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En cette période de confinement découvrir un lieu très fréquenté : Super U de Chamonix

Dans le cadre du confinement, nous sommes appelés à nous rendre dans un des rares magasins ouvert dans le centre ville de Chamonix : le supermarché Payot-Pertin. L’été dernier, sa rénovation lui a redonné de la couleur. Mais avant d’être un super-marché, qu’était donc ce bâtiment ?

En regardant les anciennes photos, vous découvrirez que cet immeuble a abrité, d’une part un hôtel : l’hôtel de la Paix, et d’autre part une pâtisserie : la fameuse « PDA » (la Pâtisserie Des Alpes) .

 

Hôtel de la Paix

Construit  probablement vers 1870 par une famille Claret Tournier, l’hôtel connaîtra nombre de propriétaires différents, dont Mr Bourgeois en 1895 et 1896, Mme Eloi Couttet en 1912, Mr Gustave Tairraz en 1924, Mr Alfred Tairraz en 1925, et Alfred Couttet (guide) en 1940. Il sera ensuite géré par des consorts qui, fin 1944, vendent l’hôtel à Romain Payot.

On sait que durant la seconde guerre mondiale l’hôtel a abrité nombre des jeunes enfants juifs.

 

 

 

PDA Pâtisserie Des Alpes

Beaucoup, parmi les anciens, se souviennent encore de la fameuse pâtisserie « PDA » . Jean Edouard Devouassoud créa d ‘abord dans les années 1870 une  boulangerie qui connut  un réel succès. Après la première guerre mondiale, la boulangerie est abandonnée au profit de la pâtisserie et ce sont Hélène et Jeanne Vallet (nièces de Mr Devouassoud)  qui tiennent cette « PDA ». C’est d’ailleurs Jeanne qui épousera René Payot associé de son  frère Paul Payot banquier. Il sera le père d’ un autre Paul Payot ( le fameux historien) avant de décéder durant la guerre de 14-18.

Les deux femmes tiennent d’une main de fer la boutique et leur pâtissier, le célèbre François Aubert,  fabrique durant 40 ans les meilleurs macarons qui soient . Il les expédie dans le monde entier. A la lecture des journaux et des publicités la « PDA » est toujours référencée comme étant la meilleure pâtisserie de Chamonix. Dans les années 50, la pâtisserie change de main, mais  la tradition se perpétue..On fait même jusqu’à 56 sortes de chocolats différents !

La pâtisserie ferme en 1961, vendue à Romain Payot qui avait quelques années auparavant acheté l’ancien hôtel de la Paix.

Sources :  Archives famille Payot Pertin – Archives association des Amis du Vieux Chamonix – Revue Relief – Livre : Flâneries au pied du Mt Blanc de Ch Boymond Lasserre et Joëlle Dartigue Paccalet

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

A Chamonix en 1898, l’air conditionné avant l’heure ?

 

Dès le XVIIIe siècle Chamonix est fréquenté par des  scientifiques à l’époque appelés « naturalistes ». Les premières ascensions vers le Mt Blanc seront, avant tout, réalisées par des hommes désireux d’en connaître la formation géologique, ou de comprendre les questionnements liés à l’altitude, sans parler évidemment de l’intérêt pour les formations glaciaires,etc…

La période de la Belle Époque, avec sa révolution scientifique et technique en Europe, verra un accroissement de fréquentation encore plus important des scientifiques en tous genres. On connaît les plus connus,  Pasteur et ses recherches bactériologiques, Janssen et ses études sur l’astronomie, Vallot et sa curiosité pour les glaciers. A la lecture des revues spécialisées de l’époque, on découvre l’incroyable attrait de la vallée pour des scientifiques de tous bords. Nombre de rassemblements y sont organisés régulièrement   qui les attirent  fréquemment. C’est ainsi que Viollet le Duc, découvrant ce lieu magnifique, imaginera la maison idéale à construire dans ces montagnes au climat rude. Article à consulter sur l’article  ci joint.Viollet le Duc à Chamonix. Qui s’en souvient ?

Dans un numéro de la revue « Nature » de 1898, un petit article éveille l’attention. « Nature » est l’une des revues scientifiques les plus anciennes et les plus réputées au monde de l’époque. Elle a été lancée en 1869 avec une vocation d’excellence dans les domaines des sciences et la liste des articles en tous genres est impressionnante.

Parmi ceux-ci, une publication de Max de Nansoutty, ingénieur civil des Arts et Manufactures, évoque la construction  à Chamonix d’une maison bien particulière réalisée par Monsieur Caron, architecte, ancien élève de l’École Centrale. Mr Caron, montagnard,  réside dans la vallée. Il prend conscience de la particularité de ce climat glacial en hiver et chaud en été. Il imagine une maison à température constante c’est-à-dire insensible aux variations thermiques. S’inspirant des chaudières tubulaires adaptées aux locomotives à vapeur, il conçoit une maison avec des murs de bois à double paroi. Entre les deux murs, une charpente tubulaire à circulation d’eau permettrait de donner à l’air de l’espace sa température optimale En été on ferait circuler de l’eau froide qui rafraîchirait les murs et en hiver  l’eau passant tout d’abord dans un serpentin de calorifère pourrait être envoyée chaude dans ces tubulures réchauffant l’ensemble de la maison ! L’idée est séduisante !

Un peu comme un radiateur géant les murs seront donc toujours à la bonne température.

La maison est rapidement construite. Le montage de cette charpente creuse se fait sans l’aide d’un ouvrier spécialisé.  Tous les planchers, tous les plafonds et tous les murs communiquent entre eux ; les murs sont en bois, formés de planches clouées sur des madriers liés aux tubes par des colliers métalliques. Commencée le 7 juillet 1898, elle est habitable le 15 septembre.

L’article s’arrête là, mais qu’est donc devenue cette maison ? C’est dans une autre revue de 1902 , « La science curieuse et amusante », que l’on apprend, hélas, que l’hiver suivant, très froid, l’eau s’était congelée à l’intérieur des tuyaux et le calorifère en surchauffe, mit le feu aux murs, détruisant l’ensemble de la maison. Ce fut donc un essai pour rien !

Une vingtaine plus tard l’architecte Marcel Cochet réalise en 1930, à Chamonix, un bâtiment (Banque Payot) qui sera citée par l’école d’architecture de l’époque comme un exemple remarquable de bâtiment conçu pour lutter contre le froid et le chaud  Article ci joint : Une remarquable expression de l’art déco : la Banque de Paul Payot maire de Chamonix de 1888 à 1901

Bibliographie : Revues scientifiques : « Nature », « La science curieuse et amusante » , revues « Architecture moderne « .

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Une « sportswoman » oubliée de Chamonix : Marie Marvingt

«  Il n’y a pas une femme au monde qui possède un bagage sportif aussi universel que Mlle  Marie Marvingt et je ne voudrais pas garantir qu’il existe un seul représentant du sexe mâle qui en ait un semblable ». Voilà en quelques mots un article de la revue aérienne du 25 décembre 1910 qui parle avec autant d’admiration d’une femme d’exception.

 

Pionnière de l’aviation, championne de ski, nageuse virtuose, aventurière, héroïne de guerre, tels sont les qualificatifs donnés à Marie Marvingt dans les diverses publications de la Belle Epoque lorsque peu à peu les femmes soutiennent des paris sportifs incroyables.

1899, elle obtient l’équivalent du permis de conduire.

1904, elle participe à la première  course cycliste Nancy Bordeaux.

1906, 1ère française à effectuer les 12kms de la traversée de Paris à la nage.

1908, elle termine le tour complet du Tour de France, malgré le refus de l’administration de sa participation à la course. Elle le fera  jour après jour, avec quelques heures de décalage,  dans la foulée de la vraie course.

1909, première femme à traverser la Manche en ballon.

1910,Brevet de pilote.

900 vols en avion avant la première guerre mondiale. Puis elle se fera remarquer par son implication et sa participation en tant que pilote durant la guerre, où elle invente le concept d’aviation sanitaire !

ET A CHAMONIX ?

Elle est proche de la famille Vallot, amie de Madeleine Namur, fille de Joseph Vallot, avec qui elle invente des tenues adaptées pour le ski, le patin à glace et l’alpinisme…

 

Elle loge dès 1903 à l’hôtel Couttet, car très proche des deux frères Joseph et Jules avec qui elle s’initie au ski avec l’aide de deux  moniteurs norvégiens : Durban Hansen et Nyqwist !

 

 

 

 

1903, elle découvre l’escalade avec Camille Ravanel à l’aiguille de l’M.

1905, elle est la première femme à faire la traversée Grands Charmoz- Grépon avec Edouard et G. Payot, guides chamoniards. Elle échappe de peu à une avalanche de rochers dans le couloir Mummery !

1907, le 5 août avec Joseph Démarchi et Jacques Tissay, elle fait l’aiguille du Moine. Puis le 8 août la traversée col du Passon et col du Tour Noir. Le 9 août le Chardonnet et le 13 août  la dent du Requin !

Quelle santé cette femme !

On la voit à la Dent du Géant où elle prononce ces mots : «  j’ai le mal des hauteurs et n’en veux plus guérir », se fait remarquer en Suisse au Mont Rose, à la Jungfrau, au Wetterhorn …

1908, première à la course féminine de ski mise en place dans la vallée.

1908, première ascension féminine du Buet à ski.

1909, première féminine  au col de Balme à skis.

1909, première en luge à Gérardmer.

1910, première en patinage au Ballon d’Alsace.

1910,première femme au Col de Voza à skis.

1910, première au championnat féminin international de bobsleigh ! Première au concours de saut  à Chamonix!

1912, première à la compétition de luge organisée à Chamonix

1924, elle survole en hiver avec Mr Thoret l’ensemble du massif du Mont Blanc, un grand bonheur pour elle. Très amie avec Jean Lavaivre, maire de Chamonix, ils mettent en place les journées de l’aviation qui connaissent beaucoup de succès.

 

 

 

Puis, dans les années 1930, elle invente un ski métallique pour se déplacer sur le sable et parcourt le sud tunisien et le sud Marocain avec ses skis. Elle explore tout le Maghreb avec son avion…  et ses skis.

Ses conférences attirent un grand nombre d’étonnés et de curieux. Elle est prolixe, vivante, amusante.

 

 

A l’âge de 85 ans elle passe son diplôme de pilote d’hélicoptère.

Elle décède deux ans après dans un certain dénuement ! Mais dans son pays d’origine, la Lorraine, elle sera honorée par  nombre de places, écoles et terrains d’aviation à son nom.

A Chamonix ? Rien !

Bibliographie : Revues « la vie au grand air », Revue universelle et populaire illustrée, « Aviation Magazine, « Femina », « Revue aérienne », « la montagne »…

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix.

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

 

 

Le village des Praz vers 1925-1930

Petite histoire du bivouac des Périades

 

VIDEO REALISEE par SEBASTIEN MONTAZ  ROSSET

Bousculé par un éboulement en raison des conditions climatiques, le petit bivouac des Périades menaçait de s’effondrer. Jean Sébastien Knoetzer,( guide de haute montagne – professeur à l’ENSA ) et quelques amis ont, grâce à la générosité de donateurs, réussi à l’héliporter en bas dans la vallée, avant de prendre place sur la terrasse du Majestic, d’où il rejoindra bientôt  le Musée alpin.

Ce petit refuge a une histoire qu’il est intéressant de rappeler.

Dans les années 1920-1925 , les alpinistes, de plus en plus nombreux et motivés, cherchaient à ouvrir de nouvelles voies plus ardues dans ce secteur du massif. En août 1928, deux grimpeurs, Paul Chevalier et Maurice Sauvage, membres du tout nouveau GHM (Groupe de Haute Montagne ), décident de construire un petit abri au milieu de cette belle arête faîtière que sont les Périades.  Paul Chevalier, architecte, conçoit cet abri, en établit le plan et le construit  lui-même, payant de sa poche les frais de l’édification  Les deux compagnons choisissent la pointe de Sisyphe à 3459mètres, proche de la Brèche Puiseux. Le matériel est monté à dos d’homme. Ils l’inaugurent dans la nuit du 10 au 11 août 1928 ce qui leur permet de réussir la première ascension de la calotte de Rochefort par l’arête nord. Bel exploit pour l’époque !

Haut de 1.50m, long de 3 mètres et large de 2 mètres,  recouvert de planches brutes sans bardage, sans poêle, ce tout petit refuge pouvant abriter 3 ou 4 personnes donne alors aux grimpeurs la possibilité de parcourir cette magnifique arête que sont les Périades. Ce sera une ouverture vers les voies nouvelles offertes aux alpinistes.  Il prend alors le nom de bivouac Paul Chevalier.

Malgré les conditions hivernales venteuses l’abri  résiste longtemps aux intempéries. Avec le temps il devient propriété du Club Alpin Français.

Photo Georges Tairraz 1957

En  1957 cette sympathique cabane  commence à présenter  quelques faiblesses. A l’initiative du président de la section du CAF du Jura, Mr René George, il est entrepris de le consolider. On fait appel à Armand Couttet, ancien président du syndicat des guides et menuisier, pour refaire une nouvelle porte. Celui ci la fabrique, l’emporte là haut et refuse de présenter une facture  … «  je ne ferai pas de note pour cette petite porte, cela n’en vaut pas la peine d’ailleurs, je me suis assez servi des refuges du CAF dans ma vie d’alpiniste !».

Le bivouac Paul Chevalier s’appelle encore ainsi en 1946.

Puis avec le temps, les alpinistes finissent par l’appeler par son lieu de situation et le petit refuge Paul Chevalier prend le nom de Bivouac des Périades.

 

Il est encore restauré en 1996 par Armand Comte et Serge Bladet. Il est très souvent fréquenté par les cristalliers.

Juste après son affaissement, une tentative de redressement est effectuée par Christophe Lelièvre  (gardien du Couvercle), Christopher  Baud (guide et cristallier) et Sébastien Kayati (cristallier).

Bientôt, un nouvel emplacement sera choisi afin d’élever un autre bivouac. Mais le petit abri construit par Paul Chevalier va pouvoir prendre sa retraite tranquillement  dans la vallée protégé des intempéries.

Merci aux initiateurs du projet d’avoir voulu le sauvegarder. D’autres de ce type ont malheureusement déjà disparu !

Bibliographie : Site de l‘association des Amis du Vieux Chamonix  -site Bernard Cottard –  Revues du Club alpin français. – – Revues du Groupe de Haute Montagne.

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Pont de Piralotaz aux Bossons

 

Pont de Piralotaz au Bossons  : signifie  « le pont de pierre à l’hôte »

Dans la vallée de Chamonix, les ponts jetés sur l’Arve ont été de tout temps rares car bien souvent menacés par le cours tumultueux du torrent.

Le pont à la sortie du village des Bossons, appelé Peralota ou Piralotaz, commandait l’accès à la vallée de Chamonix.

Celui-ci, dans un acte du 17 octobre 1692, doit être surveillé de près par les autorités  pour obtenir les réparations jugées indispensables « afin d’assurer  la continuité des échanges et des transports avec le pays du Valey et dudit Faucigny »

Le 24 ventôse de l’an X, il est précisé  « que le pont de pierre à l’hôte menace de chute » !

Il est, avec l’arrivée des visiteurs, renforcé au cours du XIXème siècle.

Il est constitué peu à peu d’une charpente plus savante sur laquelle repose un tablier.

Avec le rattachement à la France et la visite de l‘Empereur à Chamonix, le chemin traditionnel est amélioré et le pont de Piralotaz consolidé jusqu’à sa construction totale en pierres, permettant dès 1868 le passage des diligences se rendant à Chamonix.

Bibliographie : Le massif du Mont Blanc de Fischbacher – Guide  Vallot – Archives départementales

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

La maison du Lieutenant au village du Mont à Servoz

La maison du lieutenant au village du Mont de Servoz trône au cœur du village. Nettement plus importante que tous les autres, elle se remarque car foncièrement différente des fermes traditionnelles qui l’entourent.Adossée à la pente, sa face nord présente un large auvent couvrant l’entrée actuelle. En face sud, une belle façade s’ouvre au soleil. Deux larges galeries sont composées de grandes dalles de schistes, les deux supérieures sont en bois . De part et d’autre, deux tourelles encadrent l’ensemble, l’une d’elle abrite un escalier.

Certes d’un aspect imposant on aurait pu imaginer une ancienne maison forte mais d’après Elisabeth Chalmin Sirot, spécialiste des maisons fortes du haut Faucigny aucune n’apparait au village du Mont, seul figure dans la région le château saint Michel.

L’accès intérieur à l’habitation se fait par un bel escalier de trois marches arrondies qui ouvre sur  une salle dont le sol est couvert de dalles irrégulières. Dans celle-ci on distingue les restes d’une bourne (cheminée ancienne des maisons locales) dont la poutre traverse l’ensemble de la pièce. Au pied de la fenêtre se trouve une pierre creusée de deux vasques dont le fond est percé d’une ouverture afin de laisser s’écouler un liquide ou des grains. Sur le côté droit, un évier de pierre. Au sol, deux sortes de cannelures creusées dans ces dalles épaisses intriguent. Sur le côté existe encore un très beau four à pain.

L’étage supérieur est quasiment identique au précédent.

Les combles sont magnifiques. A l’intérieur, la bourne est intacte, chevillée selon la technique ancienne elle est un élément majeur du passé de cette maison.

Dans la cave se trouvent deux énormes  pressoirs, un à huile, un à fruits et une cheminée.

 

 

 

 

 

 

 

Après étude des maçonneries et des encadrements des baies, on peut imaginer la possibilité d’une construction ancienne totalement rénovée fin XVIIIe voir milieu du XIXe. Il n’est pas impossible que, compte tenu de l’aménagement intérieur, cette maison ait tenu un rôle collectif important. En effet toutes les fenêtres sont dotées de barreaux ou de protections jusqu’au dernier niveau, ce qui est rare pour une maison domestique. A t-elle été un lieu de collecte de biens, d’impôts?

Dans le passé, lors de la réalisation de la mappe sarde en 1731, figuraient  en ce lieu quatre maisons bien distinctes.  L’association  » Servoz  Histoire et Traditions » reconstitue peu à peu l’histoire de ces familles propriétaires dont deux portaient le nom de Devillaz et les autres apparentées à cette famille..

Le nom de Maison du Lieutenant provient d’inscriptions aux frontons de portes de cette maison étonnante. Sur l’un d’eux est gravé « 1798 , De Villaz Joseph Marie, Lieutenant » et sur une autre « 1798, De Villaz Jean Claude Lieutenant » d’où le surnom de cet édifice.

Joseph Marie Devillaz est un personnage important de l’histoire de Servoz, Jean Claude est son fils. On retrouve aussi inscrit le nom de Bernard  son second fils. Par héritage, Joseph Marie récupère en indivision avec son cousin deux parcelles sur lesquelles se retrouvent deux maisons. IL occupe ensuite l’ensemble de ces deux propriétés.

Favorable aux idées jacobines, Joseph Marie Devillaz  mène la vie dure aux curés lors de la période révolutionnaire. Secrétaire de mairie de Servoz, gardien des mines, guide naturaliste reconnu de Servoz. Il était très apprécié des scientifiques pour ses connaissances. A-t-il été lieutenant? Pour le moment on l’ignore. C’est son petit fils Jean Pierre Devillaz qui hérite de l’ensemble des parcelles. Géomètre patenté il est probable qu’il soit à l’origine de la transformation de ces deux maisons en une seule.

Sans héritier, sa femme se remarie avec Achille Blondaz dont elle aura trois enfants qui en deviendront les propriétaires. Ils  vont eux même transformer cette maison en deux appartements distincts. Elle servira même d’école un temps. Finalement en 1963, Guy Félisaz acquiert cette maison, la modernise afin de la rendre plus confortable. C’est en 2014 que la communauté de communes de la Vallée de Chamonix l’acquiert enfin d’en faire un centre orienté vers une meilleurs connaissance de la vie rurale.

Bibliographie :Deux brochures intitulées  « le Mont » édités par  l’association  « Servoz Histoire et traditions  » –  Monographie de l’abbé Michel Orsat –  Archives départementales :  Mappe sarde Servoz cote 2253W445-44.  Archives départementales : Servoz affaires communales : 4L 141 – Note d’information du CAUE –  diagnostic de la ComCom de la vallée de Chamonix,

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Le Grand Hôtel Couttet et du Parc va t’il enfin retrouver ses lettres de noblesse?

 

Tout commence par la chronique d’une famille hôtelière chamoniarde qui aura marqué de son empreinte les plus belles années de la Belle Époque,  jusqu’aux  années folles.  François Couttet (né en 1828) , guide de haute montagne, avait l’habitude dès, les années 1855, d’héberger ses clients dans sa maison familiale. Son abord sympathique,  sa bonhomie  étaient très appréciés des britanniques. Ceux-ci l’incitèrent à construire une auberge afin de recevoir dignement ses clients qui appréciaient son savoir faire et ses connaissances.

Dès 1867, il construit  «  l’Hôtel Pension Couttet ». Fort de son succès, une quinzaine d’années plus tard,  il édifie le Grand Hôtel Couttet qui devient peu de temps après  le Grand Hôtel Couttet et du Parc. L’hôtel connaît ses heures de gloire durant la Belle Époque, puis dans les années folles, grâce aux deux fils: Joseph et Jules, très impliqués dans le développement de la commune de Chamonix.. Par ailleurs leurs sœurs (Joséphine, Aline, Sarah)  seront à l’origine de la création du palace le Savoy, de l’hôte du Beau Site et de l’hôtel des Alpes, beaux établissements prestigieux de la vallée.

 

Cet hôtel chargé de souvenirs nous évoque la présence d’Edward Whymper, venu ici chaque année de 1865 à sa mort en 1911 dans une chambre de l’hôtel. Le fréquentaient aussi Gabriel Loppé, ce peintre grand ami de François Couttet, le critique d’art et poète John Ruskin, Lord Sinclair l’inventeur du merveilleux petit coin appelé « le Lac à l’anglais » aux Gaillands,  Alphonse Daudet, Albert Mummery,  le musicien Rimsky Korsakoff, et tant d’autres.

 

Le Grand Hôtel Couttet et du Parc ferme ses portes en 1939. Les bâtiments  rouvrent en 1946 en tant que préventorium (pour enfants atteints de primo-infection tuberculeuse), ainsi que l’hôtel Beau-rivage (UCPA), sous la dénomination « Centres Guynemer », mais qu’on appelait à Chamonix « Centre Couttet ». Mme Ehrhardt,  puis son fils Paul en assurent la direction. Vers 1950, un directeur national de la Santé impose la construction des terrasses de béton. L’activité préventorium cesse en 1970. Le Couttet alors est loué par la SARL Couttet à une association du département des Yvelines, l’ADEPEP, qui en a fait un centre de colonies de vacances, classes de neige et classes vertes. L’hôtel est ensuite occupé par les employés et la direction de l’UCPA voisin, le temps de la rénovation du Beau-rivage (UCPA)  La commune rachète l’ensemble, parc et bâtiments en 1990.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 2003 l’ensemble du parc et de l’hôtel est menacé de destruction. Est prévu à cet emplacement un auditorium haut de 16 mètres et une école et maison de la musique haut de 12 mètres.

Bon nombre  chamoniards sont affolés par ce projet ambitieux et c’est ainsi qu’en 2004 est lancé une pétition alertant la DRAC sur la menace portée sur l’ensemble historique de ce quartier. La DRAC se fait pressante, la commune renonce  à ce projet. Merci Eric !

 

 

 

 

 

 

 

L’hôtel Couttet est alors  abandonné.  Pendant de nombreuses années, le rez de chaussée est occupé par le club des anciens, par le club de bridge, par des groupes musicaux. Les étages laissés à l’abandon, sont souvent squattés. Les murs tagués. Les bâtiments se dégradent.

Vient alors en 2013 l’idée de remettre sur pied cet ensemble historique. On parle de logements sociaux, de maisons pour nos anciens, mais le coût de la rénovation très élevé (5 500€ par m2) ne peut être assuré par la commune. Est donc lancé un appel à projet. Dans les conditions imposée par la  commune est précisé que les bâtiments  (qui restent la propriété de la commune) doivent conserver le caractère architectural initial afin de sauvegarder  l’âme et l’histoire de cette prestigieuse famille hôtelière chamoniarde.

C’est finalement  Paris Inn Group qui est choisi. Cette société créée en 2005 sous sa forme actuelle est issue d’une épopée hôtelière familiale née en 1923 et intéressée essentiellement par  l’aménagement et la rénovation  d’hôtels historiques. On ne peut qu’espérer qu’ils auront le souci de ce passé dont certains ici à Chamonix se sont battus pour le préserver

Puisse le Grand Hôtel Couttet et du Parc retrouver enfin ses lettres de noblesse ! Nous veillerons !

Bibliographie : Archives notariales aux archives départementales d’Annecy

 

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Mieux comprendre Chamonix Nord !

Faisons un petit tour dans le passé pour mieux comprendre Chamonix Nord.

En mai 1958 est créé un haut commissariat à l’éducation physique et aux sports, une grande nouveauté dans la vision de l’éducation nationale. Ce haut commissariat est confié à Maurice Herzog qui considère que le sport est quelque chose d’essentiel dans la politique nationale et internationale. Puis celui-ci est nommé en 1963 à la tête d’un secrétariat à la jeunesse et aux sports rattaché au ministère de l’éducation nationale. Est ainsi  décidé d’introduire le sport au sein des activités scolaires.

Par ailleurs, en cette même période, l’État modifie les diverses branches de l’éducation.  Sont alors créés en 1963 les CES (Collèges d’Enseignement Secondaire) qui ont pour vocation de regrouper l’ensemble du premier cycle ,  6ème- 5ème-4ème et 3ème , qui étaient en ces années là dispatchées en deux cycles différents.

Avec  Henri Cettour, futur directeur de l’ENSA, Maurice Herzog met en place un premier plan quinquennal ayant pour ambition de fournir une série d’équipements et structures d’enseignement sportif dans toute la France. L’objectif étant de mettre la jeunesse et le sport au cœur d’une politique de renouveau de l’éducation des jeunes. La première réalisation sera le fameux lycée sportif de Font Romeu.

C’est dans cet esprit que le 30 mars 1968, après l’élection de Maurice Herzog à la mairie de Chamonix, le conseil municipal lance une étude en vue de la création d’un complexe sportif et culturel pour Chamonix. En cette époque, exceptées les remontées mécaniques, Chamonix disposait pour ses habitants de peu d’équipements sportifs, et les cours complémentaires se trouvaient à l’école du centre. Beaucoup d’élèves qui désiraient prendre une autre option devaient se rendre à Bonneville.

Sous l’impulsion de Joseph Comiti, nouveau secrétaire à la jeunesse et aux sports, Chamonix est retenu en 1969 pour la réalisation d’une importante opération expérimentale ! On imagine ainsi pour Chamonix la cité scolaire  idéale en tentant de regrouper  l’esprit et les jambes pour un projet pédagogique innovateur. D’une part un pôle culturel avec un CES accueillant des sections sport-études (complètement nouveau à l’époque), une école  hôtelière, l’ENSA, une MJC, une bibliothèque… D’autre part un pôle sportif avec hall omnisports, centre nautique, tennis etc… Et l’ensemble des ces deux pôles devant être reliés par des galeries et coursives permettant aux étudiants de passer de leurs activités scolaires aux activités sportives et internat sans quitter cette cité « idéale ».

On fait alors appel à Roger Taillibert qui avait déjà beaucoup œuvré pour des équipements sportifs et éducatifs. Le projet est lancé officiellement. Le centre sportif est la première tranche réalisée sur une surface de 6 875m2 abrité sous neuf voûtes en voile mince de béton précontraint (technique permettant de réaliser des espaces aérés et ouverts sur l’extérieur). Joseph Comiti vient à l’inauguration du centre nautique. Mais en 1974 il perd son poste et le  ministère suivant se désintéresse totalement de ce projet initial.

La commune de Chamonix ayant toujours le financement accordé par l’éducation nationale pour le collège doit s’empresser de l’utiliser. On abandonne l’idée des coursives, des passages d’un pôle à l’autre qui faisaient l’originalité du projet, afin de poursuivre la construction du pôle éducatif . C’est une partie de l’esprit novateur qui ne sera ainsi jamais menée à terme ! Ici sont construites sur une surface de 41 000m2 dix neuf autres voûtes dans ce même matériau qu’est le béton pré contraint et sont construites alors trois tours pour abriter les 600 internes des deux collèges et les élèves de l’ENSA. Seul des bâtiments en élévation pouvaient abriter autant d’élèves. Le terrain n’était pas extensible !

Mr Taillibert imaginait les tours comme une réplique aux Aiguilles qui leur faisant face.

 

La caractéristique de cet ensemble sont ces voûtes reposant sur trois points permettant d’alléger l’impact visuel. Ceci grâce à l’emploi d’un voile mince de béton précontraint . Et ayant des portées variables, elles ouvrent sur de belles vues panoramiques.

 

Les voûtes hautes de 22 à 60mètres sont équipées de lanterneaux circulaires de 6 à 9 mètres de diamètre apportant la lumière au cœur des coupoles triangulaires. Celles ci permettent une grande liberté pour l’aménagement intérieur. Étudiées par l’ingénieur suisse Heinz . Elles ont permis à Mr Taillibert de perfectionner sa pratique des coupoles sphériques pour le complexe olympique de Montréal ou encore le hall de conférences d’Abu Dhabi.

l’architecte Roger Taillibert (décédé récemment) auteur du parc des Princes à Paris, du stade olympique de Montréal  et tant d’autres, a marqué son temps et a été mondialement reconnu par ses pairs.

Stade olympique Montréal

Parc des Princes Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

Beaucoup de chamoniards même s’ils ont apprécié la forme élégante des coupoles,  ont eu du mal à accepter les tours jugées agressives dans ce paysage de vallée sans heurts visuels majeurs et les ont même reprochées au maire en place. D’autres, au contraire, y ont vu le signal d’une modernité compatible avec notre cadre de vie et une esthétique répondant à l’élancement de nos aiguilles. N’a-t-on pas parlé de classer l’ensemble comme patrimoine du XXè siècle, tant elles sont représentatives des nouveaux courants architecturaux ?

 

Quelques chiffres : Centre culturel et cité scolaire : 45000m2. Bibliothèque municipale : 1480m2, Maison pour tous:2167m2. ENSA : 9950m2. Centre sportif : 6875m2
Bibliographie : Comptes rendus des conseils municipaux années 1968-1969,1970.Revue architecture n° 389, site Agence Roger Taillibert , revue architecture d’aujourd’hui 1968 et 1972,site internet CAUE, magasine de l’architecture en station, Chamonix information n° 10, revue Relief n°11.
Histoire et patrimoine vallée de Chamonix
Christine Boymond Lasserre

 

 

Les 130 ans d’une belle histoire familiale à Vallorcine : l’hôtel du Buet

Tout habitant de la vallée a, un jour, fréquenté l’hôtel du Buet. Déjà enfants,  après une balade dans le vallon de Bérard, nous avions droit à un verre de limonade si nous avions bien marché. Plus tard, lors des randonnées à ski, à Beugeant, au col Cornu, à Bérard ou au Buet, la récompense était cette croûte au fromage dégustée après ces randos mémorables

L’hôtel du Buet fête cette année ses 130 ans.

 

 

 

Maurice Chamel avait déjà, dès les années 1884 -1885, entamé, avec son frère Félix, qui travaillait à l’époque à l’hôtel Beau Rivage de Genève , la construction d’une auberge-restaurant avec quelques chambres. L’établissement est construit en embauchant les vallorcins dont Marie Burnet qui transporta un jour 5 « hottes » de chaux.

Maurice était alors maire de Vallorcine et conduisait la diligence Martigny-Chamonix.

L’arrivée de la route pour diligences en 1885-86 incite Maurice à agrandir et l’agrément donné par l’Etat est accordé en 1889. L’hôtel naît officiellement cette année là.

 

 

Nombreux sont les touristes s’arrêtant à l’hôtel durant les étés d’avant guerre. Les registres de l’époque sont riches de noms provenant de tous  pays USA, Russie, Angleterre, Allemagne, etc…).

Le 7 janvier 1904 logent à l’hôtel une équipe chamoniarde, constituée de l’abbé d’Argentière, du docteur Michel Payot,de  Joseph Ravanel ( le Rouge) guide, Joseph Couttet ( hôtelier) , Robert Charlet, Désiré Charlet, Henri Simond (guide), Emile Fontaine et un client.  Ils réalisent ensemble la première hivernale du Buet. Les mêmes qui, l’année précédente, avaient réalisé en janvier 1903 la première traversée à ski Chamonix-Zermatt. Le début d’une longue histoire ! En 1920, huit skieurs vallorcins effectuent la montée en 5h la descente en 45mn !

Le confort de l’hôtel était modeste. Une colonne d’eau à l’arrière du bâtiment approvisionnait l’ensemble de la maison. Chaque chambre avait des bassines et le personnel apportait tous les matins l’eau nécessaire aux clients .On éclairait à la bougie ou avec des lampes à pétrole.

L’arrivée du train en juin 1908 engendre des changements notables dans la vie du village. La vie est quelque peu bouleversée par la venue d’ouvriers piémontais dont certains logent tout près de l’hôtel dans un baraquement aujourd’hui disparu. Pour l’inauguration, le 1er juillet 1908, plus de 200 personnes sont reçues à l’hôtel, un « fameux » repas est proposé à l’ensemble des convives.

Durant l’été de cette même année huit trains desservent la vallée. Les cascades de la vallée deviennent accessibles. De même le Buet qui voit la construction  d’un nouveau refuge !

L’hôtel a un emplacement idéal,  chaque train débarquant des cohortes de touristes, dont nombreux sont ceux qui résident à l’hôtel. Celui-ci s’adjoint une annexe, l’hôtel prend alors le nom d’Hôtel du Buet et de la Gare.  Il faudra attendre les 1934 -1935 pour que le train arrive enfin en hiver. D’ailleurs, l’électricité arrive à l’hôtel en 1930. Le bâtiment est déjà rehaussé d’un étage.

L’hôtel poursuit année après année son essor. Jules, le fils, prend la succession, aidé plus tard de son fils Maurice, digne successeur de son grand père.

Avec l’arrivée de la période sombre de l’occupation allemande à partir de 1943, Germaine Chamel, la  mère de Maurice, s’honore en participant aux réseaux constitués dans la vallée pour aider au cheminement des juifs cherchant désespérément à fuir le pays. En 1979 elle est reconnue comme « JUSTE PARMI LES NATIONS» par l’Etat d’Israël . Discrètement, sur le côté du bar de l’hôtel, est encadrée l’attestation délivrée par la Commission des Justes et le plateau offert par Alexander  Rotenberg  venu personnellement à Vallorcine afin de remercier ceux qui avaient participé à sa fuite vers la Suisse. « Inspirée par l’amour de son prochain elle a sauvé des griffes des collaborateurs de l’Allemagne nazie la vie de nombreux persécutés destinés à être déportés dans les camps de la mort »

 

Maurice Chamel 3ème génération

Après guerre, l’hôtel doit se moderniser. Les contraintes, les règles de plus en plus strictes  sont parfois bien lourdes à assumer. Durant longtemps, l’hôtel continue à recevoir ces clients  « fidèles des fidèles » attachés à la famille. Des liens étroits se sont noués avec ces clients habitués au lieu.

 

 

 

Avec la quatrième génération  l’hôtel du Buet continue. Marie Anne, Véronique, leurs enfants s’attachent à poursuivre cette longue tradition hôtelière et familiale.

 

 

 

 

 

Longue vie aux Chamel arrivée dans la vallée en 1623 et longue vie à hôtel familial chargé de souvenirs que tous ici s’emploient  à transmettre.

Bibliographie : Archives familiales Famille Chamel. Vallorcine de Françoise et Charles Gardelle, les sauveteurs de l’ombre de Michel Germain et Robert Moos, Vallorcine de Nathalie Devillaz

 

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

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