Catégorie : Découvrir l’histoire de Chamonix

Articles sur l'histoire très riche de la Vallée de Chamonix

du 03 au 05 janvier 1908 débutent les premières compétitions de ski chamoniardes

Le tout premier concours international de ski  se déroule  à Chamonix du 03 au 05 janvier 1908.

En 1907  Montgenèvre avait organisé les premières compétitions hivernales, si bien que Chamonix, sous l’impulsion du CAF et surtout du docteur Michel Payot, décide d’organiser « en grand » ces compétitions d’hiver. En plus du ski, auront lieu durant toue la semaine suivante  jusqu’au 19 janvier  des courses pour amateurs de luges, de patinage, de bobsleigh, de ski joering et de tailing.

Un train spécial  avait été  affrété par le PLM pour transporter l’ensemble des concurrents, avec  une belle entrée en matière sous forme d’une réception à la gare au son de la Marseillaise. Face à la gare  était dressé un arc de triomphe  en glace pour les sportifs. Neuf hôtels avaient ouvert pour cette occasion.

Il fera un temps splendide et très froid pour les épreuves  avec une moyenne de température de -15°.

La présence militaire dans ces compétitions est notable. Il est vrai que l’armée avait  compris,  dès les années 1890, l’importance de ce nouveau  moyen de déplacement,  particulièrement utile pour les armées alpines. Si bien que pour ces compétitions  on remarque la participation de trois   équipes militaires : une  française (dont deux membres chamoniards Charlet et Ravanel), une  suisse et une norvégienne,  les italiens n’ayant pas pu s’entraîner annulent leur participation..

 Vendredi 3 janvier :

Ski de fond pour les équipes militaires : Argentière – Col de Balme – Chamonix, soit un dénivelé de 1200m sur une trentaine de kms !

En même temps, à Chamonix,  course de fond internationale  en terrain varié sur une distance de 22km pour amateurs et guides ; Alphonse Simond est second.

Une grande et belle fête de nuit  est organisée sur la patinoire éclairée par des lanternes vénitiennes et des feux de bengale.

 Samedi 4 janvier :

Matin : 1ère  Course de vitesse pour les équipes militaires sur un parcours de 3 km et dénivelé de 250 m environ. Celle-ci se déroule dans les champs situés entre la Mollard et les Moussoux  au pied du couloir du Brévent. Certains utilisent 2 bâtons, certains un seul ! Départ du haut des champs et  arrivée à un  arc de triomphe mis en place au pied  de la pente. Cet exercice était particulièrement difficile car, jusqu’à ce jour, on utilisait les ski  que pour se déplacer ( exercice appelé  ski de fond, donc à plat ) et non dans le cadre d’une descente « raide ». Il y eut beaucoup de chutes ; ce fut le vrai début des essais de ski de descente !


Après midi : concours de saut aux Praz, au tremplin de la Frasse, qui attire une foule enthousiaste de plus de 3000 spectateurs impressionnés par les norvégiens  qui offrent aux spectateurs ahuris  le spectacle d’un saut à deux et à trois.

 

Soirée : grand banquet au Casino municipal avec 300 convives . Avec de très nombreux discours !

Dimanche 5 janvier :

1ère Course de dames (9 participantes) sur une course de fond de 3 km entre le hameau des Plans en direction des Praz, sur un terrain varié avec obstacles, marche en forêt et dénivelé de 50m : victoire des chamoniardes  Marthe et Marie Simond.

Nouvelle démonstration des sauteurs sur le tremplin des  aux Praz.

Durant toute cette période, des pistes de luge, de bobsleigh, sont aménagées sur les champs entre la Mollard. et les Moussoux. Les champs du Savoy ne sont pas encore à la mode !  La patinoire est prise d’assaut, le ski joering et le tailIng connaissement un réel succès.

On parlera dans la presse de ces inoubliables journées du deuxième concours international de ski.

On peut dire que 1908 marque Le début des sports d’hiver à Chamonix.

Sources : Revues Club Alpin Français – Revues La Montagne -Journal  Gazette de Lausanne – Archives Amis Vieux Chamonix

Histoire et patrimoine vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Histoire de l’ancien hôpital de Chamonix

Réalisé avec l’aide de l’historique rédigé par  Christian Lemarcis, ancien directeur de l’hôpital.

Tous ici à Chamonix se souviennent de l’ancien hôpital  situé en haut de la rue Vallot, au pied du hameau des Plans. Mais depuis quand Chamonix possède-t-il un hôpital ?

Au XIXe siècle  à Chamonix existait un bureau de bienfaisance, sorte d’organisme caritatif, en partie religieux et en partie municipal.

Le 6 décembre  1876 est la date officielle pour la création d’un hospice à Chamonix grâce au legs de  Michel Auguste Balmat « en faveur de la commune de Chamonix afin de fonder un hospice pour vieillards et indigents ». Mais les héritiers engagent de nombreuses actions en justice contre cette décision, ce qui ralentit la réalisation du  projet. Finalement, ce legs se montre insuffisant pour une construction nouvelle.  Aussi, une partie des dons est utilisée pour des secours ponctuels à domicile, pour l’entretien d’un dispensaire de la Croix Rouge installé en ville et tenu par les sœurs de la Charité.

Plus tard, la commune reçoit d’autres dons, notamment des legs de Pierre Edouard Carrier, de Judith Charlet, un de la famille Michel Devouassoud et un de la famille Garny. Mais aussi des biens originaires des fabriques de Chamonix et d’Argentière (une  fabrique était un établissement public du culte catholique relevant de  l’autorité ecclésiastique, c’était un instrument d’administration pour le service public des cultes mais étaient très  impliquées dans les bureaux de bienfaisance).

 Mais mieux encore, après le décès du fameux Venance Payot, mort sans héritier direct,  on apprend par son testament olographe du 1er mars 1887  « qu’il lègue aux communes des  Houches, de Servoz,  de Chamonix et de Vallorcine une somme de 20.000 francs en capital et une propriété appelée  « Pension hôtel Bellevue » au lieu dit les Rebats (actuellement emplacement de la résidence Belgique) Le tout en faveur d’un Hospice Cantonal qui devait porter le nom  Venance Payot .

Mais alors  commence une querelle entre les diverses communes.

Effectivement, sur le testament le nom de Chamonix est biffé (chamonix) Donc Chamonix ne devrait pas faire partie de ce legs. Mais pourquoi Venance Payot aurait il enlevé Chamonix alors qu’il était un vrai chamoniard de souche ? L’affaire est conduite au tribunal en février 1905 (par les communes des Houches et de Servoz ). Le tribunal ayant étudié dans le détail le fameux testament note qu’il est bien dit au bas du testament, signé par Venance Payot,  que ce texte est écrit sans ratures et que toute clause surajoutée était donc sans valeur. Quelqu’un donc avait probablement « raturé » le nom de Chamonix … Mais qui ? Nul ne le sait.

Le bâtiment étant mal adapté pour le transformer en hôpital La commune s’engage finalement  dans la vente du bâtiment  situé aux Rebats ; Il fallait obtenir l’autorisation des héritiers Payot dont certains n’étaient toujours pas disposés à laisser partir ce bien !. Il faudra toute la diplomatie de Jules Payot (neveu de Venance) pour obtenir le consentement des  42 héritiers concernés ! La mise en vente se fait le 5 juin 1911, mais la valeur de ce bien est nettement au dessous de ce qu’avait estimé Venance Payot en son temps… Donc t il n’y a  toujours pas de nouvel hôpital à Chamonix malgré les divers legs !

En 1922 les communes de la Vallée de Chamonix acquièrent l’ancien Hôtel de la Mer de Glace au Haut du Bourg, absorbant l’ensemble des capitaux. La commune de Chamonix fera un emprunt pour combler le reste manquant.

Ce ne sera que le 4 décembre 1922 que le ministère de l’hygiène fonde officiellement « l’Hôpital-Hospice de Chamonix et Cantonal Venance Payot ».

En 1932 sont aménagés un servie plus technique de médecine et un  de chirurgie.

1939, legs de Emma Tronchet.  En 1941, legs de Stéphanie Charlet. En 1942 legs de Pierre Eloi Simond  ( legs important avec de nombreuses terres située au Tour ce qui permettra la création d’un service de maternité)

1948, legs de Judith Ducrey.

1958, on rénove et surélève le bâtiment principal.

1961, projet d’un hôpital dans les lacets du Belvédère.

1965, projet d’agrandissement non abouti.

1974,  construction du bloc opératoire.

1983,  la dernière religieuse s’en va.

1988, legs d’Hélène Couttet. Nom qui sera donné  à la MAPA,

1990, projet du nouvel hôpital, avec le soutien de Mr Balladur,  au lieu dit des Favrands,  inauguré en 1994.

Les chamoniards regretteront toujours « leur » ancien hôpital avec quasiment toutes  ses chambres orientées vers le mont Blanc, son service de chirurgie au 1er étage, sa  maternité au second, ses religieuses, ses infirmières et ses médecins  que tous connaissaient sans oublier sœur Gasparine, qui dirigeait avec autorité et empathie le 4ème étage

 

L’ancien hôpital était l’âme de cette petite ville de montagne. Ici  naissaient et mouraient  les chamoniards !

IL a été rasé, mais son souvenir restera longtemps dans la mémoire des chamoniards.

Sources : Christian Lemarcis. Ancien directeur de l’hôpital – Archives association des Amis du Vieux Chamonix

 Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

 Christine Boymond Lasserre

 

 

 

Partons en excursion à la Mer de Glace durant la période de la Belle Epoque

Quelle est l’origine du nom d’Argentière ?

 

Argentière et son église avec sa façade baroque et son clocher en flèche !

 Dans les anciens documents comme ceux de la gabelle du sel de 1561, Argentière n’existe pas en tant que hameau ou village. A cette époque, lorsque  l’on évoquait les hameaux du haut de la Vallée, les documents citent les  « hameaux  et maisons escartés de la dimerie au dessus des Thynes » .

Ce n’est qu’en 1726  que le nom « Argentière » apparaît officiellement  lorsqu’est créée sa paroisse. Au tout début, les habitants  avaient pour habitude de parler de « l’Argeintire » qui deviendra dans les documents paroissiaux « l’Argentière » puis « Argentière ».

Certains prétendent  que cette origine étymologique proviendrait d’une mine ou d’un filon d’argent  disparu depuis. Pour d’autres, le filon se trouverait sous le glacier…  A chacun son idée. Certains pensent  tout simplement que seule la couleur argentée du glacier aurait pu donner ce nom au village.

A savoir  qu’en France il existe de très nombreux villages appelés l’Argentière ( Ardèche – Hautes Alpes – Vivarais – Gard  – Tarentaise,  etc.), ayant souvent  un lien avec l’exploitation de mines métallifères tirant leur nom  d’ « argentaria » issu du latin « argentum » signifiant métal ( Suter).

Plus près, à Servoz, existe un lieu-dit appelé « les Argentières ».

En  remontant plus loin dans le temps,  la racine  AR est reconnue  comme étant  d’origine  indo- européenne (arg – ar(e)g) signifiant blanc-brillant, peut-être la couleur du glacier ? Mais aussi n’oublions pas que  de nombreux noms dans le massif alpin indique une occupation pré celtique. On peut donc imaginer que depuis des temps immémoriaux, on parlait d’Argentière et cela bien avant la création de la paroisse.

Certains anciens documents évoquent  une aiguille s’appelant  « Argenteria » parfois nommée « Dargentire »! Dans un parchemin des archives départementales datant de 1497 à propos de transactions concernant l’alpage des Péclereys  on retrouve l’appellation Argenteria ( acta fuerunt predicta apud campum munitum in villa de Argenteria ou l’on peut traduire ainsi les actes  furent réglés sur le domaine d’Argentière dans la commun e de Chamonix)

N’est-ce pas  resté dans la mémoire collective des habitants de la haute vallée de l’Arve? Et ne l’auraient ils pas  adopté au moment de la création de la paroisse ?

Ce qui est sûr c’est qu’en 1726, on adopte  définitivement le nom d’Argentière, écrit sans s final. !

Cependant, vers 1938, des documents  provenant  de l’évêché sont  écrits « Argentières »   ou « Argentière », avec ou  sans s !  Au bon vouloir des instances épiscopales ? Peut être aussi pour imiter les villages dont le nom  portait un s final ?

A l’arrivée du train à Argentière (1908), les publicités lancées par le PLM écrivent Argentières avec un s, et les hôtels font de même. Mais pas toujours !

Donc unanimement on écrit Argentières avec un s. Mais dans les foyers, les paroles vont bon train affirmant qu’Argentière dans les temps anciens s’écrivait sans s.

Finalement, en  1926, le conseil municipal présidé par le maire  Jean Lavaivre  décide qu’Argentière s’écrira  définitivement sans s. Mais l’épiscopat continue encore de l’écrier avec un s

 SOURCES :   Site internet Henry Sutter – Revue de géographie alpine  –  Ouvrage :  « origines des noms de montagnes de Haute Savoie » de Jean Philippe Buord  –  «  Les noms de lieux de la région du Mont Blanc » de Roland Boyer.

Revue de la paroisse du mont Blanc. – Guide Vallot .

Histoire et  patrimoine vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

 

L’hôtel suisse devenu le Park hôtel Suisse : Une belle histoire d’une famille hôtelière chamoniarde

C’est une histoire qui commence tôt, vers 1856, lorsqu’à à Chamonix s’ouvre un « Hôtel Suisse » tenu par Joseph Bozon. Quelques années plus tard, ce même hôtel fait de la publicité. Il est tenu par Ambroise Simond dès 1861 et ce jusqu’ en 1889, jour de son décès. Son fils Alphonse tient l’hôtel quelques années et finalement le vend  à Etienne Alphand en 1892 (l’acte de vente précise : Maison située à Chamonix, portant l’enseigne Hôtel Suisse, avec grange, écurie, bûcher, place à fumier, et jardin derrière le tout. Et tout le matériel servant à l’exploitation de l’hôtel). ( archives Association Amis du vieux Chamonix).

Etienne est un personnage entreprenant, il épouse Emma Folliguet en 1899, elle-même héritière d’un autre hôtel situé près de l’église. Ils se marient en séparation de biens. Emma veut gérer ses immeubles indépendamment de son mari.

Dans son livre « Il était une fois la montagne » (, France Empire),  « Pépé Luc »  raconte à propos de l’hôtel et de sa future belle mère, la fameuse Emma :

« C’était un établissement confortable pour l’époque, dans chaque chambre il y avait une table de toilette à dessus de marbre avec une grande cuvette de porcelaine et le porte savon assorti. Les clients sortaient le matin pour remplir leurs brocs à un réservoir d’eau chaude placé sur le palier ;  Emma était une femme d’ordre qui tenait à jour son livre de comptes. Assurant ses achats  entre autres à la Samaritaine à Paris : boutons, rubans, mousseline, toiles pour torchons, taies d’oreillers, draps… Mais aussi col de fourrure, plumes d’autruche…  Mais le plus étonnant : la série des œuvres de Victor Hugo, le dictionnaire Larousse et même une méthode pour apprendre à jouer du piano ! »

 

L’hôtel est tenu avec rigueur et, les années passant, le couple  achète une maison mitoyenne, car ils désirent améliorer et agrandir ce petit Hôtel Suisse qu’ils possèdent. Ils l’appelleront désormais « Hôtel de Chamonix  et Hôtel Suisse » .

En 1907, ils entreprennent  de grands  travaux d’agrandissement. Le projet est ambitieux, 40 chambres supplémentaires, sur six étages avec chauffage central et salles de bains à tous les étages et luxe suprême en haut de l’hôtel une patinoire ! N’est ce pas le rêve ?

Mais Emma décède brutalement en 1908.

Ses deux enfants sont jeunes. Etienne Alphand continue les travaux. L’hôtel ferme durant la guerre. iL nécessite de gros travaux de restauration pur le remettre en état. Etienne fait un emprunt important pour assurer la fin du projet d’origine , le  met un temps  en location. Mais sa fille Bertha, dès son plus jeune âge, s’intéresse à  l’hôtel  . Elle épouse Luc  Claret  Tournier en  1921. Elle a 20 ans.  Elle dirige déjà l’hôtel de main de maître !

 

D’elle Pépé Luc dit  : je n’avais pas marié une femme mais une Dame. Après la noce, je suis donc allé vivre avec ma femme à l’Hôtel Suisse.

En 1928 Bertha déclare à l’administration : 21 chambres dans la vieille maison, 46 dans la maison neuve, la Vieille maison étant l’hôtel d’origine et la maison neuve l’agrandissement fait en 1907-1909. Bertha tient  l’hôtel durant 43 ans jusqu’à son décès.  Luc prend alors le relais pendant encore une dizaine d’années puis laisse la place à son fils Jean .

Pépé Luc se retire dans sa maison natale aux Mouilles.

 

 

Dans les années 1950, l’hôtel prend le nom d’ « Hôtel Suisse et de Hollande ». Jeannot fils de Bertha et de Luc prend le relais.

 

 

Il engage le projet d’une troisième tranche  et c’est ainsi que dès 1961 les travaux sont entrepris côté Brévent pour une aile comprenant 33 chambres. C’est le  « Park Hôtel Suisse », mais aussi le restaurant « la Calèche »(il  avait réussi à faire entrer dans le local une calèche !)e une boîte de nuit : le Tobogan ». Il réalise une piscine panoramique à la place de la patinoire qui durant l’été servait de terrasse.

Tout le monde se souvient de Jeannot  image phare de la ville de Chamonix, précurseur du ski patinette mais aussi le premier à faire le «clown» en ski, il maîtrise sa discipline de manière à être un professionnel de ski sur échasse ! Il est ainsi repéré par Walt Disney, avec qui il part aux Etats-Unis durant deux ans pour tourner dans des films, et rencontrer de grands acteurs comme le célèbre Sean Connery : (Vidéo INA Pépé Luc, « L’acrobate des neiges » voir la vidéo)

Digne descendants de cette famille hôtelière arrive la quatrième génération.

De nos jours Jean  Luc, aidé de sa directrice Kattia Berraho,  dirige le Park Hôtel Suisse lui donnant ses lettres de noblesse d’hôtel  quatre étoiles et Laurence, digne héritière de sa grand  mère et de son arrière grand-mère,  gère avec une grand talent et aidée de son directeur Alain Fait,  le restaurant « la Calèche ».

 

Le restaurant n’a pas changé et on a toujours un immense plaisir à retrouver dans ces locaux les innombrables souvenirs (objets et photos) rappelant la vie et l’évolution de cette ancienne famille hôtelière chamoniarde. Laurence continue la tradition dans la création d’autres restaurants dans la vallée.

 

Sources : Archives familiales Claret Tournier, archives Association des Amis du Vieux Chamonix, livre de Luc Tournier (pépé Luc) : il était une fois la montagne » ( éditions France Empire).

 

 

 

 

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Un des plus anciens magasins de Chamonix : l’ancienne boutique « A la Renommée »

 

 

Qui à Chamonix n’a pas connu « la Renommée » ? Le magasin de chaussures  tenu par Luc Payot cordonnier, puis par sa fille Eva et maintenant par son petit fils Didier ? Que  de souvenirs encore vivaces chez les chamoniards.

En centre ville, tout près du super-U, un des rares magasins familial de Chamonix est toujours là depuis 1860, soit il y a 160 ans !

Ici, après le terrible incendie de 1855 qui détruit une grande partie de Chamonix,  François Romain  Payot  avec son épouse Marie Bellin, il aménage dans une veille ferme un magasin-cordonnerie. Ils ont  huit enfants  (dont  trois morts à la naissance) : Reste trois  garçons, François Léon,  Henri, Joseph et trois sœurs, Léocadie,  Judith et Irma. Les garçons sont cordonniers, les filles couturières. Dans les années 1880, Chamonix entre dans une période où les visiteurs et les touristes viennent de plus en plus nombreux.

Les sœurs donnent des cours de couture, mais surtout proposent à la vente des tenues plus pratiques et mieux adaptées pour les jeunes femmes empruntant les chemins et montant les mulets… Les tenues citadines ne sont pas de mise et donc les trois sœurs l’ont bien compris !

Quant aux garçons, ils proposent aux clients ce fameux bâton-canne indispensable à un bon touriste faisant les excursions traditionnelles de la vallée. Et oui, après chaque balade, on se doit de faire graver au fer rouge dans le bois des encoches correspondant à chaque promenade que le client a réalisée, le but étant de marquer son bâton jusqu’en haut. La maison a donc du matériel, avec soufflet et « fers » pour dessiner  sur le bois les inscriptions demandées.

Le Guide Conty de 1885 écrit à ce propos : « le bâton est d’une nécessité presque absolue pour les ascensions et les descentes. Le meilleur est celui qui peut servir à la fois d’arme et de soutien et qui est garni d’un côté d’une pointe de fer et de l’autre d’une corne de chamois. Le bâton doit avoir deux mètres au moins de manière à pouvoir servir au besoin comme une perche pour franchir les ruisseaux et les torrents. La plupart des voyageurs font graver leur bâton au moyen d’un fer rouge tous les endroits où ils passent ; de là cette enseigne que l’on voit partout « ici on marque les bâtons ».

Dans tous les guides imprimés de l’époque on trouve les diverses publicités et recommandations pour le magasin « La Renommée » créé par François Léon qui avait hérité de la boutique. Il se consacre uniquement à la chaussure, les tenues vestimentaires disparaissent et à partir des années 1900 il devient un des très bons  cordonniers chamoniards possédant la technique des chaussures dites « à tricounis et ailes de mouche », sortes de ferrures à pointes que le cordonnier Louis ajuste sur semelles de cuir. Chaussures très recherchées afin de mieux adhérer au rocher ou à la neige ! Mais que bien souvent il faut réajuster ou changer !

Ces chaussures pèsent jusqu’à 2 kg chacune !

 

Avec l’arrivée de la semelle Vibram, les Payot s’adaptent , Luc prend le relais. Qui n’a pas connu Luc  l’habile cordonnier !  Puis sa fille Eva tient le magasin quand son père continue à se consacrer à la cordonnerie. Et finalement c’est Didier qui modernise le magasin et c’est ainsi qu’au cœur de Chamonix on peut encore voir dans une des vitrines une photo exceptionnelle des ancêtres Payot à l’origine de ce magasin de chaussures.

 

Sources : Archives familiales de la famille Payot –

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

Un alpage de petite montagne ou « mointieu » : Charousse

 

En cette période de confinement puis de dé confinement, Charousse reste un des lieux les plus chers aux habitants de la vallée. Pour le promeneur, Charousse au pied du massif du Mont Blanc est un lieu magique. Ici  On bascule dans le temps, on s’imprègne de cette atmosphère de sérénité sur ce léger plateau protégé par la forêt, où l’homme a bâti ces «chalets». Possession depuis plusieurs siècles de familles de Vaudagne, les fermes sont rachetées durant l’entre deux guerres par l’architecte Albert Laprade qui, séduit par cette clairière et  passionné de culture rurale, engage une grande partie de sa fortune à leur entretien et à leur conservation.

Merci Mr Laprade !

 

Charousse nous raconte la vie rude de ces paysans lorsque, à la mi-saison, six familles quittaient leurs fermes de Vaudagne en début d’été pour venir loger ici avec leur troupeau pendant un mois ou deux. C’était ce que l’on appelait la «remue». Quand l’herbe ne suffisait  plus, chacun envoyait ses vaches au troupeau communautaire, plus haut encore dans les pâturages supérieurs appelés « la grande montagne ».

Charousse était une estive dite de «petite montagne» ou «montagnette» ou encore « mointieux ». C’est-à-dire de transition entre la vie au village et la montée en alpage supérieur. Cette « montagnette » comprenait  six chalets, dont cinq datant du XVIIIe, le tout dans une belle unité architecturale propre aux temps anciens. Ils sont un témoignage unique dans notre vallée de ces temps révolus. L’ensemble architectural de Charousse est remarquable. Authentique, il nous éclaire sur l‘art de la construction rurale qui traduit ce savoir vivre en commun avec les bêtes. La cohabitation hommes-animaux était une nécessité vitale. C’était le principe de base de l’habitat traditionnel dans la vallée de Chamonix.. Le séjour étant temporaire, l’aménagement restait rudimentaire.Les chalets ont tous été édifiés selon un plan commun.

 

Une partie supérieure en bois abritait la grange, une partie inférieure édifiée en pierres où logeaient les familles et les bêtes divisée en deux sections distinctes.. Dans la partie occupée par l’homme se trouvaient, une ou deux pièces dont la cuisine, appelée « outa » la pièce à tout faire . C’est ici que le foyer s’ouvrait sur une grande hotte pyramidale traversant la grange. Dans cette large cheminée appelée « bouerne » on faisait  fumer les salaisons. Tout à  côté, le « pèle » servait de pièce commune à l’ensemble de la famille.. Les animaux occupaient l’autre section maçonnée tournée vers l’aval.  Cet  espace communiquait avec l’extérieur par une porte mais était aussi toujours accessible depuis l’outa.Il est à noter la solidité de la  charpente des granges. Elle devait résister aux tonnes de neige qui la  recouvraient en hiver. Ces fermes ont quasiment toutes conservé une « cort’na », auvent clos sur trois côtés donnant accès à l’habitation, à l’écurie et à la grange.

Cet ancien alpage a évidement a perdu le son et l’écho  des clarines qui, dans les temps anciens, y résonnaient.  On doit à Mr Laprade et à ses successeurs d’avoir su préserver ce bel ensemble. Que serait il devenu sans eux ?

Sources : archives de l’ « Association dans l’temps » des Houches – De nombreuses et enrichissantes discussions avec Mme Barré fille de Mr Laprade dont je garde un très joli souvenir. Avec un grand merci à tous les membres de la famille qui m’ont toujours très bien accueillie.

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Déjà dans les années 1925-1935 les promoteurs étaient à l’affût !

Nous nous plaignons aujourd’hui de la pression immobilière que subit la vallée de Chamonix, mais ce n’est pas récent. A la lecture de certains documents d’archives, on découvre un grand nombre de projets tout aussi ambitieux  les uns que les autres. Chamonix attire déjà !

Dès la fin des J.O. de 1924 est lancé le projet d’une société immobilière du  « Parc de Chamonix ».

Dans cette étude, il est prévu d’acquérir dans les environs proches de Chamonix  les terrains nécessaires à la création d’un parc dans lequel « on élèvera des villas pittoresques et confortables », la société se chargeant de l’alimentation en eau et électricité. Ce lotissement est prévu entre les Gaudenays et les Bois sur une superficie de 9 200m2. Et dans le souci de maintenir le pittoresque du parc, on édifiera certains types de villas « à  l’architecture  agréable» !

Dans le même temps, cette même société désire acquérir deux terrains  avenue de la gare dans l’idée de construire un building de six étages que l’on nommera « EXCELSIOR» avec un rez de chaussée composé de quinze boutiques, six étages avec chacun trente chambres,  soit 160 chambres au total. De quoi concurrencer  les trois palaces chamoniards !

 

Ces deux projets ambitieux ne verront jamais le jour.

Autre projet ci dessous :

En 1934 l’Hôtel le Royal (actuellement le Casino) était en vente. Il avait été un grand et bel hôtel de luxe construit en 1848, il avait reçu nombre de têtes couronnées.

 

Mais le Royal était passé de mode.  A l’époque, il était lié au Grand Hôtel de l’Union au centre de Chamonix.  Ce dernier avait été racheté par la commune désireuse d’ouvrir une place ouverte près du pont de Cour.

Et c’est ainsi que des promoteurs imaginèrent un projet ambitieux. En créant une « Société Immobilière et Sportive » ( société anonyme avec un capital de 1.5 millions de franc ) on imagine de mettre en place un projet intitulé « IMPERATOR ». L’objet est d’aménager un immense centre touristique proposant des équipements sportifs, un restaurant, un music-hall, un dancing le « Ouistiti » , une salle des fêtes avec pistes lumineuses autour des quelles seront installées des tables de consommation,  des salles de jeux, mais aussi d’ organiser des excursions en autocar, des ascensions, et  de promouvoir des associations sportives diverses. On prévoit une salle d’exposition des sports, plusieurs tennis, une patinoire de démonstration, une salle d’escrime et de gymnastique, un cercle de sports.

Le Royal aurait été détruit, les matériaux auraient été réemployés pour le nouvel édifice prévu. Le tout sur  une surface de 1 700m2 (contre 702m2 pour le Royal).  A l’arrière on dispose d’un  grand parc de 7 000m2 où l’on envisage durant l’été un service en plein air : apéritif, thé, repas accompagnés de concerts symphoniques, et également des fêtes de nuit… On prévoit  un bâtiment de 20 chambres pour les employés au fond du parc.

La commune impose un cahier des charges précisant que l’établissement sera exploité de juin à septembre et de décembre à fin février (à l’époque la saison d’hiver s’arrêtait à cette période) et il est précisé que la municipalité touchera 10% des recettes de jeux.

Le projet n’a jamais vu le jour. Le Royal a été racheté et a continué sa vie hôtelière.

Dans cette même période lorsque l’on cherchait désespérément un lieu pour installer un nouveau casino a été imaginé un bâtiment au centre de Chamonix . Jamais réalisé.

Finalement ce sera la banque édifiée par Paul Payot qui verra le jour en cet emplacement!

 

 

 

Sources : Archives de l’association des Amis du Vieux Chamonix.

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Christine Boymond Lasserre

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