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L’hôtel suisse devenu le Park hôtel Suisse : Une belle histoire d’une famille hôtelière chamoniarde

C’est une histoire qui commence tôt, vers 1856, lorsqu’à à Chamonix s’ouvre un « Hôtel Suisse » tenu par Joseph Bozon. Quelques années plus tard, ce même hôtel fait de la publicité. Il est tenu par Ambroise Simond dès 1861 et ce jusqu’ en 1889, jour de son décès. Son fils Alphonse tient l’hôtel quelques années et finalement le vend  à Etienne Alphand en 1892 (l’acte de vente précise : Maison située à Chamonix, portant l’enseigne Hôtel Suisse, avec grange, écurie, bûcher, place à fumier, et jardin derrière le tout. Et tout le matériel servant à l’exploitation de l’hôtel). ( archives Association Amis du vieux Chamonix).

Etienne est un personnage entreprenant, il épouse Emma Folliguet en 1899, elle-même héritière d’un autre hôtel situé près de l’église. Ils se marient en séparation de biens. Emma veut gérer ses immeubles indépendamment de son mari.

Dans son livre « Il était une fois la montagne » (, France Empire),  « Pépé Luc »  raconte à propos de l’hôtel et de sa future belle mère, la fameuse Emma :

« C’était un établissement confortable pour l’époque, dans chaque chambre il y avait une table de toilette à dessus de marbre avec une grande cuvette de porcelaine et le porte savon assorti. Les clients sortaient le matin pour remplir leurs brocs à un réservoir d’eau chaude placé sur le palier ;  Emma était une femme d’ordre qui tenait à jour son livre de comptes. Assurant ses achats  entre autres à la Samaritaine à Paris : boutons, rubans, mousseline, toiles pour torchons, taies d’oreillers, draps… Mais aussi col de fourrure, plumes d’autruche…  Mais le plus étonnant : la série des œuvres de Victor Hugo, le dictionnaire Larousse et même une méthode pour apprendre à jouer du piano ! »

 

L’hôtel est tenu avec rigueur et, les années passant, le couple  achète une maison mitoyenne, car ils désirent améliorer et agrandir ce petit Hôtel Suisse qu’ils possèdent. Ils l’appelleront désormais « Hôtel de Chamonix  et Hôtel Suisse » .

En 1907, ils entreprennent  de grands  travaux d’agrandissement. Le projet est ambitieux, 40 chambres supplémentaires, sur six étages avec chauffage central et salles de bains à tous les étages et luxe suprême en haut de l’hôtel une patinoire ! N’est ce pas le rêve ?

Mais Emma décède brutalement en 1908.

Ses deux enfants sont jeunes. Etienne Alphand continue les travaux. L’hôtel ferme durant la guerre. iL nécessite de gros travaux de restauration pur le remettre en état. Etienne fait un emprunt important pour assurer la fin du projet d’origine , le  met un temps  en location. Mais sa fille Bertha, dès son plus jeune âge, s’intéresse à  l’hôtel  . Elle épouse Luc  Claret  Tournier en  1921. Elle a 20 ans.  Elle dirige déjà l’hôtel de main de maître !

 

D’elle Pépé Luc dit  : je n’avais pas marié une femme mais une Dame. Après la noce, je suis donc allé vivre avec ma femme à l’Hôtel Suisse.

En 1928 Bertha déclare à l’administration : 21 chambres dans la vieille maison, 46 dans la maison neuve, la Vieille maison étant l’hôtel d’origine et la maison neuve l’agrandissement fait en 1907-1909. Bertha tient  l’hôtel durant 43 ans jusqu’à son décès.  Luc prend alors le relais pendant encore une dizaine d’années puis laisse la place à son fils Jean .

Pépé Luc se retire dans sa maison natale aux Mouilles.

 

 

Dans les années 1950, l’hôtel prend le nom d’ « Hôtel Suisse et de Hollande ». Jeannot fils de Bertha et de Luc prend le relais.

 

 

Il engage le projet d’une troisième tranche  et c’est ainsi que dès 1961 les travaux sont entrepris côté Brévent pour une aile comprenant 33 chambres. C’est le  « Park Hôtel Suisse », mais aussi le restaurant « la Calèche »(il  avait réussi à faire entrer dans le local une calèche !)e une boîte de nuit : le Tobogan ». Il réalise une piscine panoramique à la place de la patinoire qui durant l’été servait de terrasse.

Tout le monde se souvient de Jeannot  image phare de la ville de Chamonix, précurseur du ski patinette mais aussi le premier à faire le «clown» en ski, il maîtrise sa discipline de manière à être un professionnel de ski sur échasse ! Il est ainsi repéré par Walt Disney, avec qui il part aux Etats-Unis durant deux ans pour tourner dans des films, et rencontrer de grands acteurs comme le célèbre Sean Connery : (Vidéo INA Pépé Luc, « L’acrobate des neiges » voir la vidéo)

Digne descendants de cette famille hôtelière arrive la quatrième génération.

De nos jours Jean  Luc, aidé de sa directrice Kattia Berraho,  dirige le Park Hôtel Suisse lui donnant ses lettres de noblesse d’hôtel  quatre étoiles et Laurence, digne héritière de sa grand  mère et de son arrière grand-mère,  gère avec une grand talent et aidée de son directeur Alain Fait,  le restaurant « la Calèche ».

 

Le restaurant n’a pas changé et on a toujours un immense plaisir à retrouver dans ces locaux les innombrables souvenirs (objets et photos) rappelant la vie et l’évolution de cette ancienne famille hôtelière chamoniarde. Laurence continue la tradition dans la création d’autres restaurants dans la vallée.

 

Sources : Archives familiales Claret Tournier, archives Association des Amis du Vieux Chamonix, livre de Luc Tournier (pépé Luc) : il était une fois la montagne » ( éditions France Empire).

 

 

 

 

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Un des plus anciens magasins de Chamonix : l’ancienne boutique « A la Renommée »

 

 

Qui à Chamonix n’a pas connu « la Renommée » ? Le magasin de chaussures  tenu par Luc Payot cordonnier, puis par sa fille Eva et maintenant par son petit fils Didier ? Que  de souvenirs encore vivaces chez les chamoniards.

En centre ville, tout près du super-U, un des rares magasins familial de Chamonix est toujours là depuis 1860, soit il y a 160 ans !

Ici, après le terrible incendie de 1855 qui détruit une grande partie de Chamonix, la famille Payot aménage dans une veille ferme un magasin. Ils sont cinq enfants : deux garçons, Louis et Henri, et trois sœurs, Léocadie,  Judith et Irma… Les garçons sont cordonniers, les filles couturières. Dans les années 1880, Chamonix entre dans une période où les visiteurs et les touristes viennent de plus en plus nombreux.

Les sœurs donnent des cours de couture, mais surtout proposent à la vente des tenues plus pratiques et mieux adaptées pour les jeunes femmes empruntant les chemins et montant les mulets… Les tenues citadines ne sont pas de mise et donc les trois sœurs l’ont bien compris !

Quant aux garçons, ils proposent aux clients ce fameux bâton-canne indispensable à un bon touriste faisant les excursions traditionnelles de la vallée. Et oui, après chaque balade, on se doit de faire graver au fer rouge dans le bois des encoches correspondant à chaque promenade que le client a réalisée, le but étant de marquer son bâton jusqu’en haut. La maison a donc du matériel, avec soufflet et « fers » pour dessiner  sur le bois les inscriptions demandées.

Le Guide Conty de 1885 écrit à ce propos : « le bâton est d’une nécessité presque absolue pour les ascensions et les descentes. Le meilleur est celui qui peut servir à la fois d’arme et de soutien et qui est garni d’un côté d’une pointe de fer et de l’autre d’une corne de chamois. Le bâton doit avoir deux mètres au moins de manière à pouvoir servir au besoin comme une perche pour franchir les ruisseaux et les torrents. La plupart des voyageurs font graver leur bâton au moyen d’un fer rouge tous les endroits où ils passent ; de là cette enseigne que l’on voit partout « ici on marque les bâtons ».

Dans tous les guides imprimés de l’époque on trouve les diverses publicités et recommandations pour le magasin « La Renommée » créé par Louis qui avait hérité de la boutique. Il se consacre uniquement à la chaussure, les tenues vestimentaires disparaissent et à partir des années 1900 il devient un des très bons  cordonniers chamoniards possédant la technique des chaussures dites « à tricounis et ailes de mouche », sortes de ferrures à pointes que le cordonnier Louis ajuste sur semelles de cuir. Chaussures très recherchées afin de mieux adhérer au rocher ou à la neige ! Mais que bien souvent il faut réajuster ou changer !

Ces chaussures pèsent jusqu’à 2 kg chacune !

 

 

Avec l’arrivée de la semelle Vibram, les Payot s’adaptent , Luc prend le relais. Qui n’a pas connu Luc  l’habile cordonnier !  Puis sa fille Eva tient le magasin quand son père continue à se consacrer à la cordonnerie. Et finalement c’est Didier qui modernise le magasin et c’est ainsi qu’au cœur de Chamonix on peut encore voir dans une des vitrines une photo exceptionnelle des ancêtres Payot à l’origine de ce magasin de chaussures.

 

Sources : Archives familiales de la famille Payot –

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

Un alpage de petite montagne ou « mointieu » : Charousse

 

En cette période de confinement puis de dé confinement, Charousse reste un des lieux les plus chers aux habitants de la vallée. Pour le promeneur, Charousse au pied du massif du Mont Blanc est un lieu magique. Ici  On bascule dans le temps, on s’imprègne de cette atmosphère de sérénité sur ce léger plateau protégé par la forêt, où l’homme a bâti ces «chalets». Possession depuis plusieurs siècles de familles de Vaudagne, les fermes sont rachetées durant l’entre deux guerres par l’architecte Albert Laprade qui, séduit par cette clairière et  passionné de culture rurale, engage une grande partie de sa fortune à leur entretien et à leur conservation.

Merci Mr Laprade !

 

Charousse nous raconte la vie rude de ces paysans lorsque, à la mi-saison, six familles quittaient leurs fermes de Vaudagne en début d’été pour venir loger ici avec leur troupeau pendant un mois ou deux. C’était ce que l’on appelait la «remue». Quand l’herbe ne suffisait  plus, chacun envoyait ses vaches au troupeau communautaire, plus haut encore dans les pâturages supérieurs appelés « la grande montagne ».

Charousse était une estive dite de «petite montagne» ou «montagnette» ou encore « mointieux ». C’est-à-dire de transition entre la vie au village et la montée en alpage supérieur. Cette « montagnette » comprenait  six chalets, dont cinq datant du XVIIIe, le tout dans une belle unité architecturale propre aux temps anciens. Ils sont un témoignage unique dans notre vallée de ces temps révolus. L’ensemble architectural de Charousse est remarquable. Authentique, il nous éclaire sur l‘art de la construction rurale qui traduit ce savoir vivre en commun avec les bêtes. La cohabitation hommes-animaux était une nécessité vitale. C’était le principe de base de l’habitat traditionnel dans la vallée de Chamonix.. Le séjour étant temporaire, l’aménagement restait rudimentaire.Les chalets ont tous été édifiés selon un plan commun.

 

Une partie supérieure en bois abritait la grange, une partie inférieure édifiée en pierres où logeaient les familles et les bêtes divisée en deux sections distinctes.. Dans la partie occupée par l’homme se trouvaient, une ou deux pièces dont la cuisine, appelée « outa » la pièce à tout faire . C’est ici que le foyer s’ouvrait sur une grande hotte pyramidale traversant la grange. Dans cette large cheminée appelée « bouerne » on faisait  fumer les salaisons. Tout à  côté, le « pèle » servait de pièce commune à l’ensemble de la famille.. Les animaux occupaient l’autre section maçonnée tournée vers l’aval.  Cet  espace communiquait avec l’extérieur par une porte mais était aussi toujours accessible depuis l’outa.Il est à noter la solidité de la  charpente des granges. Elle devait résister aux tonnes de neige qui la  recouvraient en hiver. Ces fermes ont quasiment toutes conservé une « cort’na », auvent clos sur trois côtés donnant accès à l’habitation, à l’écurie et à la grange.

Cet ancien alpage a évidement a perdu le son et l’écho  des clarines qui, dans les temps anciens, y résonnaient.  On doit à Mr Laprade et à ses successeurs d’avoir su préserver ce bel ensemble. Que serait il devenu sans eux ?

Sources : archives de l’ « Association dans l’temps » des Houches – De nombreuses et enrichissantes discussions avec Mme Barré fille de Mr Laprade dont je garde un très joli souvenir. Avec un grand merci à tous les membres de la famille qui m’ont toujours très bien accueillie.

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Le Richemond : une belle histoire de famille hôtelière

 

 Le « Richemond », un des derniers hôtels de famille au centre de Chamonix, trône sur sa butte au dessus de la rue Paccard. Ici l’ambiance tranquille plaît à grand nombre de visiteurs charmés par ce lieu chargé de l’histoire d’une famille chamoniarde et de l’hôtellerie traditionnelle de la station. Le  Richemond  respire un art de vivre,  le respect des clients fidèles d’année en année et amoureux de ce lieu à l’atmosphère paisible à l’écart de l’agitation de la rue juste en contrebas.

En 1887 Joseph Victor Folliguet, maire de Chamonix propose à la location une villa intitulée la « villa Beau Séjour » Villa devenant rapidement la   « pension hôtel Beau Séjour ».  Elle est magnifique, avec ses encadrements de granit, ses planches de rives découpées comme on en voit encore sur quelques rares maisons de ce type dispersées dans Chamonix. Dans cette villa a d’ailleurs séjourné Edouard Whymper qui, lors d’un passage en 1896, laissa au propriétaire un de ses ouvrages signé de sa main.

Jules Folliguet, fils de Joseph Victor, entrepreneur tient une entreprise de bâtiments et participe à  la construction de l’hôtel du Montenvers en 1880 et du Régina aux Praz. Mais à la mort de son père, il hérite du terrain et de la pension. Si bien qu’il lance en 1912 la construction du Richemond.  Dès 1913-1914 les maçons érigent un bel immeuble de cinq étages surmonté d’un toit à la Mansart  L’hôtel offre 52 chambres,  chaque étage dispose de trois chambres avec salles de bains plus une salle d’eau commune pour les autres chambres non équipées. L’hôtel prend le nom de « Beauséjour et Richemond ». L’ouverture est prévue pour la saison d’été 1914. L’entrée en guerre ralentit bien sûr l’activité de l’hôtel qui devra faire le « gros dos » en attendant des jours meilleurs. La vie reprend entre les deux guerres, le restaurant a bonne réputation,  un orchestre anime régulièrement les soirées organisées par la famille. L’hôtel connait une très belle activité durant la période des JO de 1924.

Stucs, cheminées,  carreaux de ciments aux couleurs riches et variées décorent encore l’hôtel actuel. Les balcons sont ornés de ferronneries très décoratives expression artistique de l’Art Nouveau en vogue à cette période de Belle Epoque.

 

Jules gère l’hôtel avec ses enfants : trois fils et une fille. Après moult péripéties, ce sera finalement Rosa (née Devouassoud) épouse d’Edouard, fils de Jules, qui prend la succession dans les années 1930. L’hôtel connait une belle activité avec plus de 30 personnes travaillant pour la maison le restaurant pouvant accueillir une centaine de clients !

Durant la période de la seconde guerre mondiale, l’hôtel est réquisitionné dès 1943 et attribué à la  Gestapo,  le cinquième étage devient la prison de la ville. C’est d’ailleurs dans une de ces geôles que le fameux Muck, polonais d’origine juive, sera interné mais, grand sportif, il s’enfuira en glissant le long de la conduite d’eau !

C’est dans la villa que sera signée la reddition des forces allemandes de la vallée de Chamonix.

Geneviève fille de Rosa épouse en 1945 un client tombé amoureux de cette belle chamoniarde et qui peu à peu gère l’hôtel avec son épouse.

Tous à Chamonix se souviennent de Mr Sarraz Bournet Il  décide en 1962 de ne conserver que le nom Richemond.  Ce sont ensuite les enfants, Claire et Bruno qui depuis  gèrent le Richemond. En 2004 ils ferment le restaurant  devenu trop lourd à entretenir. Ils rénovent, restaurent, entretiennent avec passion cet hôtel familial. Ils ont su conserver la décoration d’origine qui lui donne cette atmosphère si singulière et si chaleureuse.

Bravo et que le Richemond soit encore longtemps un modèle !

 

Sources : Archives de la famille Saraz Bournet. Archives de l’association des Amis du Vieux Chamonix

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

une nouvelle newsletter.

Bonjour à tous,

Désolée de me manifester un peu tard dans la publication de mes articles mais la technique parfois ne marche pas toujours comme on le désire et j’ai eu quelques problèmes avec  l’éditeur de ma lettre d’information .

J’ai donc changé de modèle et c’est celui ci , tel que je vous l’envoie aujourd’hui , que vous allez recevoir

Je vous dis donc à tout bientôt.

En attendant ci dessous un dessin réalise par Viollet le Duc représentant les Chalets de la Côte.

Les Chalets de la Côte – Dessin de Viollet le Duc

Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Déjà dans les années 1925-1935 les promoteurs étaient à l’affût !

Nous nous plaignons aujourd’hui de la pression immobilière que subit la vallée de Chamonix, mais ce n’est pas récent. A la lecture de certains documents d’archives, on découvre un grand nombre de projets tout aussi ambitieux  les uns que les autres. Chamonix attire déjà !

Dès la fin des J.O. de 1924 est lancé le projet d’une société immobilière du  « Parc de Chamonix ».

Dans cette étude, il est prévu d’acquérir dans les environs proches de Chamonix  les terrains nécessaires à la création d’un parc dans lequel « on élèvera des villas pittoresques et confortables », la société se chargeant de l’alimentation en eau et électricité. Ce lotissement est prévu entre les Gaudenays et les Bois sur une superficie de 9 200m2. Et dans le souci de maintenir le pittoresque du parc, on édifiera certains types de villas « à  l’architecture  agréable» !

Dans le même temps, cette même société désire acquérir deux terrains  avenue de la gare dans l’idée de construire un building de six étages que l’on nommera « EXCELSIOR» avec un rez de chaussée composé de quinze boutiques, six étages avec chacun trente chambres,  soit 160 chambres au total. De quoi concurrencer  les trois palaces chamoniards !

 

Ces deux projets ambitieux ne verront jamais le jour.

Autre projet ci dessous :

En 1934 l’Hôtel le Royal (actuellement le Casino) était en vente. Il avait été un grand et bel hôtel de luxe construit en 1848, il avait reçu nombre de têtes couronnées.

 

Mais le Royal était passé de mode.  A l’époque, il était lié au Grand Hôtel de l’Union au centre de Chamonix.  Ce dernier avait été racheté par la commune désireuse d’ouvrir une place ouverte près du pont de Cour.

Et c’est ainsi que des promoteurs imaginèrent un projet ambitieux. En créant une « Société Immobilière et Sportive » ( société anonyme avec un capital de 1.5 millions de franc ) on imagine de mettre en place un projet intitulé « IMPERATOR ». L’objet est d’aménager un immense centre touristique proposant des équipements sportifs, un restaurant, un music-hall, un dancing le « Ouistiti » , une salle des fêtes avec pistes lumineuses autour des quelles seront installées des tables de consommation,  des salles de jeux, mais aussi d’ organiser des excursions en autocar, des ascensions, et  de promouvoir des associations sportives diverses. On prévoit une salle d’exposition des sports, plusieurs tennis, une patinoire de démonstration, une salle d’escrime et de gymnastique, un cercle de sports.

Le Royal aurait été détruit, les matériaux auraient été réemployés pour le nouvel édifice prévu. Le tout sur  une surface de 1 700m2 (contre 702m2 pour le Royal).  A l’arrière on dispose d’un  grand parc de 7 000m2 où l’on envisage durant l’été un service en plein air : apéritif, thé, repas accompagnés de concerts symphoniques, et également des fêtes de nuit… On prévoit  un bâtiment de 20 chambres pour les employés au fond du parc.

La commune impose un cahier des charges précisant que l’établissement sera exploité de juin à septembre et de décembre à fin février (à l’époque la saison d’hiver s’arrêtait à cette période) et il est précisé que la municipalité touchera 10% des recettes de jeux.

Le projet n’a jamais vu le jour. Le Royal a été racheté et a continué sa vie hôtelière.

Dans cette même période lorsque l’on cherchait désespérément un lieu pour installer un nouveau casino a été imaginé un bâtiment au centre de Chamonix . Jamais réalisé.

Finalement ce sera la banque édifiée par Paul Payot qui verra le jour en cet emplacement!

 

 

 

Sources : Archives de l’association des Amis du Vieux Chamonix.

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Maison communale, Hôtel de ville : toute une histoire !

 

A l’emplacement actuel de l’hôtel de ville , avant le terrible incendie de 1855 qui détruisit une grande partie de Chamonix, se trouvait le premier hôtel «  Mont Blanc » édifié par Gaspard Simond et Victor Tissay en 1849.

Dès 1857, après l’incendie,  Mme Veuilland, veuve de Mr Florentin Tairraz, engage les travaux d’un établissement qu’elle baptise « Grand Hôtel de la Couronne ». En 1859, il prend le nom d’Hôtel de Saussure, puis Hôtel « Impérial et de Saussure ». Il est vendu en 1869 à la « Société des Hôtels de Chamonix » (absorbée plus tard par une société dite « «Immobilière et Industrielle de Chamonix »). L’hôtel est alors dirigé par les divers actionnaires de cette société et  il  prend un temps le nom de « Hôtel Impérial », « Grand Hôtel Impérial » puis « Grand Hôtel Impérial et Métropole ». Géré par des directeurs  , l’hôtel reste une référence dans l’hôtellerie chamoniarde. En 1906, Edouard Simond, propriétaire de l’Hôtel de la Croix Blanche et maire de Chamonix, se porte acquéreur de l’hôtel suite à la dissolution de la société hôtelière. Finalement, ce sera le 21 octobre 1908 que la commune de Chamonix, à l’étroit dans ses locaux, achète pour 250 000 Fr le bâtiment afin de le transformer en hôtel de ville.

Il est inauguré officiellement lors du passage du président de la république Mr Armand Fallières à Chamonix le 7 septembre 1910.  L’hôtel de ville occupe le rez de chaussée et le premier étage. La partie supérieure étant transformée en appartements et divers bureaux dont ceux du notaire.  Peu à peu, l’hôtel de ville finira par occuper l’ensemble du lieu.

Construit sous la période du royaume de Piémont Sardaigne, l’hôtel de grande envergure pour l’époque est édifié selon un style néoclassique relativement simplifié rappelant le style piémontais. Ce qui en fait un des bâtiments les plus élégants de la ville. Un corps principal légèrement plus élevé marqué de pilastres en granit. Ce même matériau que l’on retrouve aux encadrements des portes et fenêtres, singularité chamoniarde repris par bien d’autres hôtels dans les décennies suivantes. L’immeuble se distingue par un haut porche d’entrée mis en valeur par des colonnes de granit. Les garde-corps tous différents d’un étage à un autre ornent les différents balcons de la façade sud.

 

Dans le porche, à gauche on voit un médaillon datant de 1932 de Paul Sylvestre sculpteur représentant Michel Gabriel Paccard. A droite, en septembre 1959 est inauguré un autre médaillon réalisé par le sculpteur Landowski en l’honneur d’Emile Chautemps, ancien conseiller général de Chamonix, député sénateur, vice-président du sénat.

 

Mais auparavant, où se trouvait donc le lieu qui recevait les édiles ?

Au moment du retour au Royaume de Piémont Sardaigne on trouve dans les archives de la ville une réclamation demandant à l’intendant du royaume de remettre en état le bâtiment servant de maison communale. Il se trouvait le long de la route nationale (actuellement rue Paccard), et sur ce document accompagné d’un plan on a le descriptif détaillé de l’édifice avec « chambre d’arrêt » (probablement une geôle), une cuisine, un corridor d’entrée, une place d’écurie. La maison communale restera dans ces lieux,  puis en 1864, au moment des projets d’alignement de cette route principale, une partie de ces édifices  est détruite dont la maison communale. Les bureaux sont alors transférés dans la maison située entre l’hôtel Impérial et la messagerie, ils partagent le bâtiment  avec le bureau des guides.

Sources : Archives communales, archives départementales, archives association des Amis du Vieux Chamonix

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

En cette période de confinement découvrir un lieu très fréquenté : Super U de Chamonix

Dans le cadre du confinement, nous sommes appelés à nous rendre dans un des rares magasins ouvert dans le centre ville de Chamonix : le supermarché Payot-Pertin. L’été dernier, sa rénovation lui a redonné de la couleur. Mais avant d’être un super-marché, qu’était donc ce bâtiment ?

En regardant les anciennes photos, vous découvrirez que cet immeuble a abrité, d’une part un hôtel : l’hôtel de la Paix, et d’autre part une pâtisserie : la fameuse « PDA » (la Pâtisserie Des Alpes) .

 

 

Hôtel de la Paix

Construit  probablement vers 1870 par une famille Claret Tournier, l’hôtel connaîtra nombre de propriétaires différents, dont Mr Bourgeois en 1895 et 1896, Mme Eloi Couttet en 1912, Mr Gustave Tairraz en 1924, Mr Alfred Tairraz en 1925, et Alfred Couttet (guide) en 1940. Il sera ensuite géré par des consorts qui, fin 1944, vendent l’hôtel à Romain Payot.

On sait que durant la seconde guerre mondiale l’hôtel a abrité nombre des jeunes enfants juifs.

 

 

 

 

 

PDA Pâtisserie Des Alpes

Beaucoup, parmi les anciens, se souviennent encore de la fameuse pâtisserie « PDA » . Jean Edouard Devouassoud créa d ‘abord dans les années 1870 une  boulangerie qui connut  un réel succès. Après la première guerre mondiale, la boulangerie est abandonnée au profit de la pâtisserie et ce sont Hélène et Jeanne Vallet (nièces de Mr Devouassoud)  qui tiennent cette « PDA ». C’est d’ailleurs Jeanne qui épousera René Payot associé de son  frère Paul Payot banquier. Il sera le père d’ un autre Paul Payot ( le fameux historien) avant de décéder durant la guerre de 14-18.

Les deux femmes tiennent d’une main de fer la boutique et leur pâtissier, le célèbre François Aubert,  fabrique durant 40 ans les meilleurs macarons qui soient . Il les expédie dans le monde entier. A la lecture des journaux et des publicités la « PDA » est toujours référencée comme étant la meilleure pâtisserie de Chamonix. Dans les années 50, la pâtisserie change de main, mais  la tradition se perpétue..On fait même jusqu’à 56 sortes de chocolats différents !

La pâtisserie ferme en 1961, vendue à Romain Payot qui avait quelques années auparavant acheté l’ancien hôtel de la Paix.

Sources :  Archives famille Payot Pertin – Archives association des Amis du Vieux Chamonix – Revue Relief – Livre : Flâneries au pied du Mt Blanc de Ch Boymond Lasserre et Joëlle Dartigue Paccalet

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

A Chamonix en 1898, l’air conditionné avant l’heure ?

 

Dès le XVIIIe siècle Chamonix est fréquenté par des  scientifiques à l’époque appelés « naturalistes ». Les premières ascensions vers le Mt Blanc seront, avant tout, réalisées par des hommes désireux d’en connaître la formation géologique, ou de comprendre les questionnements liés à l’altitude, sans parler évidemment de l’intérêt pour les formations glaciaires,etc…

La période de la Belle Époque, avec sa révolution scientifique et technique en Europe, verra un accroissement de fréquentation encore plus important des scientifiques en tous genres. On connaît les plus connus,  Pasteur et ses recherches bactériologiques, Janssen et ses études sur l’astronomie, Vallot et sa curiosité pour les glaciers. A la lecture des revues spécialisées de l’époque, on découvre l’incroyable attrait de la vallée pour des scientifiques de tous bords. Nombre de rassemblements y sont organisés régulièrement   qui les attirent  fréquemment. C’est ainsi que Viollet le Duc, découvrant ce lieu magnifique, imaginera la maison idéale à construire dans ces montagnes au climat rude. Article à consulter sur l’article  ci joint.Viollet le Duc à Chamonix. Qui s’en souvient ?

Dans un numéro de la revue « Nature » de 1898, un petit article éveille l’attention. « Nature » est l’une des revues scientifiques les plus anciennes et les plus réputées au monde de l’époque. Elle a été lancée en 1869 avec une vocation d’excellence dans les domaines des sciences et la liste des articles en tous genres est impressionnante.

Parmi ceux-ci, une publication de Max de Nansoutty, ingénieur civil des Arts et Manufactures, évoque la construction  à Chamonix d’une maison bien particulière réalisée par Monsieur Caron, architecte, ancien élève de l’École Centrale. Mr Caron, montagnard,  réside dans la vallée. Il prend conscience de la particularité de ce climat glacial en hiver et chaud en été. Il imagine une maison à température constante c’est-à-dire insensible aux variations thermiques. S’inspirant des chaudières tubulaires adaptées aux locomotives à vapeur, il conçoit une maison avec des murs de bois à double paroi. Entre les deux murs, une charpente tubulaire à circulation d’eau permettrait de donner à l’air de l’espace sa température optimale En été on ferait circuler de l’eau froide qui rafraîchirait les murs et en hiver  l’eau passant tout d’abord dans un serpentin de calorifère pourrait être envoyée chaude dans ces tubulures réchauffant l’ensemble de la maison ! L’idée est séduisante !

Un peu comme un radiateur géant les murs seront donc toujours à la bonne température.

La maison est rapidement construite. Le montage de cette charpente creuse se fait sans l’aide d’un ouvrier spécialisé.  Tous les planchers, tous les plafonds et tous les murs communiquent entre eux ; les murs sont en bois, formés de planches clouées sur des madriers liés aux tubes par des colliers métalliques. Commencée le 7 juillet 1898, elle est habitable le 15 septembre.

L’article s’arrête là, mais qu’est donc devenue cette maison ? C’est dans une autre revue de 1902 , « La science curieuse et amusante », que l’on apprend, hélas, que l’hiver suivant, très froid, l’eau s’était congelée à l’intérieur des tuyaux et le calorifère en surchauffe, mit le feu aux murs, détruisant l’ensemble de la maison. Ce fut donc un essai pour rien !

Une vingtaine plus tard l’architecte Marcel Cochet réalise en 1930, à Chamonix, un bâtiment (Banque Payot) qui sera citée par l’école d’architecture de l’époque comme un exemple remarquable de bâtiment conçu pour lutter contre le froid et le chaud  Article ci joint : Une remarquable expression de l’art déco : la Banque de Paul Payot maire de Chamonix de 1888 à 1901

Bibliographie : Revues scientifiques : « Nature », « La science curieuse et amusante » , revues « Architecture moderne « .

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Une « sportswoman » oubliée de Chamonix : Marie Marvingt

«  Il n’y a pas une femme au monde qui possède un bagage sportif aussi universel que Mlle  Marie Marvingt et je ne voudrais pas garantir qu’il existe un seul représentant du sexe mâle qui en ait un semblable ». Voilà en quelques mots un article de la revue aérienne du 25 décembre 1910 qui parle avec autant d’admiration d’une femme d’exception.

 

Pionnière de l’aviation, championne de ski, nageuse virtuose, aventurière, héroïne de guerre, tels sont les qualificatifs donnés à Marie Marvingt dans les diverses publications de la Belle Epoque lorsque peu à peu les femmes soutiennent des paris sportifs incroyables.

1899, elle obtient l’équivalent du permis de conduire.

1904, elle participe à la première  course cycliste Nancy Bordeaux.

1906, 1ère française à effectuer les 12kms de la traversée de Paris à la nage.

1908, elle termine le tour complet du Tour de France, malgré le refus de l’administration de sa participation à la course. Elle le fera  jour après jour, avec quelques heures de décalage,  dans la foulée de la vraie course.

1909, première femme à traverser la Manche en ballon.

1910,Brevet de pilote.

900 vols en avion avant la première guerre mondiale. Puis elle se fera remarquer par son implication et sa participation en tant que pilote durant la guerre, où elle invente le concept d’aviation sanitaire !

ET A CHAMONIX ?

Elle est proche de la famille Vallot, amie de Madeleine Namur, fille de Joseph Vallot, avec qui elle invente des tenues adaptées pour le ski, le patin à glace et l’alpinisme…

 

Elle loge dès 1903 à l’hôtel Couttet, car très proche des deux frères Joseph et Jules avec qui elle s’initie au ski avec l’aide de deux  moniteurs norvégiens : Durban Hansen et Nyqwist !

 

 

 

 

1903, elle découvre l’escalade avec Camille Ravanel à l’aiguille de l’M.

1905, elle est la première femme à faire la traversée Grands Charmoz- Grépon avec Edouard et G. Payot, guides chamoniards. Elle échappe de peu à une avalanche de rochers dans le couloir Mummery !

1907, le 5 août avec Joseph Démarchi et Jacques Tissay, elle fait l’aiguille du Moine. Puis le 8 août la traversée col du Passon et col du Tour Noir. Le 9 août le Chardonnet et le 13 août  la dent du Requin !

Quelle santé cette femme !

On la voit à la Dent du Géant où elle prononce ces mots : «  j’ai le mal des hauteurs et n’en veux plus guérir », se fait remarquer en Suisse au Mont Rose, à la Jungfrau, au Wetterhorn …

1908, première à la course féminine de ski mise en place dans la vallée.

1908, première ascension féminine du Buet à ski.

1909, première féminine  au col de Balme à skis.

1909, première en luge à Gérardmer.

1910, première en patinage au Ballon d’Alsace.

1910,première femme au Col de Voza à skis.

1910, première au championnat féminin international de bobsleigh ! Première au concours de saut  à Chamonix!

1912, première à la compétition de luge organisée à Chamonix

1924, elle survole en hiver avec Mr Thoret l’ensemble du massif du Mont Blanc, un grand bonheur pour elle. Très amie avec Jean Lavaivre, maire de Chamonix, ils mettent en place les journées de l’aviation qui connaissent beaucoup de succès.

 

 

 

Puis, dans les années 1930, elle invente un ski métallique pour se déplacer sur le sable et parcourt le sud tunisien et le sud Marocain avec ses skis. Elle explore tout le Maghreb avec son avion…  et ses skis.

Ses conférences attirent un grand nombre d’étonnés et de curieux. Elle est prolixe, vivante, amusante.

 

 

A l’âge de 85 ans elle passe son diplôme de pilote d’hélicoptère.

Elle décède deux ans après dans un certain dénuement ! Mais dans son pays d’origine, la Lorraine, elle sera honorée par  nombre de places, écoles et terrains d’aviation à son nom.

A Chamonix ? Rien !

Bibliographie : Revues « la vie au grand air », Revue universelle et populaire illustrée, « Aviation Magazine, « Femina », « Revue aérienne », « la montagne »…

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix.

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

 

 

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