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Les 130 ans d’une belle histoire familiale à Vallorcine : l’hôtel du Buet

Tout habitant de la vallée a, un jour, fréquenté l’hôtel du Buet. Déjà enfants,  après une balade dans le vallon de Bérard, nous avions droit à un verre de limonade si nous avions bien marché. Plus tard, lors des randonnées à ski, à Beugeant, au col Cornu, à Bérard ou au Buet, la récompense était cette croûte au fromage dégustée après ces randos mémorables

L’hôtel du Buet fête cette année ses 130 ans.

 

 

 

Maurice Chamel avait déjà, dès les années 1884 -1885, entamé, avec son frère Félix, qui travaillait à l’époque à l’hôtel Beau Rivage de Genève , la construction d’une auberge-restaurant avec quelques chambres. L’établissement est construit en embauchant les vallorcins dont Marie Burnet qui transporta un jour 5 « hottes » de chaux.

Maurice était alors maire de Vallorcine et conduisait la diligence Martigny-Chamonix.

L’arrivée de la route pour diligences en 1885-86 incite Maurice à agrandir et l’agrément donné par l’Etat est accordé en 1889. L’hôtel naît officiellement cette année là.

 

 

Nombreux sont les touristes s’arrêtant à l’hôtel durant les étés d’avant guerre. Les registres de l’époque sont riches de noms provenant de tous  pays USA, Russie, Angleterre, Allemagne, etc…).

Le 7 janvier 1904 logent à l’hôtel une équipe chamoniarde, constituée de l’abbé d’Argentière, du docteur Michel Payot,de  Joseph Ravanel ( le Rouge) guide, Joseph Couttet ( hôtelier) , Robert Charlet, Désiré Charlet, Henri Simond (guide), Emile Fontaine et un client.  Ils réalisent ensemble la première hivernale du Buet. Les mêmes qui, l’année précédente, avaient réalisé en janvier 1903 la première traversée à ski Chamonix-Zermatt. Le début d’une longue histoire ! En 1920, huit skieurs vallorcins effectuent la montée en 5h la descente en 45mn !

Le confort de l’hôtel était modeste. Une colonne d’eau à l’arrière du bâtiment approvisionnait l’ensemble de la maison. Chaque chambre avait des bassines et le personnel apportait tous les matins l’eau nécessaire aux clients .On éclairait à la bougie ou avec des lampes à pétrole.

L’arrivée du train en juin 1908 engendre des changements notables dans la vie du village. La vie est quelque peu bouleversée par la venue d’ouvriers piémontais dont certains logent tout près de l’hôtel dans un baraquement aujourd’hui disparu. Pour l’inauguration, le 1er juillet 1908, plus de 200 personnes sont reçues à l’hôtel, un « fameux » repas est proposé à l’ensemble des convives.

Durant l’été de cette même année huit trains desservent la vallée. Les cascades de la vallée deviennent accessibles. De même le Buet qui voit la construction  d’un nouveau refuge !

L’hôtel a un emplacement idéal,  chaque train débarquant des cohortes de touristes, dont nombreux sont ceux qui résident à l’hôtel. Celui-ci s’adjoint une annexe, l’hôtel prend alors le nom d’Hôtel du Buet et de la Gare.  Il faudra attendre les 1934 -1935 pour que le train arrive enfin en hiver. D’ailleurs, l’électricité arrive à l’hôtel en 1930. Le bâtiment est déjà rehaussé d’un étage.

L’hôtel poursuit année après année son essor. Jules, le fils, prend la succession, aidé plus tard de son fils Maurice, digne successeur de son grand père.

Avec l’arrivée de la période sombre de l’occupation allemande à partir de 1943, Germaine Chamel, la  mère de Maurice, s’honore en participant aux réseaux constitués dans la vallée pour aider au cheminement des juifs cherchant désespérément à fuir le pays. En 1979 elle est reconnue comme « JUSTE PARMI LES NATIONS» par l’Etat d’Israël . Discrètement, sur le côté du bar de l’hôtel, est encadrée l’attestation délivrée par la Commission des Justes et le plateau offert par Alexander  Rotenberg  venu personnellement à Vallorcine afin de remercier ceux qui avaient participé à sa fuite vers la Suisse. « Inspirée par l’amour de son prochain elle a sauvé des griffes des collaborateurs de l’Allemagne nazie la vie de nombreux persécutés destinés à être déportés dans les camps de la mort »

 

Maurice Chamel 3ème génération

Après guerre, l’hôtel doit se moderniser. Les contraintes, les règles de plus en plus strictes  sont parfois bien lourdes à assumer. Durant longtemps, l’hôtel continue à recevoir ces clients  « fidèles des fidèles » attachés à la famille. Des liens étroits se sont noués avec ces clients habitués au lieu.

 

 

 

Avec la quatrième génération  l’hôtel du Buet continue. Marie Anne, Véronique, leurs enfants s’attachent à poursuivre cette longue tradition hôtelière et familiale.

 

 

 

 

 

Longue vie aux Chamel arrivée dans la vallée en 1623 et longue vie à hôtel familial chargé de souvenirs que tous ici s’emploient  à transmettre.

Bibliographie : Archives familiales Famille Chamel. Vallorcine de Françoise et Charles Gardelle, les sauveteurs de l’ombre de Michel Germain et Robert Moos, Vallorcine de Nathalie Devillaz

 

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

La première ascension du petit Dru

 

Il y a 140 ans le vendredi 29 août 1879 à 14h30 le Petit Dru est vaincu par

Jean Estéril Straton Frédéric Folliguet, Prosper Payot

Sur la façade de la Maison de la Montagne, un médaillon honore trois guides chamoniards qui ont marqué l’aventure de l’alpinisme à Chamonix : Jean Estéril  Charlet  Straton, Frédéric Folliguet, Prosper Payot, qui réussirent le 29 aout 1879 la première ascension du Petit Dru.

Le Grand Dru avait été grimpé à l’aide d’échelles en 1878 par Mrs Dent, Walker et Hartley avec deux guides suisses, Burgener et F Maurer.

Cette même année, Jean Estéril Straton était parvenu seul à quelques mètres de la brèche qui sépare les deux  Drus. A son retour, peu avaient cru à cette escalade incroyable.  Jean Estéril  Charlet  Straton l’année suivante convainc deux de ses amis guides de refaire une tentative au Petit Dru.

Ils bivouaquent au pied de la voie. Ils partent à 5h30. Le récit de leur ascension en pure escalade est impressionnant,  compte tenu de l’inexistence de matériel à l’époque, d’autant plus que Jean Estéril Charlet  Straton méprisait l’usage des échelles, il estimait que ce n’était pas un instrument d’alpiniste !  Mais il avait des talents rochassiers hors normes ! Le récit à lire dans l’annuaire du Club Alpin Français de 1879 est passionnant,  instructif et révèle le talent de ces trois hommes arrivés au sommet à 14h30. D’autant que pour la descente, ayant emporté avec eux une centaine de mètres de corde (de chanvre, bien sûr, donc particulièrement lourde !) . Avec  13 longueurs, ils improvisent  une technique de descente qui se révélera très pratique que l’on appellera plus tard  descente en rappel. A 22h30, ils sont au relais laissé au petit matin. Ils passent une seconde nuit.  Tôt à l’aube, le départ doit se faire encore dans la sécurité car  il fallait franchir  un névé fort dangereux qu’ils descendent  avec cette nouvelle technique qu’ils avaient adoptée la veille. et qui leur permet alors d’arriver rapidement à la Charpoua, puis au pavillon du Montenvers.

Grande et belle ascension pour les trois chamoniards.

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Il y a cent ans le MAJESTIC ouvrait officiellement ses portes


En période de Belle Epoque (1885-1914), Chamonix connaît un développement fulgurant. La famille Cachat, propriétaire de l’Hôtel Mont-Blanc, se lance dans la construction d’un palace. Elle possède des terrains remarquablement bien situés au pied des pentes du Brévent. L’avenir touristique est prometteur et le projet est grandiose. On fait appel à Alexandre Bordigoni, architecte suisse. Dès 1911 les travaux sont engagés. Un immense  palace voit le jour. 300 chambres dont 200 avec salles de bains. Il trône au milieu de jardins somptueux. Des tennis sont aménagés en contre bas afin d’ assurer à la clientèle une animation estivale.

 

Pour ce faire, la famille fait un très gros emprunt auprès du Comptoir Suisse. Hélas, la guerre est déclarée en septembre 1914. C’est la chute du tourisme, le personnel est manquant, le palace vivote. Après guerre, la vie reprend peu à peu. On inaugure officiellement le palace durant l’été 1919. Les voyageurs reviennent dans la vallée. Le palace connaît même en ces années folles une vie éblouissante de fêtes mondaines, galas, bals masqués, concerts en tous genres pour satisfaire une clientèle internationale bien souvent exigeante et excentrique. Animation qui cache cependant une gestion difficile pour la famille. Le coût de l’emprunt lancé avant guerre a quintuplé, la famille, prise à la gorge, se voit dans l’obligation de confier la gestion du palace à la banque ! L’arrivée de la seconde guerre mondiale est évidemment catastrophique, les touristes sont peu nombreux.
A partir de 1943, le palace est réquisitionné pour servir d’hôpital aux officiers allemands, puis en 1944 aux officiers américains.
Après la guerre, la vie reprend peu à peu, le palace cependant ne retrouve pas cette clientèle riche et aisée des périodes fastes. Bien que le sultan du Maroc ou l’Agha Khan viennent régulièrement avec leur cour, le Majestic peine à entretenir ce prestigieux palace où plus de 200 personnes, dont 80 cuisiniers, sont nécessaires pour le faire vivre ! Chaque cuisinier dirige une brigade (environ 7-8 personnes) pour chaque spécialité (viandes, poissons, entrées). Sans compter un chef saucier, un chef grillades, et deux chefs pâtissiers (gâteaux et entremets). Plus toute une équipe de plongeurs : un pour les casseroles en cuivre, un pour les autres casseroles, un pour les couverts en vermeil, un pour les simples couverts, un pour les verres en cristal, etc … Sans oublier, à l’hôtel, plus d’une centaine de personnes, femmes de chambres, hommes de main, chapeauté par un directeur, aidé d’ un chef de réception et concierges secondés par une multitude de sous mains, comme coursiers, porteurs, jardiniers. Et des gendarmes à la retraite afin de surveiller les nombreux couloirs et salons du palace, mais également le personnel à la sortie de leur travail!
Cette abondance de personnel, usage d’une autre époque, coûte cher. Les années 1950-1960 marquent le déclin de cette hôtellerie de prestige. Est alors décidée la transformation du palace en habitations. Victor Saglia, architecte spécialiste de ce type de travaux, s’engage dans ce projet ambitieux. Les suites et chambres sont transformées en appartements et bureaux. La commune achète les trois quarts du rez de chaussée en 1961 pour accueillir l’organisation des courses des championnats du monde de ski de 1962.
Le palace connaît alors une nouvelle vie grâce à son rez de chaussée préservé dans son décor d’origine.

Merci à Pierre Osterberger pour les souvenirs de son apprentissage dans les cuisines du Majestic qu’il m’a gentiment transmis.

 

 

 

 

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

Fritz Schuler et son frère Henri ne seraient ils pas les premiers étrangers à intégrer la compagnie des guides de Chamonix ?

La tradition chamoniarde a pour habitude de raconter que Roger Frison Roche, admis à la compagnie des guides de Chamonix en 1930, a été le premier guide étranger (c’est-à-dire non natif de Chamonix) à être accepté au sein de cet organisme déjà prestigieux. Il est vrai qu’il fut un des meilleurs « ambassadeurs » des guides, tant sa sympathique énergie, sa belle simplicité, ont été une des meilleures publicités pour la compagnie.

Cependant, à la lecture de la presse et des revues spécialisées de la fin du XIXème, on voit quelques fois cités un nom de guide chamoniard dont la consonance n’est ni Balmat, ni Ravanel, ni Charlet, ni Simond…Des guides qui seraient étrangers à la vallée ? Et même deux frères ! Et oui… Ils s’appellent Schuler :  Fritz et Henri Schuler. Certes pas très chamoniard  comme patronyme! Et pourtant !

Nés à Bonneville de parents originaires de Stuttgart, Fritz (né en 1856) vient avec son frère Henri  (né en 1861) à Chamonix chercher du travail et naturellement se passionnent pour ce massif. Tous deux parlent allemand, et leur mère leur ayant enseigné l’anglais, ils parlent couramment cette langue si utile pour échanger avec des clients déjà nombreux venant de Grande Bretagne ou des USA. Rapidement ils deviennent porteurs, se font remarquer pour leurs capacités et sont bien décidés à devenir guides.  Leur connaissance des deux langues  a  probablement joué en leur faveur !Peu de détails sur Henri sinon que, selon la légende familiale, il portait une barbe de Toussaint à Pâques, pour, disait il, avoir plus chaud . Son nom est listé par Edouard Whymper dans son livre sur Chamonix et précise qu’il est devenu guide en 1887.. . Henri est par ailleurs cité dans une caravane de secours en août 1901.

Fritz réalise officiellement en tant que porteur son premier Mont Blanc le 4-5 septembre 1878 ! Il passe son diplôme et rentre à la compagnie le 1er juin 1882.

Dès 1883, son carnet est riche de témoignages de clients français, allemands, américains, anglais, lui reconnaissant son extrême gentillesse et sa grande disponibilité. Il épouse en 1886 une jeune fille de Morges, Jeanne Rauschert. Il       l’emmène aux Grands Mulets pour passer  leur nuit de noce !  Puis décide sa jeune épouse à monter au Mont blanc. Ce qui sera fait. Jeanne deviendra  ainsi une vedette locale. Le Mont Blanc gravi  par des femmes de guides n’était pas encore un événement très courant !

 

Les deux frères sont inscrits en juillet 1890 par Henri Vallot sur la liste des 110 guides ayant participé au transport des charges pour le refuge construit par ses soins. Fritz d’ailleurs travaille à l’édification du refuge dont il est le chef des ouvriers. Noté par Henri Vallot dans son récit sur la construction de l’observatoire.

Il sera, par ailleurs, en 1891, le guide de Mr Infeld, ingénieur suisse chargé par Mr Janssen et Mr Eiffel de réaliser des sondages au sommet du Mont Blanc afin de trouver le fond rocheux de cette cime. Fritz est signalé pour son ardeur et son courage au travail face aux terribles températures  lors des travaux !

 

 

Dans les journaux suisses de 1891, c’est Fritz Schuler qui raconte le terrible accident subvenu au Mont Blanc en août 1891 où  mourut Mr Roth, autre scientifique pris dans une terrible avalanche avec son guide Simond. Il fera partie de l’équipe de secours.

Généreux,  il intègre l’équipe des pompiers de Chamonix dont il sera un temps le capitaine.

Installé à la Mollard, Fritz aura 4 enfants

Fritz ne figurait pas sur le registre civil français . Né à Bonneville, sous régime sarde, les registres d’état civil savoyards de l’époque étaient tenus par les curés des paroisses. Donc Fritz et son frère Henri , de religion protestante, ne figuraient nulle part ! Leur situation sera régularisée en 1901.

Un jour de septembre 1902, revenant d’une course au Mont Blanc, Fritz tomba dans une crevasse. Ses compagnons ne pouvant l’aider à s’extraire de celle-ci  descendent à Chamonix pour organiser une équipe de secours,  mais le temps qu’elle arrive,  Fritz probablement  en hypothermie s’était beaucoup affaibli. Il fut tiré d’affaire mais ne se remit jamais de cette terrible chute.  Diminué, il perdit peu à peu ses forces et mourut le 25 juin 1903. Il avait 45 ans.Il fut inhumé dans le petit cimetière protestant situé derrière l’église « anglaise » devenue temple protestant où l’on peut toujours voir sa tombe.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Sources : Archives familiales Schuler et Démarchi – Livre de Charles Schuler : L’histoire d’une vie peu ordinaire (édition Gérard Châtel) – Revues Club Alpin Français – Livre d’Edouard Whymper : Escalades dans les Alpes

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

 

les 150 ans du refuge du Plan de l’Aiguille

                 Cette année, venez fêter les 150 ans du refuge du Plan de l’Aiguille

En 1869, lorsqu’Henri Khun obtint l’autorisation de construire un pavillon pour accueillir les visiteurs au Plan de l’Aiguille, pouvait-il deviner à quel point son choix était une bonne idée? Ce sera le début d’une belle et longue histoire que, cette année, le refuge du Plan de l’Aiguille fête avec nous tous, chamoniards et visiteurs.

Dès 1894, les frères Benoît, Ambroise et Joseph Couttet demandent l’autorisation d’élever un pavillon, ce qu’ils feront en 1898.

Conscients du cheminement long et rude pour arriver sur ces hauteurs, ils aménagent à mi-pente le pavillon du « Trois » (aujourd’hui disparu) permettant aux touristes de trouver rafraîchissements et nourriture avant de poursuivre la montée jusqu’au refuge.

Entrepreneurs et visionnaires, les Couttet tracent en 1903 le chemin conduisant du Plan de l’Aiguille au Montenvers, d’une largeur de plus d’un mètre sur cinq kilomètres de long.

Avec la découverte de belles voies d’escalade dans les aiguilles, durant les années d’avant guerre, le petit chalet sert de camp de base aux alpinistes.

 

 

Le  téléphérique des Glaciers ouvre en 1924, le refuge, perd une partie de la clientèle de promeneurs. Toutefois, transformé,  le refuge devient un lieu de rendez vous incontournable pour les ascensionnistes attirés par les nouveaux itinéraires. Dès 1940 d’anciens guides comme Aristide Farini, Jean Schuler et René Rionda se succèdent pour le gardiennage de ce lieu paisible. A l’époque, l’approvisionnement se fait par la station supérieure du téléphérique des Glaciers. En 1946,le refuge accueille les stages des guides encadrés par Armand Charlet et Armand Couttet. Les gardiens avec leurs familles se succèdent ( Fernand Bellin, Lucien Thivierge, André Zizi ).

En 1950 est lancée la construction du nouveau téléphérique vers l’Aiguille du Midi. Le refuge est laissé à la disposition des ouvriers, l’emplacement est pratique, Une trentaine d’ouvriers, la plupart valdôtains, gèrent l’entretien et l’approvisionnement. Les conditions de vie sont particulièrement dures surtout durant la « mauvaise saison ». Finalement en 1954, le téléphérique fonctionne jusqu’au Plan de l’Aiguille.

Le refuge retrouve son activité ancienne d’accueil des alpinistes. La famille de Joseph Claret Tournier, gardienne du lieu, profite de la ligne de service du téléphérique pour l’approvisionnement en denrées alimentaires. Un vrai progrès dans l’organisation de la vie du refuge.. En 1974, ce sont les enfants Claret Tournier qui prennent le relais. C’est à cette période que le refuge est équipé d’un radio-téléphone assurant ainsi une liaison permanente avec le PSHM (Peloton de Secours en Haute Montagne). Malgré la concurrence du téléphérique, les grimpeurs désirant partir au petit matin apprécient de dormir au refuge plutôt que prendre la première benne souvent bien bondée. Ils ont ainsi l’avantage d’être les premiers sur les voies d’escalade et goûtent du plaisir d’être seuls ! En 1988, Anne et Jean Christophe Devouassoux prennent la suite. Le refuge est vieillissant, ils entreprennent des travaux conséquents : toiture, réaménagements intérieur, création de sanitaires, adductions d’eau avec captage au petit lac bleu situé en amont. En 1999, les consorts décident la rénovation. Le refuge du Plan de l’Aiguille entre dans la modernité. Il rouvre ses portes en 2006, avec 23 lits.

En 2008, Claude Quénot et Marie Noëlle Thévenet reprennent la gérance. Les travaux continuent afin d’assurer encore plus de confort.

Alors… Cette année, allons partager avec les gardiens ce moment d’histoire. Témoignage d’un passé vivant, le refuge du Plan de l’Aiguille ouvre toujours ses portes. Depuis 150 ans, l’accueil y est toujours chaleureux, les omelettes et les tartes ont acquis une réputation méritée. Et lorsque le soir tombe, le silence reprend tous ses droits. Une grande quiétude s’étend sur le lieu.. Le soleil décline, puis les lumières de la vallée s’allument une à une.

Ici au pied des Aiguilles et du Mont Blanc le monde nous appartient !

Article réalisé avec la collaboration de Joëlle Dartigue Paccalet auteur de l’ouvrage : « De Blaitière au Plan de l’Aiguille, un alpage à Chamonix Mont Blanc »

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Les Grands Mulets : un refuge mythique

Loppé : refuge des grands mulets : 1862 Collection Amis du vieux Chamonix

 

De tous les refuges du massif du Mont Blanc, celui des Grands Mulets est celui qui a été le plus souvent peint ou photographié. D’ailleurs, la plus ancienne photographie réalisée en haute montagne est une prise de vue du premier refuge des Grands Mulets datant de 1856.

Lors de l’ascension du Mont Blanc par Horace Bénédicte de Saussure en 1787, celui-ci fit édifier  une sorte de construction accolée au rocher,  constituée de deux murs de pierres sèches et recouverte d’un toit.

Elle disparaîtra très vite et par la suite les alpinistes tentant le mont Blanc auront à charge de faire transporter par leurs guides et porteurs le matériel de de campement: couvertures, tentes, éléments de cuisine pour assurer des repas pour l’ensemble des équipes entreprenant l’ascension. Et nombreux sont les récits faits par les voyageurs ou les guides sur ces nuits glacées passées sur le promontoire des grands mulets.

En 1853, la commune de Chamonix décide de construire un « refuge ». Celui-ci est construit dans la vallée et transporté planche par planche par les guides de Chamonix. Il mesure 4.25 X 2.12 m avec une porte, deux fenêtres, un banc, une table et un poêle.  En septembre, on l’inaugure en grande pompe.  Il recevra 50 personnes décidées d’y passer la nuit !  Un peu à l’étroit on imagine !

C’est dans ce refuge que les frères Bisson feront étape sur le chemin du Mont Blanc et le livre d’or (appartenant à la collection Paul Payot) nous dévoile ainsi leur passage, mais aussi celui de Gabriel Loppé qui restera d’ailleurs plusieurs jours en 1861. Il y fera un de ses plus beaux tableaux appelé : « Grands Mulets ».

Ce refuge se révélera très vite trop petit.  La compagnie des guides décide en 1866 de financer un nouvel établissement dont elle confie la gestion à Sylvain Couttet. A charge pour lui de réaliser et faire transporter les éléments de construction de ce nouveau bâtiment. Il décide de l’élever sur l’emplacement du refuge de de Saussure c’est-à-dire en bas du rocher. Il faudra 400 voyages pour transporter le tout. Il mesure 6 x 3m. Il comprend au départ deux dortoirs, des tables à charnière fixées sur la cloison. Rapidement, Sylvain Couttet l’agrandit d’une pièce qui lui sert de cuisine avec un petit poêle à bois. Il mesure alors 9 x 3m. !

En 1861, il récupère les restes de l’ancien refuge abandonné plus haut pour l’accoler à la cuisine  ce qui constituera une 4ème pièce où coucheront les guides. Ce fut le premier dortoir réservé aux professionnels. Sylvain Couttet gérera le refuge de 1866 à 1880. Peu après, il sera tenu par une certaine Marie Tairraz qui, ancienne concierge à Paris, saura se faire apprécier par les nombreux alpinistes et visiteurs arrivant au refuge.

Celui-ci devient de plus en plus un but  de «promenade », pas uniquement réservé aux alpinistes en route vers le Mont-Blanc,  mais aussi aux amateurs désirant découvrir ce site unique d’où l’ on jouit d’une vue exceptionnelle. Le refuge n’est alors plus suffisant si bien qu’en 1897 la commune lance un nouveau projet à une cinquantaine de mètres plus haut. Il est inauguré le 19 mai. Cette fois, on construit un bâtiment digne de de son succès : un rez de chaussée avec quatre chambres, une cuisine et une salle à manger, et un étage avec aussi quatre chambres plus un dortoir pour les guides. Le refuge est confié aux frères Balmat, assistés d’une cuisinière et d’une domestique ! On y installe même le téléphone en 1908.

Il restera longtemps ainsi .Transformé peu à peu, mais de bric et de broc. Devenu la propriété du Club Alpin Français, puis du Club Alpin de Chamonix. Celui-ci décide d’en faire un établissement moderne et en 1960,  après 63 ans de bons et fidèles services, il est transformé en un tout nouveau bâtiment, pouvant accueillir plus d’une soixantaine de personnes,  qui est inauguré le 8 août.

 Il succède ainsi à la longue et belle histoire des refuges sur le chemin du Mont Blanc. Témoin ancestral de bien des aventures, ce lieu mémorable pourrait raconter de belles mais aussi de bien tristes histoires que beaucoup ont oubliées.

Bibliographie : Revues du Club Alpin Français, Histoire du Mont Blanc de Stephen d’Arve, le Mont Blanc de Charles Durier. Page personnelle de Bernard Cottard


Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

1900 : photos de la construction du viaduc sainte Marie des Houches

L’art de la construction en 1900 un ouvrage d’art qu’est le viaduc sainte Marie aux Houches une magnifique oeuvre d’art réalisée par ces ouvriers remarquables qu’étaient les ouvriers piémontais

1836 : De drôles d’hôtes à l’hôtel de l’Union à Chamonix

 

En septembre 1836 : le propriétaire du très fameux hôtel de l’Union à Chamonix voit débarquer de drôles de personnages…

« Un soir, un jeune homme mal vêtu, couvert de boue, à la blouse étriquée et à la chevelure désordonnée, accompagné  de deux enfants et d’une servante, demande à l’aubergiste s’il avait, parmi ses pensionnaires,  un personnage, avec un large chapeau, une cravate roulée en corde et fredonnant en permanence une rengaine le « Dies Irae ! », ainsi qu’une belle jeune femme. Bien sûr, lui répond l’aubergiste. Ils viennent d’arriver ! Ils sont au numéro 13. Tout ce petit monde se retrouve dans une grande gaîté, ameutant les voisins irrités par le bruit.  Oh ! Compte tenu de leurs  vêtements farfelus, indéfinissables et par ailleurs chevelus comme des sauvages, ce ne pouvait être qu’une troupe de comédiens ! Le chef de cuisine les prend pour des saltimbanques, et en office on compte et recompte l’argenterie.

Le lendemain, un major de l’artillerie se présente et demande après ce groupe. L’hôtelier est persuadé que celui ci vient les arrêter. Ils sont si bruyants !

Mais pas du tout, il se précipite vers la chambre numéro 13 et c’est de nouveau un tapage incroyable, des cris de joie, des hurlements ! Oh scandale ! La bonne clientèle britannique n’apprécie guère cette troupe bruyante ! Ainsi, deux jeunes douairières ce soir là barricadèrent leur porte craignant, on ne sait, une invasion de leurs chambres !

Mais qui sont donc ces personnages excentriques ?

Notre jeune homme à la blouse étriquée et à la chevelure en bataille n’est autre que Georges Sand venue retrouver ici à Chamonix Franz Liszt et sa belle et douce amante, la fameuse comtesse d’Agoult : Georges Sand venue avec ses 2 enfants, mais habillée en homme, tenait à revoir ce que la bonne société parisienne décrivait avec emphase : Chamonix. Le dernier venu, le militaire, n’est autre que le major Pictet arrivé de Genève pour se joindre à cette équipe pas banale !

Le lendemain aux aurores Franz Liszt s’époumone à réveiller tout ce petit monde afin de se rendre à la fameuse Mer de glace. La caravane ne passe pas inaperçue, tout particulièrement Georges Sand osant porter un pantalon et une chemise d’homme et fumant cigare sur cigare. Franz Liszt, habillé style renaissance, avec un béret du genre « Raphaël » à l’image du peintre italien et Pictet en uniforme militaire ; on imagine l’équipée !

 

 

Au Montenvers, Georges Sand montre assez peu d’enthousiasme, contrairement à ses compagnons s’émerveillant « des magnificences de la mer de glace »,  « .. des éclatantes aiguilles, des glaciers et de l’immense chaos de la mer de glace où les nuages jouent avec les aiguilles dominant la vallée glaciaire ».  Elle résistait à l’entrain de sa troupe, elle cueille une petite clochette bleue et déclare

« J’aime mieux cette campanule que toute votre Mer de glace » mais, attentive aux pierres, elle achète un cristal de roche. Mais il est vrai que la présence d’autres touristes l’importune. Lors de son voyage précédent, en 1834,  son compagnon Pietro Pagello note la longue caravane d‘anglais de français d’allemands et d’américains qui l’agaçait déjà ! Probablement ne supporte-t-elle pas cette proximité avec ces touristes étrangers !

Elle se rend également au glacier des Bossons, et note une scène peu connue de la vie rurale chamoniarde : dans la soirée, elle remarque qu’un roulement de tambour annonce aux habitants qu’ils doivent allumer des feux dans les champs afin de les protéger de la gelée qui s’annonce.

Elle admire cependant les «… monts neigeux, étincelants aux premiers rayons du soleil »

Le soir de leur excursion, un plantureux repas les attend à la table d’hôte de l’hôtel. La bande joyeuse est  mêlée à la clientèle anglaise que George Sand apprécie assez peu, elle la considère comme snob et prétentieuse !

Le lendemain, il pleuvait de nouveau. Pour passer le temps, on se mit à philosopher, puis le ciel s’éclaircissant, la petite équipe se mit en route repartant en direction de Martigny. L’aubergiste de l’hôtel de l’Union poussa un grand soulagement, se réjouissant de voir partir cette bande d’hôtes dont il se méfiait tant. La légende dit qu’il envoya aussitôt chercher Monsieur le curé pour exorciser, en les aspergeant d’eau bénite, les chambres qu’ils avaient occupées.

Georges Sand ne reviendra pas à Chamonix

Bibliographie : Annuaire du club alpin français: article de Julien Bregeault – Les quatre montagnes de Georges Sand de Colette Coisnier.

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Christine Boymond Lasserre

 

Merci à Madeleine Namur Vallot

En ce 8 mai, journée des droits de la femme …

Une femme à qui nous devons beaucoup. Qui ?  Madeleine Namur Vallot qui, à Chamonix, s’est battue pour  UN droit : celui de porter une tenue masculine : le pantalon !

Et oui, Madeleine Vallot fut la première à oser porter la « culotte ». Que dire des remarques, des sarcasmes lancés  sur cette jeune femme qui osait ainsi défier le monde masculin et les esprits bien pensant? Mais elle n’en avait cure ! Emmenée par son père au sommet du Mont Blanc, elle réalisa à quel point une jupe traînant dans la neige était vraiment un réel handicap. Embarrassée par cette masse de tissus, elle osa la remonter au dessus de ses mollets afin de mieux franchir névés et crevasses. Et de retour , très vite, elle imagina une tenue adaptée à l’alpinisme. Elle gravit sept fois le Mont Blanc dont 6 en pantalon et deux fois elle resta plus de 10 jours à l’observatoire créé par son père Henri Vallot.

Son expérience lui permit d’imaginer une tenue vestimentaire adaptée à l’alpinisme et au ski. « Nous devons emprunter à nos camarades masculins, la culotte si pratique » disait-elle Et  lorsque, vers 1905, elle entend parler de ces planches que l’on adaptait au pied, immédiatement elle adaptera sa tenue afin de pouvoir se déplacer correctement sur la neige. Mais quel scandale !  Pour mieux affronter le regard des autres, elle s’alliera avec sa meilleure amie, Marie Marvingt, autre personnalité « moderne » de son temps, pour se montrer en toute impunité ! Quelques femmes dans ces années avant la première guerre oseront les copier mais que de remarques désobligeantes peut on lire dans la presse de l’époque !

Soutenue par son père et son mari et grâce à ses qualités sportives Madeleine imposera son genre et son style.

Mais il faudra attendre l’après guerre pour que les tenues imaginées par Madeleine Namur –Vallot soient peu à peu adoptées par toutes les femmes modernes qui osaient s’aventurer dans ces activités montagnardes qu’étaient l’alpinisme et le ski !

Merci Madeleine Namur Vallot !

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond lasserre

 

 

 

Des vitraux originaux dans l’église saint Michel de Chamonix

 

De part et d’autre de l’entrée de l’église saint Michel de Chamonix se trouvent deux vitraux magnifiques pas vraiment classiques dans l’iconographie religieuse traditionnelle.

Signés de Louis Balmet,  maître verrier à Grenoble, ces deux vitraux tranchent avec l’ensemble du décor de l’église apparenté à un style néo classique.

Les avez-vous regardés avec attention ?

 

L’un représente saint Bernard de Menthon terrassant, de son bâton de montagne, un diable à queue de serpent .Celui ci s’apprête à détacher un énorme rocher et à le précipiter sur des alpinistes en train d’escalader. Ils sont en toute confiance, avec sacs et piolets, sur, le chemin les conduisant vers le sommet . Saint Bernard les protège.

 

L’autre représente saint Christophe, portant le Christ sur son épaule, il veille, du haut de montagnes ennuagées par une tourmente, sur des skieurs et sur un bobsleigh  empruntant un virage.

 

Quelle originalité !  Avons-nous déjà vu des vitraux traitant de ce thème ? Et d’où nous vient donc ce sujet si peu classique ?

En 1925 (une année après les J.O. de Chamonix), le chanoine Rhuin, curé de Chamonix, soutenu par le maire  Jean Lavaivre, décide de changer les vitraux en place. Ce prêtre est, par ailleurs, celui qui sera à l’origine de l’organisation de la fête des guides le 15 août, afin de mettre les alpinistes chamoniards sous la protection de la Vierge. Il est vrai qu’il était un grand admirateur de ces guides de montagne dont il appréciait le caractère « bourru » et qui avait, avec le temps, réussi à les amadouer.

Il fait appel au pape Pie XI, ancien évêque de Milan, le fameux Achille Ratti qui avait une passion pour la montagne et qui avait fait en son temps l’ascension du Mont Blanc.

Le chanoine Rhuin obtint ainsi une prière spéciale et surtout la nomination de saint Bernard de Menthon comme protecteur des guides et des alpinistes et de saint Christophe qui bien que traditionnellement était évoqué comme protecteur des voyageurs, aura à Chamonix la charge de protéger les utilisateurs des moyens de transport locaux : skieurs et conducteurs de bobsleigh!

 

 

 

Ce sera une réussite ! Ces deux vitraux originaux se remarquent, non seulement par leur thèmes particuliers, mais surtout par cette gamme de couleurs chaudes qui s’en dégage, ces formes joliment ondulées, cette belle évocation du monde de la montagne et cette symbolique si chère aux chamoniards.

A rattacher plutôt à une expression art nouveau qu’à celle de l’époque qui était celle de l’art Déco.

Bravo Mr Balmet.

Bibliographie : Revue club alpin français — archives dociésaines

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

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