Catégorie : Découvrir le patrimoine de Chamonix

Quand le futur fait resurgir le passé ! La saga Vallot se poursuit

Une superbe idée prend naissance à l’observatoire Vallot de la vallée. Le CREA (Centre de Recherches de l’Ecosystème en Altitude), qui occupe les lieux depuis une vingtaine d’années, lance le projet d’une belle rénovation de cet ancien observatoire de Joseph Vallot avec la création d’un bâtiment complémentaire indispensable à son activité. Le projet se veut être dans l’esprit du lieu.

N’oublions pas que Joseph Vallot a, depuis la création de cet observatoire, désiré que ce petit chalet soit toujours consacré aux recherches scientifiques, recherches qui sont l’essence même du CREA : mieux connaître le milieu alpin, comprendre l’adaptation de la faune et de la flore aux changements climatiques et étudier ces phénomènes nouveaux qui en découlent. Il est évident que Joseph Vallot aurait adhéré à ces recherches modernes indispensables à une meilleure connaissance du monde alpin qu’il affectionnait particulièrement.

Le CREA a un rôle essentiel dans le milieu scientifique, il est unique en France. Cette équipe soutenue par une quantité de bénévoles passionnés par le monde alpin en pleine mutation a réellement besoin de « pousser » les murs.

 

Pour ce faire, celui-ci s’est lancé dans le projet d’un nouvel édifice dominé par une  idée de sobriété et d’éco-conception. Il se doit d’être un exemple environnemental à l’image de leurs recherches. Le CREA a fait appel à l’architecte Jacques Félix Faure, un grand spécialiste de bâtiments écologiques. Un beau projet dont la ville de Chamonix pourra être fière puisqu’elle est partie prenante dans ce cette entreprise. En complément, le jardin dans lequel l’observatoire a été construit deviendra un jardin expérimental ouvert au grand public afin de partager dans la vallée avec les néophytes une meilleure connaissance du monde alpin.

On ne peut que se réjouir de la rénovation du petit chalet observatoire  Vallot, de l’aménagement d’un jardin expérimental et de la création d’un nouveau laboratoire.

Joseph Vallot qui a tant apporté à Chamonix et au Mont Blanc avec son cousin Henri serait certainement heureux de voir ce projet se réaliser dans leur observatoire d’origine.

140 ans après sa création, l’observatoire peut redevenir un acteur majeur de la recherche scientifique en montagne qu’ils avaient initiée dans la vallée de Chamonix.

 

PETIT RAPPEL A PROPOS DE JOSEPH VALLOT :

Il découvre Chamonix en 1875 et réalise sa première ascension du mont Blanc en 1881.  Rapidement, il décide de faire construire un observatoire-laboratoire couplé avec un refuge pour les guides  en altitude où il pourra se livrer à de nombreuses expériences scientifiques. Dans la foulée, il construit un autre observatoire près de sa villa afin de travailler en corrélation avec le premier.  Il passe entre autre trois jours au sommet du mont Blanc afin de prouver que l’homme peut s’adapter à la vie en altitude. D’ailleurs monter au sommet du mont blanc et y passer plusieurs journées pour ses recherches ne lui cause aucun problème. En 1898 il passe 43 jours à l’altitude de 4350m lors de la construction de l’observatoire. Ses travaux menés pendant une quarantaine d’années couvrent de multiples domaines : botanique, glaciologie, construction, géologie, photographie, médecine, physiologie, cartographie, alpinisme, météorologie, spéléologie, ont été reconnus comme présentant un intérêt scientifique majeur.

Ses recherches ont fait faire un grand pas à la connaissance du massif du mont Blanc. Chamonix ne peut que s’en féliciter. Et un grand merci au CREA qui décide de poursuivre cet élan généré par Joseph Vallot et son cousin Henri et son neveu Charles.

 

Afin  de mieux connaître ce personnage hors du commun je ne peux que vous recommander ce petit ouvrage passionnant écrit par Eliane Patriarca, journaliste.

 

 

 

 

Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Connaissez vous ces deux alpages oubliés : le Manchoir et le Mont Borrel ?

Dans la vallée de Chamonix, ils sont nombreux ces alpages de moyenne ou de haute montagne. Certains sont plus connus que d’autres, certains ces dernières années ont connu une nouvelle vitalité avec rénovation et réhabilitation afin de perpétuer une tradition ancienne, mais beaucoup furent  peu à peu abandonnés dans les années 1950 avec l’explosion des activités touristiques.

Avec cette vie moderne et ce tourisme envahissant les habitants de la vallée ont besoin de retrouver leurs racines et cette vie qui, durant des centaines d’années, a animé la société locale et a façonné ce paysage de moyenne montagne.

Sans plus tarder, je vous recommande d’aller faire un tour au musée montagnard des Houches. L’animatrice du musée, Eloïse, avec l’association « Dans l’temps » se sont penchés sur deux alpages méconnus des Houches.

Sur les hauteurs du hameau de Vaudagne et des Bouchards, au cœur de la forêt sur les sentiers conduisant au Col de la Forclaz ou au Prarion se trouvent encore quelques souvenirs de deux anciens alpages dit intermédiaires ou « mointieu » (c’est-à-dire alpages entre le village et les alpages de haute altitude). Alpages méconnus mais au riche passé :

Le Manchoir et le Mont Borrel .

 Photo de l’alpage du  Manchoir en 1920

Le Manchoir dont le nom peut paraitre curieux, mais pas tant que cela, puisque dans les archives nous retrouvons parfois ce terme pour désigner une grange ou une maison située en hauteur. Au Manchoir il subsiste un chalet  qui est une simple rénovation d’une grange d’origine, deux « chalets » reconstruits à partir de ruines et deux anciennes granges dont il reste très peu d’éléments. L’ensemble était encore présent en 1920 . Mais abandonné peu à peu l’alpage finissait de disparaître jusqu’à la décision de certains propriétaires de faire revivre ce lieu isolé. Il a retrouvé vie !

A Mont Borrel à ce jour il reste une grange encore debout utilisée régulièrement par la famille propriétaire et cinq autres qui sont à l’état de ruines. Et pourtant son histoire remonte au XIVe siècle. Mont Borrel est le témoignage de cette vie traditionnelle liée à l’exploitation du bétail bovin. Les archives particulièrement intéressantes ainsi que certains courriers conservés par les familles propriétaires des lieux racontent le passé de cet alpage oublié. Témoignages toujours très émouvants à lire.

Lors de cette visite vous partez à la rencontre du passé de ces deux anciens alpages mais c’est, par ailleurs, l’occasion de replonger dans la vie rurale locale avec les diverses phases de cette vie traditionnelle : celle du village, celle des  alpages familiaux (que l’on appelait « les petites montagnes »  et celle des  alpages collectifs  (appelés les grandes montagnes). Cette visite c’est, entre autre,  partir à la recherche du sens des mots que nous utilisons régulièrement mais qui souvent par un glissement sémantique  ont changé de sens tels ceux liés au terme « montagne ».

Cette plongée dans ces temps anciens c’est re- découvrir les usages et les pratiques de ces hommes et femmes liés à leur bétail et à leur survie dans ce monde rude qu’était la vie paysanne de montagne.

Bonne visite !

Sources : Musée Montagnard des Houches – Association « Dans l’temps »

Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

 

 

 

 

 

 

La Résidence Victoria  ne paie pas de mine et pourtant…

 

Détruite en grande partie par l’incendie de 1999 qui ravagea la salle Michel Croz, la résidence Victoria raconte cependant l’histoire prestigieuse d’un des hôtels les plus marquants de la vie hôtelière chamoniarde pendant plus de cent ans !

Celle ci commence vers 1770 lorsque Jean Pierre Tairraz édifie au centre de Chamonix un hôtel qu’il baptise « Hôtel de la Ville de Londres ». Bourrit qui y descend en 1787, le décrit comme étant un établissement de très belle qualité. IL est fréquenté aussi bien par une clientèle britannique comme lord Byron ou Shelley que par les impératrices Joséphine de Beauharnais ou Marie Louise lors de leur passage discret dans la vallée.( D’ailleurs longtemps après on fera visiter les chambres où elles séjournèrent).

Les deux fils de Jean Pierre (Joseph Marie et Victor Amédée) prennent le relais à la mort de leur père en 1814. Durant trente ans, ils assoient la réputation de l’hôtel. Mais ils meurent tout deux en 1844 et ce sont les deux fils de Victor Amédée (Auguste et Edouard) qui prennent la succession, et forts de leur succès, ils édifient vers 1848 -1850 en bordure d’Arve un hôtel nettement plus prestigieux réunissant  les deux hôtels sous le nom  « de Grand hôtel de Londres et d’Angleterre ». La nouvelle construction présente la particularité d’être construite en léger encorbellement au dessus du lit de la rivière, son implantation ayant nécessité une reprise du lit de l’Arve. L’hôtel s’ouvre largement sur le mont Blanc, possède des bains, et on aménage une passerelle franchissant l’Arve.

Une partie de l’hôtel de Londres est détruit par l’incendie de 1855 qui ravage le haut de la ville de Chamonix. Les frères Tairraz cependant s’empressent de le reconstruire, mais avec un toit à deux pans (contrairement au bâtiment d’origine qui était typique du XVIIIe siècle avec un toit à 4 pans).

Les frères Tairraz consacrent leur temps à faire de cet ensemble hôtelier un des plus confortable de Chamonix réputé pour sa vue, sa cuisine excellente et l’accueil chaleureux des propriétaires.

Auguste sans enfant meurt en 1856, son frère Edouard en 1858. La fille d’Edouard , Athala, étant trop jeune, la famille crée la Société Anonyme des Hôtels qui gère l’hôtellerie jusqu’en 1878, année de mariage d’Athala. C’est ensuite son mari Mr Crépeaux qui commence à exploiter lui-même l’Hôtel de Londres et d’Angleterre qu’il porte à un haut degré de prospérité, et à la tête duquel il se trouvait encore en 1897.

Mais le couple ne s’entend pas et finalement Athala, écartant son mari, créée en 1911 avec ses enfants une autre société sous le nom de Société Hôtelière Franco-Suisse de Chamonix qui exploite les hôtels.  Athala reste propriétaire des murs et possède des parts dans la société Franco-suisse. En 1920 la société vend l’ancien hôtel de londres

Sous la bonne garde d’Athala la société construit 13 magasins le long de la nouvelle avenue de la gare et édifie le Chamonix Palace de l’autre côté de l’Arve.

L’hôtel est  finalement vendu en 1927.

Il connait une autre vie avec la famille Simiot,  dont  Edgar Couttaz,  qui ayant épousé une fille Simiot va donner les dernières grandes heures de gloire à l’hôtel. Celui-ci ferme dans les années 1960.

 

Il sera malheureusement très endommagé par l’incendie de 1999 et ne sera même pas reconstruit selon le style ancien que lui avait donné la famille Tairraz.

 

Quelques éléments ont échappé à la destruction du feu dont un magnifique escalier, de beaux stucs et des encadrements extérieurs de granit raffinés uniques à Chamonix .

 

 

 

 

 

Sources : Archives Amis du Vieux Chamonix, Archives départementales Guides touristiques Conty, Joanne.

Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine Chamonix Mont Blanc

Un GUIDE UNIQUE sur l’histoire et le patrimoine de Chamonix Mont Blanc et sa vallée

Guide historique et patrimonial de Chamonix Mont Blanc et sa vallée.

Bonjour à tous,

Je suis heureuse de vous annoncer l’arrivée d’un guide historique et patrimonial sur Chamonix et sa vallée ( de Servoz à Vallorcine)dont je suis l’auteure.

Edité chez Esope il est de petit format pour emporter dans un sac, il est tout d’abord clair à lire avec des plans afin de répertorier  les 180 lieux que j’ai choisis de vous montrer.  Riche de renseignements et de détails historiques il est cependant  ludique et  très agréable à lire. Il est illustré de  nombreuses photos récentes et anciennes mais aussi de nombreux tableaux témoignages du passé de cette vallée au destin exceptionnel.

Rien n’existe à ce jour  en terme de guide pour visiter Chamonix et sa vallée.

Il est donc UNIQUE !

Guide historique et patrimonial de Chamonix Mont Blanc et sa vallée.

Kursaal , quel drôle de nom !

Durant la belle Epoque est construite vers 1885 une villa appelée la Villa des Fleurs. Elle est utilisée comme complément au casino qui à l’époque était situé en face  dans les locaux  du rez de chaussée de l’Hôtel de l’Union.

La villa des Fleurs devient un café casino  avec salle de jeux  prenant le nom de « Casino Kursall »..Nom utilisé bien souvent dans les stations dites « climatériques ».

Puis Joseph Cusin Berlincourt l’ouvre en tant que muséum prenant le nom d’Alpineum (avait collectionné quelques souvenirs de Jacques Balmat dont son marteau de cristallier) . IL y fera des conférences avec projections lumineuses.

La villa des Fleurs était éclairée à l’électricité et lampes à arc.  Parfois sert de casino et régulièrement des cafés concerts sont donnés  de 1893 à 1906.

En 1906  Jospeh Cusin transforme son établissement en « Grand Cinématographe du Mont-Blanc ». En 1920 Joseph Cusin Berlincourt donne sa collection à la ville de Chamonix.

Le bâtiment est détruit dès 1920.

Sur l’emplacement de cette villa il est projeté de construire « le grand Casino de Chamonix », mais en raison du manque de financement le projet est abandonné.

Les travaux sont suspendus et finalement transformés  pour l’édification d’une « maison de rapport » c’est-à-dire un immeuble composé d’appartements destinés à la location.

On reprend le même nom : KURSAAL

Elle est de style Art Déco avec ses pilastres et ses carrés de mosaïque entre les fenêtres.

Sources : Marc André Reynckens, recherches sur les casinos de France. Paul Payot, Histoire des casinos.

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

La Pierre à Ruskin, un témoignage oublié d’un homme d’exception !

Livre « John Ruskin et les cathédrales de la Terre » . Auteur André Hélard – Editions Guérin – 2005

 

Merci à  André Hélard qui m’a très gentiment proposé ce texte ci dessous sur la Pierre à Ruskin.

André  Hélard est écrivain spécialiste de John Ruskin.

 

 

 

 

C’est un bloc erratique (comme la Pierre d’Orthaz de l’autre côté de la vallée), un de ces énormes blocs de pierre charriés par les glaciers, au temps très lointain où ils étaient descendus dans la vallée, et restés là lorsque ceux-ci se sont retirés.

C’est sur cette pierre qu’en 1925, selon Le Figaro de l’époque, « le 6 septembre, à Chamonix, sous la présidence du préfet de la Haute-Savoie, et en présence des autorités régionales et de personnalités de France et d’Angleterre, fut solennellement apposé, dans la célèbre pierre dite « pierre à Ruskin », le médaillon en bronze de l’illustre écrivain ». Ce médaillon était l’œuvre du sculpteur Tarnowski.

Illustre écrivain, Ruskin, que Marcel Proust mettait en 1900 sur le même pied que Tolstoï, Nietzsche ou Ibsen, l’est en effet pour son œuvre immense, qui court sur 45 années, riche d’innombrables titres, dont les principaux sont Modern Painters, Les 7 Lampes de l’Architecture, Les Pierres de Venise, Sésame et les Lys.

Chamonix, dont il tomba follement amoureux lors de sa première visite, en 1833 (il avait 13 ans et demi) tint dans sa vie comme dans son œuvre (en particulier dans « Of Mountain Glory », 4e volume de Modern Painters) une place éminente, et il n’y fit pas moins de 18 séjours (parfois de 3 jours, parfois de 3 mois), entre 1833 donc et 1888.

Il aimait, en particulier, aller s’asseoir, après le dîner, pour contempler les Aiguilles et voir se coucher le soleil, sur ce qu’il appelle « ma grosse vieille pierre sous le Brévent », et qui, pour ceux des Chamoniards qui avaient fini par bien le connaître, est donc devenue « la Pierre à Ruskin ». Beaucoup de ses descriptions de soleil couchant sur les Aiguilles ont été faites depuis cet endroit d’où il avait, de sa Pierre, une vue splendide (aujourd’hui masquée par un rideau d’arbres), une des plus belles de Chamonix, sur tout le panorama des Aiguilles.

 

Mais par un étrange paradoxe l’hommage qui lui fut ainsi rendu a fini par trop souvent déformer ou occulter la réalité du lien entre Ruskin et Chamonix : c’est ce que j’appellerai le cliché de la Pierre à Ruskin : un vieil homme (barbu voire un peu barbant…), assis là à regarder les montagnes. Alors que le Ruskin amoureux de Chamonix fut d’abord un homme jeune et sportif. Il a 23 ans quand paraît le premier volume de Modern Painters où figurent ses premiers textes sur les Alpes, et 37 ans quand paraît « Of Mountain Beauty ».

 

 

Bien loin d’avoir passé son temps assis sur « sa » pierre, Ruskin eut une vraie pratique de la montagne, avec, à Chamonix, des séjours hyperactifs, en particulier à partir de 1844, avec un guide exceptionnel, Joseph-Marie Couttet. Il se révèle être un marcheur, un randonneur et même un excellent grimpeur, qui n’a cessé de parcourir les Alpes (outre Chamonix, Courmayeur, Macugnaga, Zermatt, et aussi plus tard l’Oberland bernois). Et à Chamonix, il passe « de rudes journées », il fait « de dures ascensions ». Il part souvent à 6 heures, voire à 5 heures du matin. Et il est parfois 10 h du soir quand il tient son journal, où il se déclare fourbu, mais ravi, et prêt à recommencer le lendemain. Bref, comme il l’écrit en 1844 : « Je sais que je peux marcher avec les meilleurs guides et épuiser les mauvais ».

Cette intense activité physique est pour lui la condition de sa compréhension de la montagne dans toutes ses dimensions. Il s’approprie les lieux par le regard, en un étonnant mélange d’esprit scientifique (influence de Saussure), esthétique (Turner) et religieux (la  Bible) qui marque son aboutissement dans ses magnifiques écrits sur les Alpes.

 André Hélard

Œuvres principales de John Ruskin  : Les peintres modernes( réflexions sur l’art) en cinq volumes  – Les Pierres de Venise – Les sept lampes de l’architecture –  Sésame et les lys –

Ruskin écrivain  était avant tout un grand critique d’art mais par ailleurs était peintre, aquarelliste, dessinateur et photographe avec les tout premiers daguerréotypes de Chamonix

 

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Une belle restauration : l’ancien hôtel Beausoleil et des guides

 

Peut être que certains, parmi vous auront remarqué la belle restauration  de la façade de la résidence « Beausoleil et des guides », travail réalisé par une artiste murale  Géraldine Ciampo .

 

C’est un réel plaisir de découvrir cette façade restaurée,  témoignage de notre  histoire et notre patrimoine.

Mais savez vous que ce petit bâtiment raconte une longue et riche histoire de ce petit coin de Chamonix ?

En  1790 un certain Michel  Paccard tenait une auberge au centre de Chamonix  cette auberge  porte en 1853 le nom de « la Réunion des Amis » . On sait qu’elle se trouve à l’arrière d’un hôtel appelé  l’hôtel de l’Union disparu de nos jours.

Cet  hôtel de « la Réunion des Amis » est cité dans de nombreux ouvrages et guides entre 1868 et 1895. Selon les divers propriétaires entre 1864 et  1900, il sert  d’annexe à l’hôtel de l’Union,  prend le nom parfois  d’ hôtel du  « Palais de Cristal » puis retrouve le nom d’origine « La Réunion des Amis »

Le 20 décembre  1920 : il est passablement détruit par le feu

 

En 1923 il porte toujours le nom de la Réunion des Amis , période où  le propriétaire loue le rez de chaussée  un à usage d’épicerie.

En 1930 le bâtiment est  acheté par la famille Claret qui le rehausse d’un étage et le transforme en logements puis le réaménage en hôtel en 1936. L’hôtel s’appelle tout d’abord  « hôtel Claudia »  puis  hôtel  « Beausoleil et des guides ».

La famille se réservant le rez de chaussée utilisé pour la boucherie jusqu’en 1981.. Beaucoup  de chamoniards s’en souviennent !

 

 

 

L’hôtel est  transformé en appartements en 1989.

Les médaillons d’origine avaient été réalisés par le peintre local Serge Gaffoglio, représentant divers portraits de guides célèbres de la vallée de Chamonix. Ils ont été restaurés avec soin.

Un bon point pour notre patrimoine !

Sources : Archives et bibliothèque Association des Amis du Vieux Chamonix – Guides : Joanne 1882, 1913. Guide Diamant : 1891 – Flâneries au pied du Mont-Blanc de Christine Boymond Lasserre et Joelle Dartigue Paccalet.

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Ellie Pellegrin : Un artiste chamoniard un peu oublié

 

Nombreux sont les endroits dans la vallée de Chamonix où l’on retrouve la « patte » d‘un artiste qui, durant près de 50 ans, a réalisé de  très belles œuvres.  Nous les  connaissons, mais   nous avons bien souvent oublié le nom de leur auteur : Elie Pellegrin.

Né à Toulon en 1914  (d’une  maman originaire de Trient), il est formé au dessin industriel et trouve  un emploi à l’arsenal de Toulon . Cependant, il  adore les beaux arts et prend des cours du soir pour découvrir le fascinant monde artistique.  . Il dessine, il invente à tout moment des objets en tous genres, c’est  le début d’une vraie passion !

Elie Pellegrin, lors d’un séjour à Chamonix, tombe amoureux de la vallée et après avoir épousé une chamoniarde, Susy  Bossoney, il  s’y installe en 1945..

Doué, il touche à tout. Au début, il travaille le bois, il prend plaisir à sculpter et donner forme à cette matière qui, sous ses mains, devient objet d’art. Profondément religieux, il se tourne naturellement vers des œuvres à thème  chrétien :  crucifix, statuettes, médailles… Il connaît vite le succès . Peu  à peu, il se tourne vers les émaux  sur métal, mais aussi sur bronze, cuivre,  et finalement argent et or.  Il développe une technique très personnelle   bien vite appréciée des amateurs d’art.

Ses créations  prennent toujours un aspect coloré, lumineux. Son esprit imagine et son talent développe un style presque  d’avant-garde, dès les années 1960. .

Son atelier est aux Praz, près de la maison familiale. C’est une  réelle petite entreprise avec un ou deux employés et les membres de la famille laquelle il est très attaché ! Il affectionne  ses  11  neveux  et nièces qui souvent viennent le visiter dans son lieu de travail.  Il ouvre en 1968  une boutique, rue Paccard, dont beaucoup se souviennent encore. Il vend aussi bien des  médailles religieuses que des petits bijoux, souvent pièces uniques. Il a un tel succès qu’il n’arrive pas à fournir l’ensemble des  commandes provenant non seulement de la France, mais du monde entier.

Son savoir faire délicat, sa technique très moderne, lui. confèrent une grande réputation. Malheureusement, n’ayant pas protégé ce savoir, il sera copié bien largement !

 

Durant  30 ans, il réalise gratuitement la matrice  des médailles de bronze  des guides honorés par la fête des guides du 15 août (visibles au musée alpin). De même, il  fabrique  la médaille représentant  Jacques Balmat et Michel Gabriel Paccard  qui se trouve   juste au dessus de la porte d’entrée de la Maison de la Montagne, celle de Jean Estéril Straton  et celle de Gérard  Devouassoux.  Et aussi  à l’entrée du bureau des guides d’Argentière.

 

Il s’essaie à la composition du vitrail, dont deux situés à la chapelle des Tines sont remarquables de précision et de couleurs vives.

Fier de son village des Praz,  il consacre beaucoup de temps avec ses amis,  René Simond, Christian Couttet et  les  familles Tairraz et Chamel, à l’entretien de la chapelle située tout près de son atelier. Il sculpte la  très belle statue de la Vierge située au dessus de la porte d’entrée, de même celle à gauche dans le chœur, et la porte du tabernacle admirable travail d’émail sur bois.

C’est encore lui qui réalise la porte du tabernacle de la nouvelle chapelle du Tour. Et aussi l’oratoire situé en face de l’hôtel Excelsior.

Il prend sa retraite officielle à 75 ans,  mais continuera de travailler jusqu’à 90 ans, tant son inspiration artistique avait besoin de s’exprimer.

Respect Mr Pellegrin !

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

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