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Un GUIDE UNIQUE sur l’histoire et le patrimoine de Chamonix Mont Blanc et sa vallée

Guide historique et patrimonial de Chamonix Mont Blanc et sa vallée.

Bonjour à tous,

Je suis heureuse de vous annoncer l’arrivée d’un guide historique et patrimonial sur Chamonix et sa vallée ( de Servoz à Vallorcine)dont je suis l’auteure.

Edité chez Esope il est de petit format pour emporter dans un sac, il est tout d’abord clair à lire avec des plans afin de répertorier  les 180 lieux que j’ai choisis de vous montrer.  Riche de renseignements et de détails historiques il est cependant  ludique et  très agréable à lire. Il est illustré de  nombreuses photos récentes et anciennes mais aussi de nombreux tableaux témoignages du passé de cette vallée au destin exceptionnel.

Rien n’existe à ce jour  en terme de guide pour visiter Chamonix et sa vallée.

Il est donc UNIQUE !

Guide historique et patrimonial de Chamonix Mont Blanc et sa vallée.

Bicentenaire de la création de la Compagnie des Guides : 2021 ou 2023 ?

 

Délibération conseil municipal du 24 juillet 1821 Archives départementales 6 FS 194

En 1821, le 24 juillet un conseil municipal se rassemble autour du syndic Jean Marie Claret Tournier. L’ordre du jour étant d’essayer de réguler et de discipliner l’attitude des guides qui, pour certains, laissent une mauvaise image auprès des clients . La commune craint de voir baisser la fréquentation des visiteurs dans la vallée : « beaucoup se rendent coupables de mille impolitesses envers les étrangers en les assaillant sur la route par leurs importunités »

Délibération conseil municipal du 24 juillet 1821 Archives départementales 6 FS 194

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On dresse alors une liste de 34 guides patentés et douze supplémentaires (mais ne sont pas reconnus comme guides), ils sont seuls autorisés à conduire des clients. Est établi un tour de rôle pour la distribution des courses et est nommé un « commis intelligent » (guide chef) choisi parmi les guides pour la distribution des excursions. Concernant les mulets, ne sont autorisés que les mulets des guides concernés (éventuellement ceux des auberges). Par ailleurs chaque guide devra payer une somme de 10 livres à la commune pour droits de passage sur les fonds communaux.

Les contrevenants à ce règlement sont amenés à payer une amende à la commune.

On remarquera que rien n’évoque l’accident de 1820 ou trois guides décèdent et disparaissent dans le glacier lors de la tentative vers le mont Blanc du docteur Hamel.

Beaucoup considèrent que cette décision du conseil municipal du 24 juillet est l’acte de naissance de la Compagnie des Guides de Chamonix.

Mais dans le royaume de Piémont Sardaigne avant de promulguer un règlement la commune se doit de le faire reconnaître par l’intendant du royaume. L’État a un droit de regard sur les décisions.

Conscient que l’avenir du développement touristique de la région est une belle aubaine le Vice intendant Mr Gaspard Sébastien Brunet mesure l’intérêt de la situation car il faut encourager le tourisme en aidant le visiteur à mieux appréhender leur voyage, mais aussi à gérer une commune tentée d’administrer ces guides prompts à la tentation d’améliorer leurs gains.

En 1822, le Vice Intendant aidé et conseillé par son ami Joseph Nicolas Nicollet (originaire de Cluses) propose une série d´adaptations au règlement proposé par le Conseil Municipal.

Nombreuses sont ensuite les échanges entre l’état et la commune de Chamonix qui se solderont par le fameux « Manifeste de la Royale Chambre des Comptes (CAD L’Etat) finalisant un règlement structuré qui voit le jour officiellement le 9 mai 1823 avec 58 articles (dans le règlement du conseil municipal de 1821 il y en avait dix) plus  la création d’une  caisse de prévoyance.

C’est l’annonce officielle de la création de la Compagnie des Guides de Chamonix.

 

Ainsi, le tour de rôle proposé en 1821 est maintenu avec des détails d’organisation précis :

On instaure définitivement un  guide chef.

On exige la tenue d’un registre avec liste des guides, des courses mais aussi des clients.

On dresse une liste de 40 guides de Chamonix que l’on divise en deux classes !

On impose des tarifs  pour l’ensemble des courses.

On crée une catégorie d’aspirants, de même une liste de 24 porteurs (mais qui ne fait pas partie des guides).

…Finalement un règlement  strict mais plutôt favorable aux guides.

Parmi ces diverses catégories de règlement deux sont parmi les plus importantes car toujours d’ usage 200 ans après.

1erLa tragédie de l’accident du docteur Hamel en 1820 a fait prendre conscience aux autorités et à l’ensemble de la communauté chamoniarde de la fragilité de la relation « guide-client » L e guide est il le serviteur du client? Un client fortuné a-t-il tous les droits ? Ce sera une des décisions majeures du règlement à venir de 1823. On précise ainsi que la décision de faire demi-tour doit être décidé à la majorité des voix entre les voyageurs et les guides et comme les guides sont toujours plus nombreux …

Le guide sera donc seul juge de la décision à prendre en cas de risque.

Une première décision écrite dans le marbre du 1er règlement : majeur pour la profession.

2e le vice intendant Gaspard Sébastien Brunet aidé et « poussé » par Joseph Nicolas Nicollet, savoyard, prend conscience de la dangerosité de ce nouveau métier. Celui-ci conscient des drames que peuvent causer un accident ou une disparition se préoccupe de l’intérêt du guide et suggère d’intégrer «les amendes et les rétributions annuelles pour former « une masse  qui serait une sorte d’épargne et de prévoyance au moyen de laquelle on pourrait venir au secours des guides frappés de quelques malheurs »  c’est ainsi qu’est imaginé un fonds de secours qui à l’origine proposait un reversement à la commune alors que dans ce nouveau règlement l’État propose un reversement aux guides .

Décision incroyablement innovante pour l’époque. C’est l’origine de la création du premier fonds de solidarité toujours d’actualité de nos jours 200 ans après! Mais qui fut proposé par l’Etat !

C’est ainsi que l’on peut considérer que l’idée d’un règlement pour contrôler les guides est né en 1821 mais qu’il sera concrétisé par l’Etat en 1823.

Sources : Archives départementales . Archives Association des Amis du Vieux Chamonix

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Un nouveau musée : « Heritage Simond », une belle réussite

 

 

A Chamonix ,  alpinistes, grimpeurs,  tous connaissent le nom de Simond .  Chacun a eu en main un jour un piolet  ou porté des crampons Simond. Mais là, dans les locaux  de la nouvelle usine Simond,  une belle et large salle invite le visiteur  à découvrir l’histoire étonnante  de cette famille qui, après avoir été cultivateurs, puis fabricants de sonnettes, vont durant 150 ans être le nerf porteur de l’alpinisme.

Ici sont exposées des pièces collectées aux quatre coins du monde que le talent des concepteurs fait revivre à nos yeux. Cette exposition est une réussite car on peut être alpiniste, ou tout simplement attiré par l’histoire chamoniarde,  chacun y trouvera son compte tant elle explique avec intelligence et respect l’histoire passionnante de cette famille Simond  qui, avec le temps. s’est consacrée aux alpinistes.

Vieux documents, empreintes, logos imaginés au cours du temps en fonction des divers membres de la famille  apportent la richesse historique de cette lignée chamoniarde. De nombreuses photos, mais aussi, bien sûr, des piolets et crampons, pitons et mousquetons  sont exposés  avec une belle mise en valeur

Une sacré gageure que Thierry Berguerand et Denis Pivot ont apportée par leur contribution qui avait été lancée par Olivier Bonnet.

Certes, on parle d’exploits alpins,  mais avant tout on raconte les péripéties  d’un  piolet ou d’un crampon qui ont permis à l’alpiniste de réaliser une belle première  qui n’aurait pu se faire sans la complicité entre le fabricant et le  grimpeur

Une vitrine rassemblant  des photos et des objets des cinq  alpinistes emblématiques  ( Louis Lachenal, Lionel Terray, Gaston Rébuffat, James Couttet, et Pierre Leroux), tous nés en 1921,   et dont les familles ont confié leurs trésors,  dégage une réelle émotion . Ils sont là i vivants à côté de nous. On rentre là dans le côté humain de ce matériel.

C’est là la réussite de cette exposition  appelée « Héritage Simond »

Merci à Denis, merci à Thierry.

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Kursaal , quel drôle de nom !

Durant la belle Epoque est construite vers 1885 une villa appelée la Villa des Fleurs. Elle est utilisée comme complément au casino qui à l’époque était situé en face  dans les locaux  du rez de chaussée de l’Hôtel de l’Union.

La villa des Fleurs devient un café casino  avec salle de jeux  prenant le nom de « Casino Kursall »..Nom utilisé bien souvent dans les stations dites « climatériques ».

Puis Joseph Cusin Berlincourt l’ouvre en tant que muséum prenant le nom d’Alpineum (avait collectionné quelques souvenirs de Jacques Balmat dont son marteau de cristallier) . IL y fera des conférences avec projections lumineuses.

La villa des Fleurs était éclairée à l’électricité et lampes à arc.  Parfois sert de casino et régulièrement des cafés concerts sont donnés  de 1893 à 1906.

En 1906  Jospeh Cusin transforme son établissement en « Grand Cinématographe du Mont-Blanc ». En 1920 Joseph Cusin Berlincourt donne sa collection à la ville de Chamonix.

Le bâtiment est détruit dès 1920.

Sur l’emplacement de cette villa il est projeté de construire « le grand Casino de Chamonix », mais en raison du manque de financement le projet est abandonné.

Les travaux sont suspendus et finalement transformés  pour l’édification d’une « maison de rapport » c’est-à-dire un immeuble composé d’appartements destinés à la location.

On reprend le même nom : KURSAAL

Elle est de style Art Déco avec ses pilastres et ses carrés de mosaïque entre les fenêtres.

Sources : Marc André Reynckens, recherches sur les casinos de France. Paul Payot, Histoire des casinos.

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

Samuel Birmann peintre romantique à Servoz

Tout au long du XVIIIe siècle et début du XIXe, Servoz était une étape bien agréable pour les voyageurs harassés par le chemin périlleux emprunté pour se rendre dans la vallée de Chamonix. A l’époque, on utilisait des chars à bancs, seul moyen de locomotion jusqu’à la construction de la route entre 1862 et 1870. Le trajet était épuisant. Lorsque les voyageurs arrivaient à Servoz, nombreux étaient parmi eux les artistes frappés par la beauté du site. Ils immortaliseront ce paysage calme et paisible. Le panorama exceptionnel découvert à la sortie de la forêt sera chanté aussi bien par des peintres que par des écrivains.

Samuel Birmann (peintre romantique bâlois  1793-1847) vient dans la vallée en 1823 et édite en 1826 son ouvrage intitulé « Souvenirs de la Vallée de Chamonix » . Il fait une longue étape à Servoz. Il est séduit par l’aspect tranquille que dégage le village après le cheminement si difficile provenant de Chedde.

Il écrit » :«Les Alpes offrent au regard leurs sommités couvertes de neige et de glaces éternelles…. Une force inconnue attire l’homme vers ces régions élevées …C’est quand le voyageur arrive à Servoz que le mont Blanc se présente à ses regards d’une manière grandiose ;… c’est aussi de là que l’on commence à saisir d’une manière distincte les détails de cette masse imposante. A son pied l’on distingue les Montées, plus bas commence la plaine de Servoz et le château saint Michel s’élève sur un rocher que baignent les flots de l’Arve…

Avant de quitter cette belle vallée, on fera bien de s’arrêter quelques instants et de contempler le beau paysage que présentent les environs de Servoz… La commune de Servoz se compose de plusieurs villages, Servoz même, le Bouchet où sont l’église et l’auberge, les villages du Mont, la Combe, la Côte – au pied du rocher des Fiz – le village du lac près du château Saint Michel, la Vaudagne, à droite des Montées, le Châtelard sur le sentier des chèvres. Les arbres fruitiers prospèrent encore sur ce point, on y trouve de forts beaux noyers… »

Au cours de son séjour, il peint la petite plaine de Servoz et dans ses représentations d’arbres, on note la vision romantique qu’il a des forces qui animent la nature .

Cependant  il rentre dans le détail de la vie locale ainsi il représente des bergères au pied de l’oratoire de Notre Dame du lac. Mais aussi un four à pain qui ressemble à celui du Vieux Servoz.

A ce propos il écrit : Communément chaque ménage fait plusieurs fournées à la fois et se pourvoit de pain pour un ou deux mois quelquefois pour quatre, on trouve même du pain d’une année ; vieux il devient si dur qu’on est obligé de le couper à la hache. Aussi les indigènes mangent peu de pain, surtout du pain de qualité inférieure qui contient beaucoup de son. En général on l’accommode  avec du bouillon chaud et du fromage.

 Il continue ensuite son chemin vers Chamonix, immortalisant la vallée, l’église, le glacier des Bois puis Argentière.

Un beau témoignage à découvrir.

Source : Ouvrage écrit par Samuel Birmann,( peintre bâlois) »Souvenirs de la Vallée de Chamonix » avec 25 feuilles en aquatinte. Association des Amis du vieux Chamonix

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

L’ancien hôtel de Paris, quelle histoire !

Ancien hôtel construit en 1894 par Denis Bernadet, ingénieur sur la ligne de chemin de fer du PLM et son épouse Léocadia Couttet, qui était propriétaire d’une remise dans la rue Nationale (Denis Bernadet est maire de Chamonix de 1935 à 1940).A l’époque, l’hôtel ouvre sur un jardin par un magnifique escalier double, disparu depuis. Les balcons sont côté sud afin de profiter de la vue sur le mont Blanc. Au décès de Mr Bernadet en 1942, l’hôtel est confié à son neveu Mr Miegeville qui le met en gérance. Il est tenu par les Weissen-Couttet puis par Mr Gattoni, pour finalement être acheté par Mr Louis Janin en 1958.  L’hôtel défie alors la chronique locale.

De 1958 à 1969, l’Hôtel de Paris devient la plaque tournante des alpinistes. Son propriétaire , Mr Louis Janin, seigneur du lieu, animateur doué pour se lier d’amitié avec les personnalités les plus incroyables, attire tous ceux qui ont un petit grain de fantaisie, toutes classes sociales confondues.

Couverture livre de Mirella Tenderini

Il réserve les 24 mansardes de l’hôtel aux alpinistes fauchés. Pierre Mazeau ,  Dany Badier , Antoine Vieille, Robert Guillaume participent à la valse des alpinistes attachés à ce lieu devenu mythique. Gary Hemming, l’alpiniste hippie, s’y installe d’une manière quasi permanente de 1963 à 1968. Puis le fameux Lothar et les frères Bodin.

Ici on respecte assez peu l’ordre établi, d’où le succès international du petit Hôtel de Paris. Les chambres servaient de dépôt à ces alpinistes disparaissant parfois plusieurs jours, mais jamais Louis Janin n’aurait évacué brodequins, cordes ou sacs à dos. Certaines chambres aux étages inférieurs possédaient parfois une salle de bains, ce qui n’empêchaient pas les privilégiés de les prêter aux aventuriers alpinistes logeant sous les combles.

Les frères Pierre et Henri Lesueur – Lucien Berardini – Robert Paragot Archives Robert Paragot

 

Les parisiens alpinistes Robert Paragot, Lucien Berardini et Edmond Denis  marquent de leur emprise cet hôtel chamoniard. L’appartement de Dany Badier à Paris était devenu l’annexe de l’Hôtel de Paris pour les alpinistes en attente de retrouver la capitale de l’alpinisme. On y retrouvait tous ceux qui de Suisse ou d’Italie ont marqué les étapes de l’alpinisme moderne comme Loulou Boulaz, Michel Vaucher, Walter Bonatti , et tant d’autres.

Mais on y voit aussi Samy Fray, Hugues Auffray, Roger Vadim, Jane Fonda et leur bande. On y a croisé  Brigitte Bardot, probablement séduite par ce milieu marginal. Le bar attenant appelé le Bivouac voit des fêtes ahurissantes réjouissant tout ce petit monde Plus tard les chamoniards viendront s’y encanailler eux aussi :  Lionel Terray, Louis Lachenal, Georges Payot, Gérard Devouassoux, Marc Martinetti, sans oublier René Desmaison installé depuis peu à Chamonix. Tous imprègnent de leurs personnalités l’alpinisme moderne. Nombreux parmi eux participent à des secours improbables.

Des journalistes comme Christian Brincourt ou Gérard Géry de Paris Match  adoraient cet endroit dont ils racontaient l’histoire au fur et à mesure des exploits de chacun. Avec le déplacement  de ces alpinistes vers les Andes out l’Himalaya, les fêtes se firent moins folles.

L’hôtel se dégrade, Louis Janin peine à sortir de ses dettes faramineuses. Il quitte Chamonix pour Avoriaz. L’hôtel de Paris est transformé en appartements.

Sources : Archives familiales Miegeville – Revues Paris Match – Revue Alpi-Rando juillet 1986

Histoire et Patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

Partir en balade à la Mer de Glace au temps de la Belle Epoque

 

La première réalisation de la Haute Route Chamonix -Zermatt en 1903

Quand on est amateur de randonnée un jour ou l’autre on désire s’offrir cette fabuleuse traversée entre Chamonix et Zermatt. Cette course en haute montagne en hiver est parmi les plus belles courses mythiques des Alpes et laisseau randonneur un des plus beaux souvenirs de randonnée hivernale.

Mais que savons nous de ceux qui ont, un jour, entrepris cette première traversée ?

Il nous faut revenir au tout début du ski dans la vallée de Chamonix initié par un médecin Michel Payot qui  découvre fin XIXe ce nouveau moyen de transport  venu de Norvège :  les skis. Il estime que ce nouveau matériel offre « un exercice merveilleux et complet » . Il devient « fan » et pressent tout l’intérêt de ces deux planches de bois  arrivés de Scandinavie. Président de la section du CAF de Chamonix,  il se montre en toute heure dynamique et entreprenant.

Les premiers essais de randonnées dans la vallée de Chamonix sont engagées par le docteur Michel Payot :

 Le 12 février 1902  le Col de Balme : à 13h il monte en direction du col de Balme avec  Joseph Ducroz qui utilisait des skis pour la seconde fois, arrivent à 14h aux chalets de Charamillon. La marche est difficile, la neige colle, il n’empêche qu’à 14h45 ils arrivent au sommet. C’est la première tentative de randonnée dans la vallée. C’est un évènement !

Dans la foulée, il repart le 24 février 1902, :  Chamonix – Col du Géant – Courmayeur  accompagné des guides Alfred Simond, Joseph Ravanel (dit le Rouge, son grand ami), Joseph Couttet, René Payot. Ils partent de Chamonix dans le but de  traverser le  Col du Géant.  Ils  atteignent en 14 heures le village de Courmayeur. Bel exploit pour l’époque.

Dès lors Michel Payot et ses amis partent vers de nouvelles aventures .

L’année suivante dès , dès le début d’hiver, Michel Payot entreprend avec ses amis Joseph Couttet, Alfred Simond, et Joseph Ravanel  la grande et magnifique traversée de Chamonix à Zermatt.

L’équipement est lourd :

Des skis de 2 mètres de long avec monture métallique et bandes de peaux de phoques à  fixer sous le ski avec des petits clous.

Une paire de raquettes.

Un sac pesant 10kgs.

Un bâton de frêne long  de 1.80mètres muni d’une rondelle de bois à 0.20cm au dessus du bout pour empêcher de s’enfoncer et sur l’extrémité équipée un pic en acier pouvant remplacer le piolet.

Une paire de chaussons en feutre se mettant par-dessus les chaussures pour se protéger du froid, un maillot en grosse laine avec large ceinture alpine pour éviter l’introduction de la neige sous les vêtements.

Un nécessaire pour réparer les skis.

Un appareil de photo de 10kg !

L’Itinéraire était connu l’été  mais évidemment l’hiver c’était une autre aventure !

Ils partent d’Argentière le vendredi 16 janvier 1903.

Le récit décrit par Michel Payot est passionnant. Le ski n’est pas encore au « top » de ses qualités et bien souvent il faut aller à pied enfonçant dans une neige profonde exigeant des efforts particulièrement violents ! la neige se dérobe bien souvent sous les pieds  On part  tôt , en cours de nuit afin de profiter du clair de lune. On s’encorde, on se désencorde… Les températures sont glaciales  mais il fait beau, même le vin gèle. On suit leur itinéraire, jour après jour,  pas à pas virage par virage, car guider les skis dans de la neige profonde n’est pas toujours aisé ! Ils sont débrouillards, costauds et alignent des distances incroyables  autant à la montée qu’à la descente. Il arrive qu’ils descendent jusqu’en bas de vallée pour ensuite remonter et aligner dénivelées impressionnantes.  Certaines cabanes d’altitude, comme Chanrion, ne sont pas toujours équipées il faut donc prévoir nourriture et couvertures ! A l’occasion ils se font accompagner par un ou deux guides locaux. Le temps  parfois  se dégrade, un brouillard épais les enveloppe et  ils retournent parfois sur leurs pas.  La descente à skis, attachés par une corde, n’est pas toujours évidente.   La parfaite adaptation de Joseph Ravanel à ces conditions impressionne Michel Payot, admiratif des qualités de ce guide d’exception ! La neige est abondante et si parfois le cheminement est difficile, souvent il se fait avec douceur et tranquillité. La descente sur Zermatt est rude, longue, glaciale.

Mais quels souvenirs pour cette équipe qui vient d’ouvrir, sans le savoir, une des voies les plus appréciées et qui comble tout skieur de randonnée.

Les noms de Col du Chardonnet, Fenêtre de Saleinaz, Glacier d’Otemma,  Col de l’Evêque ,  Glacier de Ferpècle, Col d’Herens, Glacier de Zmutt   évoquent pour chacun un souvenir d’une randonnée hors norme dans les Alpes.

Comme disait Michel Payot : … « Qu’avons-nous rapporté de cette longue mais si belle traversée ? … des fatigues inouïes, des souffrances en tout genre, mais nous conservons tous l’ardent désir de continuer ces merveilleuses courses d’hiver ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais qui était donc Michel Payot ?

Sources : Revues La Montagne du Club Alpin Fançais- Revue Alpine section lyonnaise 1903

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

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