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De quand date la route Chamonix – Martigny :

ROUTE CHAMONIX – MARTIGNY

Après le rattachement de la Savoie à la France,   Napoléon III veut visiter ses nouveaux territoires  et vient dans la vallée de Chamonix.

Lors de sa venue, il fait un temps épouvantable. Effaré par le dangereux chemin muletier qui le conduit à Chamonix, Il décide de financer la construction d’une route carrossable de Sallanches à Chamonix, route qui sera terminée en 1870.

Diligence au départ de Chamonix

Diligence au départ de Chamonix

Très vite, les diligences assureront la liaison entre Genève et Chamonix. La route nationale est tracée vers Argentière puis arrive dans la vallée de Vallorcine entre 1882 et 1886. Un nouvel itinéraire vers la Suisse est alors tracé.

Mais qu’en est il de la route de l’autre côté de la frontière, en direction de Martigny. ?

 

Autrefois, pour accéder en Suisse, les voyageurs empruntaient le col de Balme (récit de Goethe lors de son passage dans la vallée en novembre 1779) : « …notre guide nous propose de passer le col de Balme, haute montagne au nord de la vallée du côté du Valais …  de ce point élevé nous pouvons encore , si nous sommes heureux,  contempler d’un coup d’œil la vallée de Chamonix…. ».

Passage de la tête noire en 1934

Passage de la tête noire en 1934

C’est à partir de 1825 que les valaisans déposent un projet de « route à chars » pour relier Martigny à Chamonix. On décide alors de passer par la Tête noire et le col des Montets.

Le passage de la Tête noire était connu de longue date comme un étroit chemin appelé le « mauvais pas ».  Le voyageur était contraint de descendre de son mulet en raison de la difficulté du passage au dessus du vide. Le percement d’un tunnel s’impose donc, et les travaux de la « roche percée » de Tête noire sont réalisés entre 1827 et 1836. C’est à cet endroit que s’ouvre en 1834 une auberge, futur hôtel qui ne sera détruit que lors de la modernisation de la route en 1950.

Le pont au niveau de la frontière suisse-sarde est refait à neuf en 1840.

Cependant, en raison des gros frais engagés, les travaux de la route avancent lentement.

Théophile Gautier, en 1868, nous précise dans son ouvrage « Les vacances du lundi » que le trajet se fait encore à pied ou à dos de mulet, mais que la route commence à être praticable aux chars légers. Mais la pente est  si raide entre  Martigny  et  le col de la Forclaz qu’en 1871 le conseil d’Etat doit rappeler  que le parcours reste un chemin muletier interdit à tout véhicule. La route ne devient officiellement carrossable qu’en 1875 et le passage du Châtelard sera élargi en 1888.

La concurrence de la route des diligences de Vernayaz, Salvan, les Marécottes et Finhaut  sera longtemps d’une vive concurrence.

De plus l’itinéraire resta longtemps dangereux et impressionnant. Dans le livre «les folles années de Chamonix », Gaby Curral Couttet raconte : « … Tête noire porte bien son nom, je n’osais regarder dans un décor triste et sombre, ces abîmes à pic… Deux voitures ne pouvaient se rencontrer sans friser la catastrophe si bien qu’il était obligatoire de téléphoner du Châtelard à Tête noire et de Tête noire à Martigny pour savoir si la voie étai libre : que de fois avons-nous été contraints de nous arrêter à Tête noire pour attendre souvent plus de deux heures le passage de la voiture engagée dans l’autre sens… maman nous racontant le parcours qu’elle avait fait en diligence où le lourd véhicule risquait à tout moment de basculer … »

Ce n’est que plus tard dans les années 1950 que la route sera modernisée devenant largement plus accessible.

 

Sources : Sandro Benedetti : les voies de communications et le développement touristique.Les chemins historiques du canton du Valais. Berne : 2003

Article réalisé par Christine Boymond lasserre – Droits prot&égés

 

Une des plus anciennes photos de Chamonix

archives départementales 2Photo appartenant aux Archives départementales copyright Archives départementales

Carlton : les 100 ans de l’ancien hôtel du centre ville

carlton 5En 1913 s’ouvre un hôtel de luxe le Carlton .

Paul Simond issu d’une des plus grandes familles hôtelières de Chamonix se lance. Non seulement propriétaire de l’ancien hôtel de la Poste, mais également du nouvel hôtel Astoria construit en 1907, il comprend que l’ouverture de la nouvelle rue devenue avenue de la gare deviendra un centre « stratégique » majeur pour le développement hôtelier.

Nous sommes au cœur de la Belle Époque, la clientèle provient du monde entier. Elle découvre les joies de l’hiver depuis quelques années.

 

Paul Simond, propriétaire de l'hôtel Carlton

Paul Simond, propriétaire de l’hôtel Carlton
Copyright famille Simond

Mr Simond, décide alors d’ouvrir un hôtel de tout confort, avec ascenseur, eau froide et chaude, chauffage central dans toutes les chambres, certaines de luxe avec salle de bains …

Il est de son temps. Fini les palaces à l’ancienne, il veut un hôtel moderne adoptant ce style joyeux à la mode dans toute l’Europe : l’art nouveau.

Le Carlton sera ainsi construit dans un genre tout à fait original à Chamonix.galerie marchande

Grandes baies en plein cintre au rez de chaussée afin de faire rentrer la lumière dans les salons et le restaurant. Façade arrondie, du jamais vu à Chamonix ! Et le granit omni présent, magnifiquement travaillé et qui sera un des derniers témoignages chamoniards de l’usage de ce matériau si dur à façonner.

Le conflit avec les propriétaires du Chamonix Palace en construction en face l’empêchera de bâtir l’ensemble prévu, et oui ces derniers ne voulaient pas perdre la vue sur le massif !centre chamonix années 60

Ainsi le Carlton offrira cette façade tronquée, ouverte sur le carrefour et se prolongeant vers le centre par une galerie marchande si Inédite dans ces années d’avant guerre.

Le Carlton restera pour nous tous un des témoignages le plus attrayant de la période de la Belle Époque et de son expression architectural qu’est l’Art Nouveau..

 

Article et photos réalisés par Christine Boymond Lasserre – Droits protégés

La compétition du KM vertical est elle une nouveauté ?

 

photo du Brévent année 1900 copyright : collection privée

 Le KM Vertical…une course mythique ?

Parallèlement à la course  du marathon chamoniard du dernier WE de juin se déroule une course assez étonnante le KM Vertical.Cette course contre la montre se déroule ainsi :

Départ de l’église de Chamonix pour arriver à la station intermédiaire de Plan Praz .3.8km avec un dénivelé de 100Om le tout réalisé par les vainqueurs autour de 30 à 35mn …

Belle performance…

Cette course connait un réel succès puisque près de 500 participants viennent ici se battre contre la montre  : de quoi impressionner les esprits sportifs ..

Cependant …en 1897 une course similaire fut  proposée aux jeunes chamoniards de l’époque. Avec départ de l’église de Chamonix – Montée par les Moussoux – passage par Bellachat – sommet du  Brévent – descente par le fameux passage de la cheminée (oublié de nos jours) –  Planpraz – Chamonix…

Le premier Edouard Payot, mettra deux heures suivi immédiatement par Jean Marie Devouassoux, Francois Joseph Cachat puis Joseph Bossoney.

 Belle performance quand on imagine le matériel de l’époque…N’est ce pas ?

Ci-dessous articles parus dans« La Croix du Mont Blanc et de Chamonix »  en aout 1897 à propos de cette course qui  attira beaucoup de monde ce jour là !

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Elle est classée monument historique mais le savons nous ?

 

_mg_0199Nous allons à la poste, à la banque, à la boulangerie…  nous passons devant elle des milliers de fois.

Y  jetons-nous   un regard ?  La remarquons-nous ? L’avons-nous observée dans le détail ?

Et pourtant elle est classée monument historique !

De quoi parlons-nous ? D’une maison, d’un  bâtiment ?  Non,  tout simplement de  la magnifique fontaine située au cœur de la place Balmat.

L e 8 juin 1860, la municipalité, pas encore française, adopte le projet d’une fontaine publique « à fixer au milieu de la place publique du chef lieu ».

Le 9 septembre 1861 la commune  fait appel à «… Mr Pizelli tailleur de pierre, natif de Cambiosco en Piémont , pour l’exécution de fourniture et travaux à la construction d’un bassin en granit à établir sur la place publique . Mr Pizelli est invité à venir passer pour l’accomplissement de ses engagements et à faire exécuter à ses frais et risques tous les travaux et fournitures pour la construction d’un bassin en granit … ».

_MG_0204Les diverses délibérations municipales des années suivantes nous apportent peu de détails complémentaires,  sinon une volonté exprimée  par l’administration préfectorale recommandant aux  conseils municipaux la création de fontaines en eau potable afin de favoriser la distribution d’eau nécessaire à la population. D’ailleurs, une  seconde fontaine sera créée dans le haut du bourg, alimentée par la source des Nants.

L’observation de la fontaine Balmat nous laisse admiratif._MG_0156

Elle se compose d’un bassin  taillé dans une pièce unique, un seul  morceau de granit de 3.50m x2.40m, c’est à peine  croyable  lorsque l’on connaît la difficulté du travail de cette pierre.

 Comment les graniteurs ont-ils œuvré ? D’où vient ce bloc magnifique ?  Peut-être de la carrière d’Orthaz ? Ou d’une  carrière plus haut située au pied de la mer de glace ? Comment  l’ont-ils déplacé ? L’ont-ils creusé une fois installé sur la place ?   Etaient-ils plusieurs  tailleurs?

Nul ne connait  les  raisons qui ont  conduit les autorités à décider du  classement en monument historique en 1941. Mais ce qui est certain, c’est que cette fontaine, surprenante par sa taille, reste un témoignage majeur du travail oublié des graniteurs qui ont œuvré dans la vallée de Chamonix.

Fontaine du haut du bourg également classée

Fontaine du haut du bourg également classéel

Originaires du Piémont, voire même des vallées plus lointaines au nord du lac Majeur, ils venaient faire une saison, travaillant dans des conditions difficiles puis repartaient dans leur famille.  Ils reviendront de plus en plus nombreux lorsque Chamonix connaîtra le boum économique de la Belle Epoque. Ce sont eux qui participeront aux travaux de constructions des hôtels, des voies ferrées, puis plus tard des remontées mécaniques. Leur présence est attestée pour la  construction de nombreux immeubles  chamoniards. Beaucoup ont fait souche, souvent les  familles aux consonances italiennes  de la vallée sont héritières de ces ouvriers, sculpteurs discrets mais courageux,  qui ont œuvré pour l’embellissement de notre vallée.

 Histoire et patrimoine Chamonix

Christine Boymond Lasserre

La rencontre de Jules Payot enfant du pays avec Vladimir Illitch Oulianov devenu Lénine

Portrait Jules Payot

Portrait de Jules Payot
( 1859-1939)

 

Jules Payot recteur de l’académie d’Aix en Provence, auteur de nombreux ouvrages de morale et d’éducation a rencontré, selon les descendants de la famille, Vladimir Illitch Oulianov qui deviendra peu de temps après le fameux Lénine.

Et où ? …tout simplement dans la maison familiale qui se trouvait au centre de Chamonix.

 Le pourquoi, le comment de cette rencontre..

.A découvrir dans le  témoignage tout à fait intéressant . de Jean Fabre, petit fils de Jules.

Vidéo  TV mountain ci dessous



 Jules est le frère de Paul Payot , banquier  (mais aussi maire au début du 19ème page 1360siècle) créateur de la Banque Payot au centre de Chamonix et de Michel Payot, médecin à l’origine des premières compétitions de ski dans la vallée et de  la création du 1er club de sport de Chamonix

 Une famille inoubliable dans l’histoire de la vallée.

 

Maison qui aurait été achetée par Jules Payot à la suite de la vente des emprunts russes selon le conseil de Lénine !

 

 

Un couple mytique de la Belle Epoque à Chamonix , le couple Agutte -Sembat

un couple fusionnel exceptionnel

Georgette Agutte – Marcel Sembat

Photo fondation Agutte

 Je ne puis vivre sans lui, 12 heures qu’il est mort. Je suis en retard  »

ainsi écrit Georgette Agutte juste avant son suicide après le décès de son mari Marcel Sembat.

Qui, à cette époque, n’a pas été touché par cette histoire sublimée

Mais qui étaient-ils donc ?

Marcel Sembat, socialiste, député dans le XVIIIème arrondissement et ministre des transports entre 1914 et 1916 était un homme politique engagé et renommé. Il restera député jusqu’à sa mort. Il sera par ailleurs un grand amateur d’art.  Son discours du 3 décembre 1912 en faveur de l’art moderne restera célèbre !

Il épousera en 1897 Georgette Agutte, femme libre, divorcée d’un critique d’art, montrant une grande indépendance d’esprit.  Elle était une grande passionnée d’art dont elle fréquentait les milieux depuis sa jeunesse. 

Tous deux étaient des amateurs éclairés, ouverts aux tendances nouvelles. Ils  auront pour amis Henri Matisse, Paul Signac, Albert Marquet, André Derain. Mécènes, ils achèteront ainsi nombre d’œuvres à ces peintres amis dont ils appréciaient le talent. (Dans les dernières volontés de Georgette Agutte la collection devait regagner un musée de province. C’est Grenoble qui sera choisi).

Georgette Agutte Sembat elle-même exposera au salon des Indépendants en 1904, elle participera à la création du salon d’automne et de 1908 à 1916, elle exposera régulièrement dans les salons de l’époque…

>Tableau musée alpin de Chamonix

Tableau exposé au musée alpin de Chamonix

Elle peint des paysages, des portraits, des nus .

Très marquées par les impressionnistes et, les fauves, ses œuvres sont riches d’une palette originale et colorée.

Tous deux aimaient Chamonix où ils s’étaient fait construire une maison. Georgette Agutte faisait partie de ces femmes amateur d’alpinisme en ces débuts du XXème. Plusieurs fois par an, ils se plaisaient à venir passer quelques jours face au Mont Blanc.

C’est en montagne que le 4 septembre 1922,  Marcel Sembat décède d’une hémorragie cérébrale. 12  heures après Georgette Agutte le suivra dans la mort en se suicidant.

Que reste-t-il à Chamonix de ces deux personnages à l’amour fusionnel ?

Une maison encore marquée par leur présence et huit tableaux de Georgette Agutte dans les collections du Musée Alpin(qui fait du musée alpin  la seconde collection Agutte après le musée de Grenoble)

Six de ces   tableaux sont exposés depuis peu. On y découvre des œuvres maitresses consacrées à la montagne, inspirées du fauvisme. Rochers, glaciers, arbres y expriment une nature forte que l’artiste a manifestement connue intimement. Les couleurs sont chaudes, puissantes, il se dégage des œuvres une énergie profonde…  Georgette Agutte aimait notre vallée.

 

Allez découvrir ce talent,

 

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Tableau musée Alpin

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Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine

Quel est le plus ancien hôtel de la vallée toujours en activité ?

On imagine le Montenvers, le Richemond, l’Excelsior, l’Albert 1er, l ou l’Aiguille du midi, ou encore l’hôtel de la Prairie…. Mais l’unique hôtel qui soit, depuis sa construction, toujours exploité  en tant que tel est l’Hôtel de la Couronne à Argentière.

vue hôtel de la couronne

Carte postale

Carte postale

 Construit  vers 1863 – 1865 celui-ci n’a jamais changé d’activité depuis son origine. Édifié sous le régime de du nouvel Empire sous le nom d’Hôtel de la Couronne, il gardera ce nom jusqu’à nos jours.

 D’après la famille Mortier, actuelle propriétaire, l’hôtel prit le nom de « Couronne » à l’instigation de la famille Devouassoux d’Argentière  en succession de l’Hôtel de la Couronne de Chamonix détruit par l’incendie dévastateur de Chamonix en 1855. Cet hôtel (résidence Terminus actuellement), construit en 1832, était d’excellente réputation.

A Argentière, à cette même période, existait déjà une auberge, le Bellevue, datant de 1816, qui servait de relai pour les mulets. Ce village où les visiteurs commençaient à être de plus en plus nombreux manquait d’hébergement confortable.

IMG_5122L’hôtel de la Couronne sera plus agréable, sur deux étages,  avec une vingtaine de chambres, certaines avec une cheminée (les conduits ont été retrouvés lors des travaux de rénovation). Ce nouvel établissement sera une étape très prisée sur le chemin vers la Suisse. Il deviendra à parti des années 1870 un relai de diligences.

Les familles propriétaires se succèdent, tout d’abord les Devouassoux, puis madame Muller, fille de la maison, ensuite Mme Lamy, petite fille,  chacune apportant la modernité des temps présents.

En 1932, la maison s’agrandit d’un étage, ce qui lui donne son aspect actuel. On installe le chauffage central, grand luxe pour l’époque. Ce fut un bon choix, puisque l’hôtel sera grouillant de monde en 1937 lors des championnats du monde, sur la piste de la FIS, marquée par la victoire d’Emile Allais.

Monsieur Mortier prend le relai en 1958. Il affectionne cet hôtel, qu’il entretient avec persévérance et sens pratique. D’année en année il le modernise, installe des salles de bain dans chaque chambre et aménagera même une patinoire dans le jardin pour mettre à profit les froids sibériens des années 1960. Marcel Wibault assurera la pérennité de cette innovation par un superbe tableau qui rappelle aux anciens Argentérauds ces moments exceptionnels où tout Argentière se retrouvait au bord de la patinoire.

Mr Mortier, passe le relais à sa fille. Mais à 92 ans, toujours présent sur les lieux et toujours passionné, il prend un réel plaisir à vous raconter avec moult détails ses souvenirs liés à Argentière. Une mémoire  vive et intacte.

Histoire et patrimoine Chamonix

 Christine Boymond Lasserre : 

 

Quelques belles surprises à découvrir dans la visite des anciens hôtels de Chamonix !

 

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Viollet le Duc à Chamonix. Qui s’en souvient ?

Eugène Viollet Le Duc découvre Chamonix en 1868. Connu pour ses travaux de rénovation de bâtiments historiques, on a parfois oublié sa passion pour la montagne et ses études sur le massif du Mont Blanc.

Promeneur infatigable, il va durant plus de 10 ans se rendre l’été à Chamonix et arpenter chemins et sentiers,explorant chaque petit coin du massif du Mont Blanc. Accompagné de ses guides, il travaille du lever du jour au coucher du soleil, dormant parfois deux ou trois nuits consécutives en altitude. A Chamonix, il se raconte que Mr Viollet le Duc avait conçu un tabouret spécial. Celui-ci, monté sur des pieds aux hauteurs différentes, lui permettait de se positionner au mieux dans la pente lors de ses longues séances de dessin.

Le bas du glacier des Bossons par Viollet le Duc. Collection RMN

 

 

Ses études, ses esquisses, ses croquis, nous montrent un homme méticuleux soucieux de précision. Ses tableaux nous révèlent un peintre subtil maitrisant avec talent le travail de l’aquarelliste.  Les atmosphères sont ressenties avec beaucoup de force et de justesse. Il réalisera plus de 600 tableaux et dessins…

 D’une étonnante modernité, il s’initie enfin à la cartographie et publiera en 1876 une carte à 1/40.000 du Mont Blanc admirable de minutie.

 Quand il arrive à Chamonix pour la première fois en 1868, il loge à l’Hôtel Terminus tenu par Madame Tairraz.

Celle-ci, sachant à quel point il apprécie peu la clientèle séjournant à Chamonix, le recevra dès 1869 dans sa maison familiale située à la lisière de la forêt au pied du Brévent, au lieu dit « la Côte ». Madame Tairraz lui demandera alors de concevoir une seconde maison dite « maison à loyer » (une maison à loyer étant innovatrice pour l’époque puisqu’il s’agissait de construire une maison avec un logement pour le propriétaire et des logements aux étages supérieurs que l’on pouvait louer). Du jamais vu à cette époque !

 Viollet le Duc s’était depuis longtemps intéressé à l’architecture de montagne. Il estimait que celle-ci des était des mieux intégrées au paysage et à la morphologie des terrains accidentés.

Dessin de la Maison de la Côte de Viollet le Duc

Dessin de la Maison de la Côte de Viollet le Duc

Collection RMN

 Il se met vite à la tâche et dresse les plans de cette maison. Il s’inspire des fermes locales pour élaborer son projet. Telle la ferme traditionnelle adossée à la pente, sa maison se composera d’une base en pierre surmontée de deux étages en bois. En amont, se trouvent cuisine, sanitaires et tout ce qui concerne la domesticité. En aval, les chambres s’ouvrent sur de larges fenêtres et balcons donnant sur le midi et les sommets.

Mais Viollet le Duc comprend aussi la nécessité d’avoir une maison moderne avec tout le confort… Chaque chambre disposera d’une cheminée et d’une salle de bain… Ce qui était révolutionnaire pour l’époque. Construite de 1872 à 1873, cette maison de Viollet le Duc se veut exemplaire.  Il y montre ses talents d’architecte capable de construire une demeure confortable néanmoins inspirée de l’habitat traditionnel.Maison de la Côte- Dessin de Viollet le Duc -Copyright Musées nationaux                                                 Dessin de Viollet le Duc . Copyright RMN

 L’eau coulera bien longtemps sous les ponts avant qu’un autre architecte, Mr Henry Jacques le Même, de Megève, invente, 60 ans après, ce qu’il appellera « le chalet skieur » directement inspiré de l’habitation locale. Que de points communs entre eux !

 La maison de la Côte deviendra, avec son annexe, « l’Hôtel des chalets de la Côte », tenu par Mr Harang.

  Puis les bâtiments seront partiellement transformés dans les années 1920 pour être occupés par une maison d’enfant appelée « les Soldanelles ».

Dans les années 1970, tout sera balayé par des promoteurs plus intéressés par le profit d’une grande résidence que par cette veille maison pour eux sans intérêt.

Nul ne s’en est ému …

Dommage ! Sa vision de l’architecture moderne avait 60 ans d’avance !

 Mais qui s’en souvient à Chamonix ?

 

 Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine vallée de Chamonix

 

 

 

 

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