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La dernière éxécution capitale à Chamonix d’un crime réalisé à Vallorcine

Le drame de Vallorcine raconté par Stephen d'Arve

Le drame de Vallorcine raconté par Stephen d’Arve

Elle remonte au 28  janvier 1868, huit ans après l’annexion.

Elle est relatée par Stephen d’Arve, chroniqueur de la vie chamoniarde, qui a assisté à la mise à mort sur le pré de foire, actuelle place du Poilu.

L’homme qui a été guillotiné, condamné à mort pour assassinat par la Cour d’Assises  d’Annnecy, n’avait pourtant pas tué sa victime qui avait réchappé à son  agression.  C’est dire à quel point la justice de cette époque était expéditive !

Plan du lieu du meurtre dressé par la police Archives départementales

Plan du lieu du meurtre dressé par la police.  copyright Archives départementales

Le « crime » eut lieu dans  la nuit du 12 au 13 août 1867, dans le petit village de Vallorcine. A 10h du soir, un homme vint frapper à la porte du presbytère et réveilla l’abbé Mariaz, curé de Vallorcine. Il lui demanda de venir porter secours à son camarade  très malade, recueilli à la caserne des douaniers du Chatelard. Le curé suivit l’homme en toute confiance, mais arrivé au pont sur l’eau noire, celui-ci lui assena plusieurs coups de gourdin sur la tête puis le poussa dans le torrent.

Blessé mais vivant, le prêtre parvint à se hisser hors de l’eau et alla chercher secours chez un voisin. 

Pendant ce temps, le bandit retournait au presbytère et, sous la menace, exigeait de la servante Mélanie qu’elle lui remit les économies du curé, quatre pièces de cinq francs et sa montre en or, puis  s’enfuyait.

Aussitôt  on se lança à la recherche de l’ « assassin ». Celui-ci fut arrêté pas loin de la frontière par les douaniers. C’était un valdotain du nom de Vicquery François-Basile, scieur de long de son état.  Il nia farouchement être l’auteur du crime, mais un enfant avait retrouvé son chapeau dans l’Eau noire, perdu au cours de la rixe. Le chapeau portait la marque d’un fabriquant d’Aoste, c’était une preuve ! Il fut transféré à la prison de Bonneville.

Le procès d’Assises s’ouvrit à Annecy le 17 décembre 1867 devant une foule nombreuse. L’accusé continua à nier toute participation au crime.

La  veille du jour fatidique, deux « Messieurs »  sont venus  à Annecy « prendre livraison »  du condamné pour le conduire sur le lieu de son exécution.   L’un était l’exécuteur en titre de Grenoble, l’autre celui de Chambéry. Ils étaient accompagnés de l’abbé Laffin. On fit croire à Vicquery  qu’on devait le conduire à Chamonix pour un complément d’enquête, mais apparemment  il n’en crut pas un mot.  Pendant le voyage, le prisonnier refusa toute nourriture et toute boisson tandis que les messieurs et  leurs accompagnants se restauraient lors des étapes. A Servoz la calèche fut remplacée par un traineau à neige. Le jeune avocat commis fit, en vain, tout ce qu’il put  pour atténuer sa culpabilité en arguant des « coups et blessures sans intention de donner la mort ». Le jury, à l’unanimité, répondit  par l’affirmative aux cinq questions posées par le président. Le verdict est rendu par la cour : « La cour condamne l’accusé Vicquery à la peine de mort et ordonne que l’exécution publique aura lieu à Chamonix ». Le pourvoi en cassation et le recours en grâce par Napoléon III furent rejetés.

Le condamné reçut de l’aumônier une dernière absolution, baisa le crucifix, et gravit les huit marches de la plateforme,  soutenu par les deux exécuteurs. Une foule d’environ 1500 personnes se pressait  autour de l’échafaud, c’est-à-dire l’équivalent de  la population de Chamonix. On y dénombrait  de nombreuses femmes.

C’est ainsi que fut guillotiné à Chamonix le valdotain François Basile Vicquery . « Ce n’était heureusement pas du sang français » commenteront les spectateurs…

Stephen d’ Arve  ne relata toute cette histoire que  30 ans plus tard, en 1901,  dans un petit livre intitulé « Le drame de Vallorcine ». Dans son épilogue, citant Victor Hugo, il pose franchement la question de l’inhumanité de la peine capitale, supprimée depuis longtemps en Suisse et en Italie.  « Etait-il nécessaire de faire jaillir à si grands frais tant de sang humain sur la neige immaculée de Chamonix ? »

 

 Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

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