Anver » . Elle est signée Robert Price, il  ne s’était pas rendu dans la vallée mais il  avait  réalisé ce dessin d’après les descriptions que lui avaient faites Mr William Windham.

 

 

 

 

Cette publication jouera un rôle déterminant pour Chamonix. Ce sera le début du tourisme dans la vallée .

 

Texte de William Windham et Pierre Martel à découvrir sur la BNF

 

 

 

Histoire et patrimoine Chamonix – Christine Boymond Lasserre

SOURCES : 

William Widham et Pierre Martel. Relatons de leurs deux voyages aux glaciers de Chamonix – 1879  – Editions Imprimerie de Ponnant Genève. BNF

Le Mont Blanc vu par les peintres de Jacques Perret et Loïc Lucas. Editions du Belvédère

Mont Blanc, conquête de l’imaginaire. Collection Paul Payot –  Editions La fontaine de Siloë.

Regards sur les Alpes. Jacques Perret. – Editions du Mont Blanc.

La première représentation picturale du massif du mont Blanc

 

Voici un tableau étonnant. Il date de 1444 et a été réalisé par le peintre souabe Conrad Witz. Commandé par l’évêque de Genève pour la cathédrale Saint Pierre,  il représente comme il se doit une scène religieuse. Celle-ci intitulée « la pêche miraculeuse » est peinte au bord du lac Léman.

 

Effectivement, la scène se passe sur la rade du lac. On y voit le Christ, les pêcheurs avec leur filet sur la barque et Saint  Pierre patron de la cathédrale de Genève nageant vers Jésus. On comprend évidemment toute la symbolique religieuse de ce tableau.

Mais ce qui est tout à fait exceptionnel pour l’époque c’est l’arrière-plan. Un  paysage topographique précis. Bien peu de tableaux,  en cette période de fin du gothique début Renaissance,  laissent une place aussi  importante aux sites naturels environnants.

Certes, au 15ème siècle,   de nombreux tableaux ont pour décor un paysage. Mais celui-ci n’est jamais  identifiable. Il est virtuel, imaginaire, il sert de décor, ou alimente une métaphore ou une symbolique comme dans certains tableaux de peintres flamands ou même de Léonard de Vinci.

Ici ce n’est pas le cas. Le décor  est exact,  conforme   à la réalité.

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On remarque très bien, sur la droite, la ville de Genève dont certaines maisons reposent sur des pilotis,  le château de l’Ile (de nos jours au centre de la ville). A l’arrière les murs d’enceinte et des petits personnages   brandissant le drapeau de la  maison de Savoie.

On admirera surtout les détails du paysage sur le fond de cette scène. On y voit distinctement le Môle au centre, le Salève à droite, les Voirons à gauche et tout au fond le Massif du Mont Blanc, le massif  Ruan – Buet – Tenneverge, et à droite celui des Bornes – Aravis.

C’est la première représentation connue de l’ensemble des ces montagnes.

 Il faudra attendre plus de trois  siècles avant que le Mont Blanc ne fasse son apparition dans la peinture.

Ce tableau a été restauré en 2013. Il fait partie d’un ensemble de 4  panneaux visibles au musée d’art et d’histoire de Genève. A voir absolument.

 

 

Histoire et patrimoine Chamonix – 
Christine Boymond Lasserre
Sources :
Musée Art et Histoire de Genève .
Ouvrage : le Mont Blanc vu par les peintres (Editions du Belvédère)
Auteurs : Jacques Perret et Loïc Lucas
 

 

 

Le monument aux morts de Chamonix

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Habitués que nous sommes à passer à ses pieds, le regardons nous vraiment ?

Pour les 100 ans de la fin de cette épouvantable boucherie regardons le de plus près.

8019_image_11 Il est là,  bien campé sur ses jambes. Il semble songeur, mélancolique. Peut-être pense-t-il à ses compagnons morts pour la France?

20150324180151-04b67ebf-laAppuyé sur sa jambe gauche, son fusil attaché au dos et un cache nez autour du cou, il  n’est pas belliqueux. Probablement sur  le chemin du retour, il  semble avoir froid  et parait  bien   fatigué.Il s’appuie sur son bâton .Tout est là :  douleur et très grande tristesse.

Cette statue en bronze, haute de 2.50 m, s’élève à 4m20 du sol sur son socle. Elle représente  le poilu édifié ici en 1921 à la mémoire de tous les jeunes chamoniards morts durant cette guerre dévastatrice que fut  la première guerre mondiale.

La commune,  lors de la proposition faite en  1920  d’ériger un  monument aux morts, précise  aux architectes et sculpteurs de France participant au concours  qu’elle désire un monument qui s’inspire «… de la nature du site et du cadre qui entoure la vallée ».

Le sculpteur choisi, George Armand Vérez , et François Dupupet,  l’architecte, ont l’idée de faire appel à des graniteurs pour réaliser le socle sur lequel  se tient notre héros. Ce sera la famille Buzzolini de Combloux qui s’en chargera.

Ce socle, bloc erratique de granit trouvé au pied du couloir d’Orthaz,  pèse 40 tonnes et mesure 4.20 m de haut.  Son volume est  impressionnant. Ce rocher, il a fallu le travailler sur place, puis le transporter jusqu’à la place du Poilu! Ce labeur est l’une des grandes fiertés de cette famille Buzzolini et des ouvriers italiens travaillant le granit dans notre vallée.

Mais comment a-t-il été transporté ?

Une superbe photo nous montre le moyen utilisé à l’époque.

Sous le bloc ont été glissés  des rondins de bois posés  eux mêmes sur deux rails faits de troncs. Les rondins  étaient alors  déplacés de l’arrière vers l’avant pour assurer le  roulement du rocher qui avançait ainsi mètre par mètre!

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Quel travail ! Combien de temps a-t-il fallu pour le transporter 002_001d’Orthaz au centre ville ? Mais la tâche n’était pas achevée. Il a fallu  dresser le bloc et installer la statue de bronze en son sommet. Une autre photo nous montre un système sophistiqué de poutres, de palans et de polies qui ont permis l’élévation cette masse de 40 tonnes.

Mais il est intéressant  de retourner sur l’emplacement d’origine du rocher. Orthaz.

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L’avez-vous regardé avec attention?

Sur le côté on discerne avec  précision des marches taillées, jamais terminées. A quelle construction  étaient elles destinées ?

A l’arrière on distingue encore des traces de la « pioda », pioda que l’on retrouve sur le bloc du monument aux morts. C’était une série de trous taillés à la broche. Dans ces petits orifices  le graniteur enfonçait  peu à peu des coins de fer afin de provoquer une petite fissure. Là il  insérait de la « poudre noire »,   explosif  qui permettait   de fracturer  la pierre. Ici le bloc a été tranché net. L’ouvrier  a fait un excellent travail !

A regarder  de plus près, on distingue très bien que ce bloc a été exploité  à plusieurs reprises. Pour fabriquer d’autres monuments ? Peut être.

Celui du monument aux morts est le dernier gros  bloc taillé dans la vallée. Aussi, devant ce monument, nous  nous trouvons en face de deux symboles  forts.

Tout d’abord la mémoire d’une guerre dévastatrice qui aura endeuillé toutes les familles chamoniardes comme celles de toutes les communes de  France. Ne l’oublions pas.

Mais ce monument est aussi  le témoignage du travail d’ouvriers venus de l‘autre côté des montagnes, les graniteurs italiens, qui, quittant leur pays d’origine, sont venus travailler ici dans notre vallée. Ils ont, par ce dernier gros chantier,  laissé l’empreinte d’un peuple dur à la peine. Ils sont devenus pour la plupart chamoniards. Ils font partie de notre histoire locale.

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Inauguration du monument aux morts en 1921 collection Yves Borrel

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix
Christine Boymond Lasserre
 

 

 

Mont Oreb à Vallorcine . D’où nous vient ce nom biblique ?

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Le Mont Oreb au dessus du hameau du Couteray à Vallorcine

Mais d’où nous vient donc ce nom aux consonances bibliques ?

Le Mont Oreb domine le hameau du Couteray à Vallorcine et culmine à 2634m. C’est un lieu  privilégié  durant ces périodes d’automne en raison de l’ensoleillement exceptionnel de sa face sud ouest.

Une superbe randonnée sauvage nous emmène  au sommet. Ici c’est le domaine  des bouquetins et des marmottes, rarement dérangés car le lieu est peu fréquenté.

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Départ des voies d’escalade

De son pied partent des voies d’escalade aux noms  peu ordinaires. Selon les degrés de difficulté, vous pouvez grimper la voie de  « l’été indien », celle des  « diamants de sang » ou encore « la chasse aux trésors » ou « les chercheurs d’or ».

pierre-sculptee-2Dans les pentes herbeuses du sommet  on découvre  une pierre   gravée,   sur laquelle  on discerne un dessin précis où l’on  reconnaît les  « tables de la loi » **.

 Étrange, non ?

Cette inscription pourrait-elle être la raison du nom biblique du sommet ?

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Mont HOREB dans le désert du Sinaï.

Pour information,  dans la bible est cité  le Mont Horeb (mais avec un H), où Moïse aurait reçu les fameuses tables de la loi (voir ci-dessous). Celui ci se situe dans le Sinaï,  culminant  à 2285m. 

Mais ici à Vallorcine ? Y a-t-il une réelle origine biblique ?

Pourquoi donc ces inscriptions sur cette pierre perdue ?

De tous temps les Vallorcins  ont appelé ce sommet  l’Avouille Mousse ou encore la Tête Motze , c’est-à-dire l’Aiguille émoussée ou l’aiguille arrondie.

Alors ? Pourquoi le Mont Oreb ?

La  réponse nous vient de l’ouvrage écrit par Germaine Lévy Pinard  (« La vie quotidienne à Vallorcine ») où celle-ci précise que Mr Horace Bénédict de Saussure demanda à son guide, Pierre Bozon,  le nom de la  montagne qui dominait le hameau du Couteray.

croix-montets-avec-mont-oreb2-copie Il est évident que Mr de Saussure demandait le nom du sommet qu’il voyait. Mais au  18ème siècle, les sommets étaient rarement nommés, seuls les alpages  possédaient un nom.  Aussi  Pierre Bozon donna-t-il  à son client   le nom de l’alpage situé   à proximité. Celui-ci s’appelait « Lo rey » ou « Lo riez » .  Horace Bénédict de Saussure ne comprenant peut être pas avec précision ce que lui  dit son guide,  entendit « l’Oreb »… C’est ainsi que Mont Oreb  sera le nom donné par le naturaliste à cette montagne dominant le hameau.

 L’Avouille Mousse  prendra définitivement le nom biblique de Mont Oreb.

Mais pourquoi donc ces inscriptions sur une de ces pierres ?

 Il nous faut tout simplement remonter il y a une cinquantaine d’années  où un guide et un de ses amis , radiesthésiste et chercheur d’or,  découvrent ce lieu particulier et  isolé. 

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Celui ci  mystique et probablement inspiré par le lieu et par ce nom biblique, eut  l’idée de graver ces tables de la loi. Ignorant probablement l’origine exacte du nom de ce sommet, il fut certainement intrigué par cette appellation religieuse peu commune, d’où son envie de marquer à jamais sur une pierre le symbole du Mont Oreb afin d’intriguer les futurs alpinistes! Aidé de son guide, il réalisa son projet… Le secret fut bien gardé jusqu’à nos jours.

 Ces inscriptions figurent encore. A vous de les trouver !

 

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** (Les tables de la loi sont, dans la bible,  des tables en pierre sur lesquelles Dieu a gravé les dix commandements.… « Moïse retourna et descendit de la montagne, les deux tables du témoignage dans sa main; les tables étaient écrites des deux côtés, elles étaient écrites de l’un et de l’autre côté. Les tables étaient l’ouvrage de Dieu, et l’écriture était l’écriture de Dieu, gravée sur les tables. )

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Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Comment une statue n’est pas toujours bien comprise

 

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Non ! La magnifique statue trônant au centre de Chamonix ne commémore pas cette  première ascension réalisée  par Jacques Balmat et Michel Gabriel Paccard le 8 août 1786. Erreur bien souvent reprise par les  visiteurs, les   journalistes et même aussi par nombre de chamoniards.

 Cette statue représente  Horace Bénédict de Saussure avec  Jacques Balmat,   le docteur Michel Gabriel Paccard y est absent. Pourquoi ?

Regardons les inscriptions :

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A l’avant de la statue :

A  H.B de Saussure – Chamonix reconnaissant –

 

 

 

A l’arrière on lit :

Erigé en MDCCCLXXXVII (c’est-à-dire en 1887) – avec le concours des clubs alpins français, suisse, italien, anglais – l’Appalachian Mountain club de Boston – la société des touristes autrichiens et de l’académie des sciences de Paris.

Et oui! Cette statue fut érigée, un siècle plus tard,  à la mémoire de  Mr Horace Bénédict de Saussure qui parvint au sommet du Mont Blanc en août 1787 (donc un an après la première ascension) avec l’aide de plusieurs  guides dont Jacques Balmat.

Mais pourquoi donc la statue honore-t-elle  de Saussure et non  nos deux chamoniards ?

En 1834 un testament de J.A.  Chenal Joseph-Agricola Chenal, homme politique savoyard de Sallanches, inscrit  dans son testament de mars 1834 que «  seront données quatre mille livres neuve du Pièmont…à la charge de faire élever à la commune de Chamonix un monument en granit d’après les plans et devis d’un architecte renommé et à l’endroit qu’il jugera à la mémoire de Mr Bénédict de Saussure, le premier qui  a fait connaître mes vallées et qui leur a donné la juste célébrité dont elles jouissent . Je veux que l’inscription suivante soit gravée  A Mr Bénédict de Saussure, Chamonix reconnaissant »

Il  est vrai que l’ouvrage  « Voyages dans lesAlpes » de Mr  de Saussure   traduit en plusieurs langues, sera le best seller de l‘époque et nombre de visiteurs se  rendront dans la vallée à la suite de la lecture de cette œuvre.

D‘ où la reconnaissance  de Mr Chenal envers Horace Bénédict  de Saussure qui avait, par ce livre, fait une des meilleures publicités  qui soit pour les Alpes.

Plusieurs projets seront initiés dont un obélisque tiré du granit de la Pierre d’Orthaz. Mais la commune,  en octobre 1840, met fin à ce projet d’autant que l’obélisque a  été endommagé par quelques personnages malveillants.

Ce legs de J.A. Chenal accordé sous le régime du royaume de Piémont Sardaigne devait aussi  être reconnu par  la France devenue en 1860  le nouvel état…

Ce sera chose faite en  1883  avec la précision que la somme devait  être utilisée dans un délai de 5 ans.

Les choses se précipitent. Le legs n’est pas suffisant pour réaliser un monument prestigieux et c’est ainsi qu’une commission est créée pour rassembler  les fonds. Divers clubs alpins participent ainsi au financement de ce monument.

Il est inauguré en grande pompe le 28 août 1887 pour les cent ans de l’ascension du Mont Blanc par Mr Horace Bénédict de Saussure.

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C’est ainsi que Chamonix possède un des plus beaux monuments savoyards. Cette statue, représentant  le savant et l’alpiniste, unis par un regard commun en direction  du sommet. Elle est magnifique…

 

Michel Gabriel Paccard n’y figure pas …  Certes …  Mais lors de l’érection de ce monument il s’agissait de commémorer un homme, Horace Bénédict de Saussure. Le sculpteur Emile Sanson a représenté celui-ci avec Jacques Balmat  qui l’avait conduit au sommet.

 Il est vrai cependant qu’ en ces années 1887 on avait un peu oublié le docteur Michel Gabriel Paccard qui,  mort en    1827, s’était fait voler la vedette par Jacques Balmat mort plus tard en 1834.

Paccard et Balmat seront à leur tour honorés,

Copie de Jessica maison de la montagne - Copie en 1875 pour Balmat par une stèle sur le parvis de l’église,

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et en 1932 pour Paccard par un médaillon à l’entrée de l’Hôtel de ville

puis enfin par sa propre statue en 1986 à IMG_6139l’occasion du  bicentenaire de la première 

 

ascension du mont Blanc.

 

 

 

 

 

HISTOIRE ET PATRIMOINE 
CHRISTINE BOYMOND LASSERRE

Un 15 août sur la mer de glace en 1962 ….plutôt drôle ….

Une petite minute de drôlerie à découvrir en cliquant ci dessous 

 

FILM INA Des touristes sur la mer de glace en 1962 …

Comment dans les temps anciens voyageait- on pour arriver à Chamonix ?

FILM DES FRÈRES LUMIÈRE A VOIR EN FIN D’ARTICLE

L’accès à Chamonix fut toujours difficile.

Au XIXème siècle, si l’on arrivait relativement facilement à Sallanches en diligence ,  accéder à la vallée était bien souvent une aventure. En raison du chemin accidenté, traversant nants et torrents, nul véhicule ne pouvait   impunément rouler sur ces chemins trop raides, trop périlleux.

Tableau Eugène Guérard. "la poste de Sallanches à Chamonix" année 1850 - Copyright RMN (Réunion des musées nationaux)

Tableau Eugène Guérard. « La malle poste de Sallanches à Chamonix  » 1850 -Copyright RMN (Réunion des musées nationaux)

Le moyen le plus courant était bien sûr le mulet ou la marche à pied.  Mais parfois les touristes empruntaient un  attelage des plus rudimentaires : le char à bancs, sorte de voiture hippomobile ouverte, à quatre roues, munis de bancs disposés parallèlement aux essieux…pas vraiment confortables !  Et lorsque la pente était trop raide ou trop glissante le voyageur était  prié de descendre du véhicule. On démontait le  char  que l’on remontait ensuite quelques centaines de mètres plus loin.  

Lors de son voyage vers les glacières de Chamonix   l’empereur Napoléon III,   effrayé par cet itinéraire éprouvant, offrit une somme d’argent pour  la construction d’une route carrossable  plus large, plus grande et moins dangereuse.

Ce qui fut fait. La route arriva définitivement à  Chamonix en 1870.

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Horaires des diligences d Genève à Chamonix AR année 1894. Collection privée

A partir de cette date, très rapidement, les diligences arrivèrent directement de Genève  à Chamonix. Tout d’abord une  par semaine, puis une par jour voire deux ou plus. Elles  quittaient Genève à 8h du matin et arrivaient à Chamonix vers 16h.

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Diligence au départ de Genève photo carte postale

 

Il existait plusieurs modèles de diligences, plus ou moins grandes en fonction du nombre de voyageurs.

 

D’une manière générale, les voitures étaient divisées en 3 compartiments comportant à l’avant un siège couvert appelé « coupé » comprenant  trois sièges plus celui du cocher,  au centre à l’intérieur une partie appelée  « berline »  pouvant contenir 6 ou 8 personnes, ,  parfois une autre berline située au dessous de cette  première,  à l’arrière un siège appelé « rotonde » pour 3 personnes (mais peu apprécié des voyageurs). Parfois sur le toit se trouvait une banquette appelée impériale.

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Les tarifs évidement étaient variables en fonction de l’emplacement du siège dans le véhicule.

Les bagages souvent encombrants  se trouvaient soit en haut, soit dans des coffres à l’avant ou à l’arrière du véhicule.

Pour accéder à l’intérieur de la diligence  on avait besoin d’une échelle. Il existait parfois des marchepieds portefeuilles.

La partie intérieure de la berline était recherchée car plus confortable… Mais plus chère aussi. Elle était habituellement agrémentée de larges banquettes ou coussins rembourrés  de crin animal ou végétal. Il existait aussi un coussin particulier de forme allongée et très souple appelé rouleau  de voyage qui servait à caler les épaules et le cou… On imagine bien volontiers les secousses. On devait arriver exténués !

Les concierges des hôtels

A l’arrivée à Chamonix tous les grooms des hôtels attendaient les voyageurs de pied ferme ! Leur harcèlement était souvent excessif!

 

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Cinq diligences aux tailles différentes en partance de Chamonix. Copyright Gay Couttet

L’arrivée du train à Saint Gervais accéléra l’arrivée des touristes dans la vallée et parfois l’on pouvait avoir quatre, cinq diligences arrivant directement de ce terminus.

 

Dès que le train arriva à Chamonix en 1901 les diligences cessèrent rapidement leurs voyages.  Et on allait entrer dans une autre période, celle des automobiles à moteur.

 

Copyright Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Grotte naturelle ou grotte artificielle au glacier des Bois ?

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Aquarelle de Samuel Birmann . Collection Payot                                                                                          « La mer de glace et le villages des Pratz en août 1823 »

Dès la fin du 18ème siècle, les premiers visiteurs venus à Chamonix avaient pour habitude  d’aller découvrir la grotte naturelle formée  au niveau de la langue terminale du glacier des Bois et par laquelle jaillissait la source de l’Arveyron.

Le site était particulièrement impressionnant en raison du vacarme provoqué par l’eau qui s’en échappait.

Mr Martel venu en 1742 ( qui donna le premier le nom de « Mont Blanc » à ces monts affreux)  découvre cette grotte dont parlent ses guides, elle a alors 26 mètres de haut.

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Aquatinte en couleur de Samuel Grundmann.                                                   Vue extérieure de la grotte de l’Arveyron .1826

Plus tard,  le genevois Marc Théodore  Bourrit, lors de ses nombreux voyages   à Chamonix (entre 1760 et 1790),   aimait beaucoup emmener des visiteurs à la découverte de ce lieu « magique ».

Que vous dirai-je des sources de l’Arveyron ? Rien, assurément qui puisse vous donner l’idée de cette merveille… Imaginez un portique immense en forme de cintre, l’Arveyron sortant en bouillonnant au fond de cette voûte de glace que le soleil embellissait de toutes les couleurs de l’arc en ciel. Des quartiers de rochers, des masses énormes de glaces détachées, environnant cette redoutable enceinte et semblant en défendre l’entrée. Nous pénétrâmes à travers ces débris mais l’Arveyron empêche que l’on puisse pénétrer plus savant. Nous en vîmes assez pour juger de l’enfoncement prodigieux de la voûte et de la beauté de la glace….Cette voûte tombe, s’écroule,  en éclats, chaque année et se ferme, puis reparaît à la fonte des neiges… »

Horace Bénédicte de  Saussure, ce naturaliste genevois qui fit la 3ème ascension du Mont Blanc, en parle comme une excursion facile. Par lui on apprend que l’on   met une heure pour s’y rendre mais il précise qu’il peut y a voir un certain danger, souvent des blocs de glace s’effondrent…

En 1800 elle mesure 32m de haut. En 1816 elle   reçoit la visite des poètes romantiques qu’étaient Byron et Shelley.

La langue glacière à cette époque arrivait au niveau du pas de tir récemment aménagé.

 Cependant, en Suisse,  à Grindelwald, sur le glacier inférieur, une grotte artificielle est réalisée dès 1861. Cette idée germa à Chamonix. Un «étranger » propose  d’en creuser une au glacier des Bois. L’autorisation lui fut  refusée par la mairie mais une année plus tard une concession est donnée aux guides Jean Marie et Michel Couttet. Le projet aboutit durant l’été 1863. On creuse une galerie de 26 m qui conduit à une rotonde. A côté existait une crèmerie appelée « Au Touriste ».

Ce fut la première grotte artificielle de Chamonix.

Photos de la grotte  à découvrir dans l’ouvrage de Rémi Fontaine « Chamonix et ses glaciers. les premières images ».Page 122 et 123

En 1868, Théophile Gauthier passe quelques jours à Chamonix. Dans son livre Vacances du Lundi il écrit :

glacier_des_bois_a..On arrive en serpentant à travers des blocs de rochers en désordre, de flaques d’eau sur lesquelles sont posées des planches …Un guide qui se tient dans un petit chalet décoré de photographies, nous mena voir, un peu malgré nous, la curiosité qu’il exploite. On paye cinquante centimes par personne. Ce n’est pas cher sans doute mais cela vous détourne de votre but. C’est une sorte de cave d’azur, un trou dans le flanc du glacier, que nous soupçonnons fort d’avoir été élargi et régularisé de main d’homme. A l‘entrée  le jour pénétrant l’arcade de glace produit un effet assez magique. On avance suivant dans la boue une planche étroite et protégé par un parapluie de coton contre les gouttelettes qui tombent  de la voûte avec un tintement sonore. Quelques chandelles grésillantes, placées de loin en loin, jouent de leur les feux de Bengale et tâchent inutilement de donner à cette caverne humide un aspect féerique. On revient sur ses pas et l’on se trouve avec plaisir hors de cette atmosphère moite et glaciale.

Le tour est fait et vous êtes libre d’aller admirer à quelques pas la grande arche de cristal par laquelle l’Arveyron sort en bouillonnant du glacier impatient de se produire à la lumière après avoir si longtemps cheminé …

1867 voit le  renouvellement du bail  .

En 1869 Venance Payot évoque une galerie de 100 mètres de long difficile à réaliser. Ensuite il n’y aura plus de grotte artificielle .La grotte naturelle disparaîtra elle aussi…grotte de l'arveiron vers 1865

 

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Grotte glacier des Bossons

La grotte du glacier des Bossons creusée vers 1865, facile d’accès  devient la grotte la plus connue de la vallée.

On oubliera définitivement la grotte du glacier des Bois

 

 

 

@Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond lasserre

Stèle à la mémoire de Charles Edward Matthews (1834 -1905)

 

 

_MG_1838Dans le parc de l’ancien Grand Hôtel Couttet et du parc, parmi les ronces et les herbes hautes  se trouve une stèle dont l’inscription est devenue illisible. Menacée par le non entretien, l’oubli et  l’indifférence cette stèle cependant rappelle les liens étroits d’une vieille famille hôtelière chamoniarde avec ses clients anglais.

Taillée dans le granit cette stèle est sculptée d’un poème dédié à Charles Edward Matthews qui oeuvra  avec son frère William à la fondation de l’Alpine club  en 1857.

Il en fut le président de 1878 à 1880. Pendant plus de 40 ans il arpenta les Alpes, grimpa avec les meilleurs de son temps dont Leslie Stephen ou Whymper .Il réalisa  quelques premières et fit, entre autre, une douzaine de fois l’ascension du Mont Blanc. De cette expérience il écrivit en 1898  une monographie du Mont Blanc intitulé «  les Annales du Mont Blanc » en y faisant un historique détaillé, décrivant avec moult détails les diverses voies d’accès sur ce sommet mythique.

Si il se rendait en Suisse régulièrement il ne pouvait se passer de Chamonix et son lieu de résidence était cet hôtel réputé de l’époque « le grand hôtel Couttet et du parc ». Ici les alpinistes anglais  avaient pour habitude depuis près d’un demi-siècle  de résider dans cet hôtel confortable et où l’accueil était toujours chaleureux.

A sa mort l’Alpine Club admiratif de cet homme exceptionnel décida d’y installer une stèle à sa mémoire dans le parc de son hôtel préféré Et est inscrit en latin …

« Les amoureux de la montagne

A un amoureux de la montagne

Les membres de la fraternité alpine

A un de ses membres

Les frères à l’un de ceux qui ont

Assisté les fondateurs

Les amis à un amis très sur

Il s’en est allé pleurer partout. »

 

En 1907, l’Alpine Club de Londres a fait ériger cette stèle en l’honneur de l’un des siens, parmi les meilleurs, dans le jardin de l’hôtel Couttet.

 Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine de Chamonix

 

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Les façades changeantes de l’église de Chamonix

église c1 - Copie

photo carte postale

Depuis le XIIème siècle,  Chamonix possède une église.  Elle ne fut  tout d’abord  qu’une chapelle pour les Bénédictins installés dans la vallée par les comtes de Genève,  construite selon  l’orientation traditionnelle  Est- Ouest.

De par son emplacement, elle est au cœur de la vie chamoniarde.  Ici  ou à ses abords immédiats se déroulent nombre de cérémonies, réunions publiques.  Les chamoniards défendent leurs intérêts à l’intérieur même de cet édifice dont ils ont la charge. Elle est détruite par un incendie le 4 décembre  1583… «La maison et l’église du prieuré qui furent harses et bruslés ». On entreprend de nouveaux  travaux en 1587.

 Elle est  reconstruite si sommairement qu’en 1606, lors de la visite de l’évêque Saint François de Sales, celui-ci en note l’état de  délabrement.

Probablement trop vétuste et devenue insuffisante ou exigüe,  elle est reconstruite de 1702 à 1709 dans son orientation  actuelle*, par des maîtres italiens originaires du Valsesia,  aux frais des paroissiens, hormis le chœur que financent les chanoines de Sallanches. Seul est conservé l’ancien  clocher.

index - Copie

Image collection Viatimages

L’église est de style baroque. Elle  est consacrée le 8 septembre 1714. Le nouvel évêque remarque sa « magnificence » et la considère comme une des plus belles églises de son diocèse. Plus tard,  en 1758 un nouveau et violent incendie détruit la charpente et une grande partie du mobilier. L’église perd alors son décor typique du XVIIIème siècle.

Au  XIXème, la vallée s’ouvre au tourisme, l’église s’orne alors d’un décor empire qui subsistera jusqu’en 1926. Détériorée par les nombreuses infiltrations d’eau, l’église sera peu à peu dépouillée de son ornementation. Ne seront conservés  que le retable principal et les retables latéraux.

16092015 - CopieSi l’aménagement intérieur  varie avec le temps et les modes, il en est de même pour sa façade extérieure qui d’une façade baroque magnifique (élevée en 1709), passe  en 1840 à une  façade composée d’un péristyle avec fronton triangulaire, celui-ci  reposant sur 4 colonnes. Cependant,  on remarque  à l’arrière les restes du décor baroque.

Ceci pour  une quarantaine d’année  seulement car dès 1862, voulant rajouter une travée à l’église (afin de pouvoir recevoir plus de monde) sous les recommandations d’un architecte annécien Mr Camille  Ruphy,  on modifie  à  nouveau   son aspect extérieur.

rue vers église avec bureau des guides

photo  RMF  –  Copyright résrvé

A l’époque,  Chamonix découvre et exploite depuis peu le granit, pierre si dure à travailler. La porte est ainsi agrémentée  d’encadrements de granit mais également  de lourds pilastres  qui ceinturent la façade orientée vers le sud. C’était une grande nouveauté pour l’époque.

Cette façade est toujours la façade actuelle.

L’église de Chamonix sera classée monument historique en 1979 après le passage de monsieur le président de la république Mr Valery Giscard d’Estaing.

_MG_1690 - Copie

 

*La première église du XIIème  fut construite dans le sens est- ouest. On ne connait pas à ce jour son aspect. Elle sera reconstruite au XVIIIème dans l’orientation que nous lui connaissons.

 

Edité par Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

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