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LA PREMIERE ASCENSION A SKI DU COL DE BALME.

Cette année 2023 est inaugurée la nouvelle télécabine de Charamillon.  Beaucoup se souviennent des diverses remontées mécaniques qui ont fait l’histoire de ce domaine de ski, mais skier sur ces pentes débonnaires n’a pas toujours été facile !

A la fin du XIXème on employait  bien largement des raquettes  pour se déplacer d’un village à l’autre.  A Chamonix le ski arrive avec Joseph Couttet qui avait découvert grâce à des amis norvégiens ce moyen de déplacement et nous devons au docteur Michel Payot la popularisation du ski.

Celui-ci, fan de cette activité incite ses amis guides à utiliser ce moyen de transport  pour se mouvoir sur la neige. Il essaie divers type de skis et  estime que « la longueur idéale des skis doit être de 2 mètres pour un poids moyen de 75kgs et recommande que pour remonter la pente il faut fixer une bande de peau de phoque de 0.80 de longueur environ  qui doit être fixée sous le ski au moyen de petits clous disposés de telle manière que les poils se lissent en poussant le ski et se rebroussant pendant le recul. Et il convient de se munir d’une paire de chaussons en feutre se mettant par-dessus la chaussure.

Il est le premier à s’aventurer sur des pentes un peu plus raides et fait ses premiers essais  au col de Balme le 12 février 1902

                                                                             Texte Michel Payot :

….La vallée de Chamonix est actuellement couverte d’une couche de neige dont l’épaisseur varie entre un et trois mètres. Les skis permettent de gravir de fortes pentes avec un minimum de fatigue. Les longs patins de frêne s’enfoncent que de quelques cm sous le poids du corps et l’effort pour les faire glisser parallèlement est insignifiant.

Le 12 février par un temps incertain profitant d’une éclaircie nous partions du village du Tour accompagné du guide  Joseph Ducroz pour faire l’ascension du col de Balme. Mon brave compagnon employait les skis pour la deuxième  fois et il partit avec la certitude de ne pouvoir effectuer le quart du trajet et il comptait sans son énergie et son endurance. Le départ eut lieu du Tour à 1heure de l’après midi. La première partie de l’ascension est la plus pénible en raison de pentes, qui sont très accentuées. Nous suivions la direction des poteaux téléphoniques et nous arrivons sans incidents aux chalets de Charamillon. Je tire ma montre : il est deux heures exactement. « Eh bien », dis-je à Ducroz, « pensez vous atteindre le sommet maintenant ? » « Oh ! Oui !, ça va très bien et si nous allons toujours de ce train là, en moins de 40mn nous sommes au col ! »

Mais il comptait sans l’état de la neige qui, sur le plateau de Charamillon à l’abri du vent, s’était ramollie sous l’action du soleil et collait aux skis. La marche devint pénible et nous regrettons vivement de n’avoir pas emporté un peu d’huile pour en frotter nos patins. Cependant, après une demi-heure de marche nous retrouvons, avec la bise, tantôt la neige sèche et en poussière, tantôt la neige dure et nous arrivons au sommet du col à 2h48mn….Les chalets de Balme disparaissent sous la neige et ceux du col sont crépis d’une couche de 20cm de neige tassée et bizarrement sculptée par le vent âpre et violent qui y souffle sans cesse..

La tourmente approche, et après une demi-heure de repos nous songeons à la descente. Je laisse mon guide Ducroz dont l’équilibre sur les skis à la descente est peu stable, partir le premier. En quelques secondes il a parcouru la moitié du chemin entre le col et les chalets de Charamillon. Une magnifique culbute arrêt sa course : l’homme a totalement disparu. Deux skis s’agitent comme les ailes d’un moulin à vent au dessus de la neige. Il est trois heures et demie, je me lance à mon tour et passe à vingt mètres au dessus de Ducroz qui achève à peine de reprendre son équilibre sur ses longs patins. La glissade vertigineuse continue, et 25mn après notre départ du sommet nous arrivons chez mon brave compagnon au moment où la famille prend place pour le thé.

Voilà donc une course d’hiver faite par plusieurs mètres de neige molle avec plus de rapidité qu’on ne le fait généralement en été. ..A notre avis l’emploi de skis constitue le meilleur moyen pour faire rapidement avec un minimum de fatigue les ascensions d’hiver…

                      Photo frères Bisson : col du Géant

 

Le 24 février de la même année accompagnés des guides Alfred Simond et Joseph Ravanel, nous avons Henri Devouassoud , Joseph  Couttet, René Payot et moi effectué la traversée du col du géant en skis avec descente sur Courmayeur en 14 heures par la neige et le brouillard  durant la moitié du trajet

Michel PAYOT

 

 

Sources  : Bulletin CAF 1903-1904  -Photos  fonds Jean Fabre

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

meilleurs voeux pour 2023

Petite histoire du bar de la Terrasse devenu aujourd’hui Rose du Pont

Nous voilà face à un des bâtiments les plus emblématiques de Chamonix  le fameux bar La Terrasse dont l’architecture Art Nouveau sublime le centre ville.

Depuis le printemps dernier les nouveaux propriétaires se sont attaqués à la restauration et  à la réhabilitation de ce bâtiment étonnant. En mauvais état, la charpente de bois exotiques (courant à l’époque)   a résisté au temps ce qui a permis De conserver les formes typiques de cette expression artistique de la Belle Epoque : L’Art Nouveau. Nul ne connaît l’origine exacte de ce bâtiment  qui remplaçait un ancien déjà existant.  Certains racontent qu’il proviendrait d’une exposition internationale : Paris ? Interlaken ? Bruxelles ?   C’est vrai qu’il était courant à l’époque de démanteler un édifice pour le reconstruire ailleurs mais aucun document à ce jour ne nous en donne l’origine. Il reste cependant le témoin d’une période faste à Chamonix celle que l’on appelle la Belle Epoque mais la Terrasse est également un témoin historique de l’urbanisation du centre ville.

Dès le début du XXème Chamonix connaissant  un développement économique rapide,  le carrefour essentiel du village entre la rue provenant de l’église et la passerelle qui franchissait l’Arve , devient un lieu de commerces multiples. C’est la que  Pierre Joseph Payot, originaire du hameau  de la Molard achète vers 1825-1830 une maison située au centre. Quincaillerie, objets sculptés, cristaux sont le fond de commerce de la boutique. Il est rapidement aidé par son fils François devenu maître de poste ouvrant par la même occasion un bureau de change.

La maison s’agrandit formant trois parties distinctes. En 1860 Venance Payot un des  fils ouvre en bord d’Arve une sorte de muséum qui connaît un très grand succès. Il construit quelques années plus tard une grande maison un peu plus en amont  où il ouvre une  boutique.

Il  lègue à son frère Florentin  cette partie de la maison  tournée vers l’Arve. Celui-ci aménage un hôtel et transforme l’ancienne boutique de son frère en un bar – restaurant. Il prend alors son nom : Hôtel Pension de la Terrasse,  nom conservé jusqu’en 1890 !

 A la mort de Florentin sa fille Marie Adèle et son mari Philippe Thévenet héritent de l’ensemble.  La Terrasse devient « Pension- hôtel -café » puis uniquement « café- restaurant ». Veuve en 1903 elle épouse Mr Birkigt (d’origine belge)  mais conserve à son nom le restaurant. Il  semblerait que ce soit Marie Adèle qui  élève ce bâtiment construit  en encorbellement sur l’Arve (d’ailleurs au dessus du lavoir utilisé au pied de l’ancien bâtiment).

Elle le loue puis le vend en  1918. Hélas le  nouveau propriétaire provoque le scandale car il y a de nombreuses plaintes à propos de passage de « femmes de joie » à la pension  pour les soldats américains où également de jeunes mineurs chamoniards  semblent s’y rendre régulièrement. La Terrasse serait devenue un lieu de débauche !

Dès lors de nombreux propriétaires se succèdent. Le bâtiment n’est pas toujours entretenu avec goût. Certains architectes se succèdent mais souvent d’une manière maladroite.

On doit à Jenny  Galton qui , dans les années 1980,est  gérante du lieu  et désire redonner un aspect prestigieux e à ce bar. Elle fait  appel à Bernard Ferrari, architecte. Il donne au bâtiment cette couleur violet-mauve  dont on avait retrouvé trace par sondage. Il remet en  état le plafond d’origine, il réutilise les anciens lustres, et  y aménage d’anciens meubles Art Nouveau. La Terrasse revit grâce à Jenny mais hélas  à son départ le bâtiment ne sera plus entretenu.

En 2022 enfin un nouveau propriétaire amoureux de ce bâtiment  décide de lui redonner une allure  Belle Epoque. Ici vous découvrirez cette expression artistique qu’est  l’expression Art Nouveau se mêlant à un décor néo classique formé essentiellement  de stucs à l’ancienne de  miroirs et  luminaires  où jouent la lumière et le décor naturel.

La Terrasse devient Rose du Pont

Une très belle réussite.

 

C’est quoi l’Art Nouveau :

Un art qui se développe entre 1890 et 1914 en opposition à l’art néo-classique et dont l’expression artistique est essentiellement tournée vers la nature, la reproduisant souvent avec des fleurs , et jouant avec les formes courbes et contre-courbes.

 

                                                      Les divers aspects de la Terrasse au cours du temps

 

Sources : Gallica – Archives Amis du Vieux Chamonix

Histoire et patrimoine vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Petite histoire du refuge du Couvercle

GUIDO REY  (alpiniste, écrivain italien):

 » LE COUVERCLE EST SITUE DANS LE LIEU LE PLUS ADMIRABLE DU MONDE

Fin XIXe, les alpinistes se rendant aux pieds des montagnes mythiques situées au-dessus de la Mer de Glace avaient pour habitude de s’abriter sous une grosse pierre, où avait été  édifié une simple cabane  dite la « cabane de Pierre à Béranger » située sur la rive gauche du glacier de Talèfre. Modeste cabane en bois construite en 1867 adossée à un énorme bloc à 2466m.

Celle-ci est détruite en 1903 . Elle est remplacée en 1904 par une une autre cabane prévue pour 12 personnes et  située plus en amont à 2698m sur la rive droite du glacier de Talèfre . Elle est inaugurée le 7 août 1904. C’est monsieur Lucien Tignol, délégué du C.A.F de la section de Chamonix, remplaçant le docteur Payot empêché, qui préside la petite fête d’inauguration. La cabane s’appellera désormais cabane du Couvercle car édifiée à l’abri de cette immense pierre de 20mètres de long. Agrandie en 1911 la cabane peut accueillir une trentaine de personnes avec un dortoir, un réfectoire et une chambre pour un gardien. Le dernier gardien a été le célèbre guide Joseph Ravanel, dit le Rouge, auteur de nombreuses premières décédé dans l’automne 1931.

Dès 1929, en raison d’une fréquentation de plus en plus importante, la commission des travaux en montagne du C.A.F décide la construction d’un grand refuge à 80 mètres de l’existant.

Grâce à la donation de Mr F.  Lung, les travaux commencent en 1931 sous les ordres de Mr Bernadet. (Président de la section de Chamonix du C.A.F). Le bâtiment en granit mesure 11 m 40 par 8 m 15 pour 8 m 80 de hauteur au faîtage, deux grandes terrasses l’entourent. Sa capacité d’accueil est de 106 personnes réparties en deux dortoirs et un réfectoire de 80 places. Les dortoirs sont par la suite cloisonnés en cinq dortoirs indépendants. L’intérieur est en lambris de bois et parquet de chêne. En ces années le monde montagnard est encore un  milieu religieux et le lundi 29 août 1932 a lieu l’inauguration devant plus de 500 personnes. Une messe solennelle est célébrée et chantée par la chorale de Chamonix. Le chanoine Rhuin lit un télégramme de S.S. Pie XI, puis le pasteur Dartigue célèbre un office protestant.  De nombreux discours sont prononcés dont  celui de Mr Alfred Tairraz, premier adjoint de Chamonix. Durant le déjeuner, pendant que la chorale chante, le capitaine Thoret, avec son avion plane longuement au-dessus de l’assistance.

20 ans après, un nouveau projet est de nouveau mis sur pied et terminé en début de l’été 1952. Il est le plus important et le plus moderne de France pour l’époque, pouvant accueillir jusqu’à 200 personnes. On aménage 7 dortoirs. Sur les bases duu précédent refuge, celui-ci est également en granit, une couverture de cuivre rouge sur une solide charpente sert de paratonnerre et de mise à la terre. L’inauguration a lieu le dimanche 10 août 1952 en présence de Mr Masson secrétaire d’état. A 10 heures, une messe est célébrée sous un magnifique soleil malgré l’énorme orage de la veille.

 

Chacun à Chamonix se souvient du gardien du refuge Ulysse Borgeat (et de sa sœur Gilberte Maerten) qui, avec sa gentillesse légendaire, est resté 16 ans aux commandes du refuge.

 

Depuis quelques temps, le site est moins fréquenté, mais il reste un objectif important pour de nombreux alpinistes car le refuge reste un point de départ idéal pour accéder aux sommets mythiques du massif: l’aiguille Verte, le   Moine, les Droites, la pointe Isabella, etc…

Le refuge étant devenu un peu surdimensionné, il a donc été décidé de le rénover. Sa capacité est divisée  par deux. Au lieu des 128 couchages, celui-ci n’en abrite plus que 64. La rénovation s’est faite dans l’optique de préserver l’héritage architectural, le confort des occupants et l’environnement exceptionnel de ce site classé du Mont-Blanc, en respectant les volumes existants et la forme d’origine.

Il est inauguré ce 23 juillet 2022. 

LISTE DES GARDIENS

1911 / 1925 François Couttet dit François à la comtesse, remplacé par Léon Claret Tournier qui restera en place jusqu’en 1925
1926 / 1931 Ravanel le Rouge devient le gardien, le dernier dans le vieux refuge.
– 1932 / 1945 Arthur dit Arthur au rouge (fils de Ravanel le rouge) est le premier à garder le nouveau refuge.
– 1946 / 1960 Clément Com aidé par Raymond Claret Tournier C’est eux qui assisteront aux travaux d’agrandissement du refuge au cours des été 1950 et 1951. Puis Alexis Caux à partir de 1950.
– 1961 / 1962, Clément Hugon et Alexis Caux .
– 1963 / 1979 Ulysse Borgeat et Gilberte Maerten (sa sœur)  en deviennent les gardiens.
– 1980 / 1985 Régis Mugnier est le gardien en titre. Il connaît bien le refuge car il a travaillé avec Gilberte et Ulysse.
– 1986 : Pascale et Michel Tavernier à cheval sur le XXème et XXIème siècle.
– 2015 : Christophe Lelièvre, après onze ans à la Charpoua, migre de l’autre côté de l’arête des Ecclésiastiques

 

 Sources : Mémoire d’Armand Comte guide, cristallier . Archives et photos Association Amis du Vieux Chamonix – Archives CAF – Revues CAF . Refuge du Couvercle.

Histoire et Patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Quand le futur fait resurgir le passé ! La saga Vallot se poursuit

Une superbe idée prend naissance à l’observatoire Vallot de la vallée. Le CREA (Centre de Recherches de l’Ecosystème en Altitude), qui occupe les lieux depuis une vingtaine d’années, lance le projet d’une belle rénovation de cet ancien observatoire de Joseph Vallot avec la création d’un bâtiment complémentaire indispensable à son activité. Le projet se veut être dans l’esprit du lieu.

N’oublions pas que Joseph Vallot a, depuis la création de cet observatoire, désiré que ce petit chalet soit toujours consacré aux recherches scientifiques, recherches qui sont l’essence même du CREA : mieux connaître le milieu alpin, comprendre l’adaptation de la faune et de la flore aux changements climatiques et étudier ces phénomènes nouveaux qui en découlent. Il est évident que Joseph Vallot aurait adhéré à ces recherches modernes indispensables à une meilleure connaissance du monde alpin qu’il affectionnait particulièrement.

Le CREA a un rôle essentiel dans le milieu scientifique, il est unique en France. Cette équipe soutenue par une quantité de bénévoles passionnés par le monde alpin en pleine mutation a réellement besoin de « pousser » les murs.

 

Pour ce faire, celui-ci s’est lancé dans le projet d’un nouvel édifice dominé par une  idée de sobriété et d’éco-conception. Il se doit d’être un exemple environnemental à l’image de leurs recherches. Le CREA a fait appel à l’architecte Jacques Félix Faure, un grand spécialiste de bâtiments écologiques. Un beau projet dont la ville de Chamonix pourra être fière puisqu’elle est partie prenante dans ce cette entreprise. En complément, le jardin dans lequel l’observatoire a été construit deviendra un jardin expérimental ouvert au grand public afin de partager dans la vallée avec les néophytes une meilleure connaissance du monde alpin.

On ne peut que se réjouir de la rénovation du petit chalet observatoire  Vallot, de l’aménagement d’un jardin expérimental et de la création d’un nouveau laboratoire.

Joseph Vallot qui a tant apporté à Chamonix et au Mont Blanc avec son cousin Henri serait certainement heureux de voir ce projet se réaliser dans leur observatoire d’origine.

140 ans après sa création, l’observatoire peut redevenir un acteur majeur de la recherche scientifique en montagne qu’ils avaient initiée dans la vallée de Chamonix.

 

PETIT RAPPEL A PROPOS DE JOSEPH VALLOT :

Il découvre Chamonix en 1875 et réalise sa première ascension du mont Blanc en 1881.  Rapidement, il décide de faire construire un observatoire-laboratoire couplé avec un refuge pour les guides  en altitude où il pourra se livrer à de nombreuses expériences scientifiques. Dans la foulée, il construit un autre observatoire près de sa villa afin de travailler en corrélation avec le premier.  Il passe entre autre trois jours au sommet du mont Blanc afin de prouver que l’homme peut s’adapter à la vie en altitude. D’ailleurs monter au sommet du mont blanc et y passer plusieurs journées pour ses recherches ne lui cause aucun problème. En 1898 il passe 43 jours à l’altitude de 4350m lors de la construction de l’observatoire. Ses travaux menés pendant une quarantaine d’années couvrent de multiples domaines : botanique, glaciologie, construction, géologie, photographie, médecine, physiologie, cartographie, alpinisme, météorologie, spéléologie, ont été reconnus comme présentant un intérêt scientifique majeur.

Ses recherches ont fait faire un grand pas à la connaissance du massif du mont Blanc. Chamonix ne peut que s’en féliciter. Et un grand merci au CREA qui décide de poursuivre cet élan généré par Joseph Vallot et son cousin Henri et son neveu Charles.

 

Afin  de mieux connaître ce personnage hors du commun je ne peux que vous recommander ce petit ouvrage passionnant écrit par Eliane Patriarca, journaliste.

 

 

 

 

Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Le grand incendie de Chamonix du 27 juillet 1855

Il y a 167 ans à Chamonix le 24 juillet 1855 un immense incendie

détruit une grande partie de la ville.

Certes l’histoire de la vallée de Chamonix est marquée par de nombreux incendies. En 1586 l’église est totalement détruite par le feu et de nouveau en 1758.Le village des Frasserands en 1652, ou encore Argentière en 1897 mais bien d’autres au cours des siècles passés.

Un de ceux-ci a marqué la mémoire des chamoniards, l’incendie du centre de Chamonix le 24 juillet 1855. Celui-ci se déclare dans la remise de l’hôtel de la Couronne situé au carrefour central de Chamonix (actuellement résidence relais de diligences). Le feu s’étend rapidement et détruit une grande partie de la route nationale (rue Vallot actuelle). C’est une vraie catastrophe. La presse genevoise de l’époque en parle plusieurs fois et se fait l’écho d’appels à la solidarité lancés par le maire et le curé ! Les divers articles parus dans le Journal de Genève nous relatent les diverses phases de de l’information de cet incendie qui marqua la population genevoise.

 

L’information n’étant pas toujours fidèle les frères Tairraz, propriétaires de l’hôtel d’Angleterre font paraitre une annonce à propos de leur hôtel qui n’a pas été endommagé  !

(article ci dessous)

Certes le roi de Piémont Sardaigne (dont dépendait la vallée) donne 4000 livres c’est bien peu quand on estime les frais à 30000 livres ! Pui la vallée devient française en 1860. Dès 1861 le maire Michel Favret recevant le ministre des Travaux publics s’empresse de demander une aide substantielle. En 1862 la commune reçoit le préfet accompagné d’un conseiller d’état. Celui-ci semble s’engager mais l’administration toujours tatillonne s’oppose bien souvent aux chamoniards un peu rebelles aux décisions gouvernementales.

Il faudra attendre le 14 octobre 1864 pour que soit signé entre la commune et la préfecture une décision de remise en état de la route nationale. On démolit les bâtiments incendiés, on aligne l’ensemble des édifices de cette route nationale, on impose un entretien annuel des cheminées par un ramoneur. Se met en place également toute une réglementation d’entretien de la voie publique, et des « devants » de boutiques et d’hôtels.

Le début d’une série d’arrêtés de suretés et de police sont mis en place.

Chamonix entre dans une nouvelle aire d’autant que la nouvelle route offerte par Napoléon III arrive au centre de Chamonix en 1870 !

 Sources :  Le Royaume du mont Blanc de Paul Payot, archives du journal de Genève, archives départementales, livre « La Vallée de Chamonix et l’Annexion » de Christine Boymond Lasserre et  Joëlle Dartigue Paccalet

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Connaissez vous ces deux alpages oubliés : le Manchoir et le Mont Borrel ?

Dans la vallée de Chamonix, ils sont nombreux ces alpages de moyenne ou de haute montagne. Certains sont plus connus que d’autres, certains ces dernières années ont connu une nouvelle vitalité avec rénovation et réhabilitation afin de perpétuer une tradition ancienne, mais beaucoup furent  peu à peu abandonnés dans les années 1950 avec l’explosion des activités touristiques.

Avec cette vie moderne et ce tourisme envahissant les habitants de la vallée ont besoin de retrouver leurs racines et cette vie qui, durant des centaines d’années, a animé la société locale et a façonné ce paysage de moyenne montagne.

Sans plus tarder, je vous recommande d’aller faire un tour au musée montagnard des Houches. L’animatrice du musée, Eloïse, avec l’association « Dans l’temps » se sont penchés sur deux alpages méconnus des Houches.

Sur les hauteurs du hameau de Vaudagne et des Bouchards, au cœur de la forêt sur les sentiers conduisant au Col de la Forclaz ou au Prarion se trouvent encore quelques souvenirs de deux anciens alpages dit intermédiaires ou « mointieu » (c’est-à-dire alpages entre le village et les alpages de haute altitude). Alpages méconnus mais au riche passé :

Le Manchoir et le Mont Borrel .

 Photo de l’alpage du  Manchoir en 1920

Le Manchoir dont le nom peut paraitre curieux, mais pas tant que cela, puisque dans les archives nous retrouvons parfois ce terme pour désigner une grange ou une maison située en hauteur. Au Manchoir il subsiste un chalet  qui est une simple rénovation d’une grange d’origine, deux « chalets » reconstruits à partir de ruines et deux anciennes granges dont il reste très peu d’éléments. L’ensemble était encore présent en 1920 . Mais abandonné peu à peu l’alpage finissait de disparaître jusqu’à la décision de certains propriétaires de faire revivre ce lieu isolé. Il a retrouvé vie !

A Mont Borrel à ce jour il reste une grange encore debout utilisée régulièrement par la famille propriétaire et cinq autres qui sont à l’état de ruines. Et pourtant son histoire remonte au XIVe siècle. Mont Borrel est le témoignage de cette vie traditionnelle liée à l’exploitation du bétail bovin. Les archives particulièrement intéressantes ainsi que certains courriers conservés par les familles propriétaires des lieux racontent le passé de cet alpage oublié. Témoignages toujours très émouvants à lire.

Lors de cette visite vous partez à la rencontre du passé de ces deux anciens alpages mais c’est, par ailleurs, l’occasion de replonger dans la vie rurale locale avec les diverses phases de cette vie traditionnelle : celle du village, celle des  alpages familiaux (que l’on appelait « les petites montagnes »  et celle des  alpages collectifs  (appelés les grandes montagnes). Cette visite c’est, entre autre,  partir à la recherche du sens des mots que nous utilisons régulièrement mais qui souvent par un glissement sémantique  ont changé de sens tels ceux liés au terme « montagne ».

Cette plongée dans ces temps anciens c’est re- découvrir les usages et les pratiques de ces hommes et femmes liés à leur bétail et à leur survie dans ce monde rude qu’était la vie paysanne de montagne.

Bonne visite !

Sources : Musée Montagnard des Houches – Association « Dans l’temps »

Christine Boymond Lasserre

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

 

 

 

 

 

 

Un hôtel emblématique du XIXème : l’hôtel de l’Union

Dès 1815 avec la fin de l’empire les visiteurs se font de plus en plus nombreux et le foires connaissent un succès grandissant. La commune de Chamonix déplore qu’il n’y est que 3 hôtels et 5 cabarets et incite l’État à autoriser la construction d’hôtels.  C’’est ainsi qu’en 1816 les frères Charlet (fils du notaire Charlet) associés aux frères Simond (propriétaires de l’hôtel du Nord) font appel à un architecte genevois Mr Sismondi et ouvrent un magnifique et grand hôtel en plein centre de Chamonix, une révolution à l’époque car imposant par sa taille, son architecture originale avec son fameux balcon à portiques.

 L’hôtel de l’Union fait fort impression et les voyageurs de l’époque sont très étonnés de son confort « on y trouve même les journaux de tous les pays, une boutique naturaliste, ainsi que les meilleurs vins !  … En 1824 « le guide du voyageur en Suisse » signé par Mr Richard, met l’accent « sur les bains de santé et de propreté » Ces bains situés près de l’Arve sont à l’image de cette nouvelle idée qui fleurit à Chamonix de créer une station « climatérique ». Les bains, nouveautés du XIXème siècle, sont encore rares hormis les stations thermales.  Les frères Charlet, propriétaires des terrains des Mouilles où coule une source sulfureuse ont l’idée d’apporter dès les années 1825 cette eau bienfaisante à l’hôtel puis en 1834 directement par des canalisations de bois, qui seront emportées plusieurs fois par les crues de l’Arve.

Nombreux sont les visiteurs de marque qui prennent pension à l’Union.

John Ruskin dès son 1er séjour avec ses parents en 1833 puis ensuit lors de ses voyages solitaires y séjournera régulièrement. On apprend ainsi que « vingt-deux personnes y sont attachées, que l’on y est parfaitement servi, les chambres sont bien tenues, qu’il y a des salles à manger à chaque étage, que l’on propose des diners de table d’hôte à 1,5, et 9 heures mais que l’on peut aussi se faire servir des repas chez soi à l’heure qu’il convient qu’il y a une salle de billard, des journaux français, des sommeliers parlant plusieurs langues…

Dessin Jules Hébert. Henriette d’Angeville à l’hôtel de l’Union avant son départ pour le mont Blanc

 

En 1836 y descendent Georges Sand et ses deux enfants, Franz Litz, et Marie d’Agoult.  Henriette d’Angeville en 1838 séjourne dan cet hôtel qu’elle trouve particulièrement confortable.

 

L’hôtel connaît une nouvelle dynamique avec l’arrivée de Mr Eisenkrammer.  1er sommelier de l’hôtel qui  loue dès 1838 l’Union à son patron et qu’il achète finalement  en 1844. Il épouse ensuite Marie Henriette Simond (nièce de Mme Coutterand et fille de son ancien patron). Monsieur Ferdinand, comme l’appelaient les chamoniards, est ambitieux, il organise au départ de Genève des convois spéciaux pour acheminer les provisions indispensables à son hôtel, et fait du « lobbying » auprès de visiteurs arrivant à Genève pour les convaincre de loger dans son hôtel à Chamonix. En 1848 il construit un nouvel hôtel le Royal (aujourd’hui le casino).

En 1860 lors du voyage Napoléon III le maréchal des Logis cherche le meilleur établissement pouvant recevoir l’empereur et sa cour. Son choix se porte sur ce nouvel hôtel. Le ministère est effaré par les tarifs proposés mais Mr EisenKrammer n’en démord pas si bien que l’empereur ne résidera qu’une seule nuit à Chamonix malgré le désir de l’impératrice!

Les deux hôtels sont proposés sous le nom Hôtel Royal et de l’Union.  Mr Ferdinand a quelques démêlées avec les guides en raison de son refus de passer par le bureau de la Compagnie pour proposer les guides de son choix sans passer par le tour de rôle.

Mais l’hôtel connaît toujours un réel succès. Théophile Gauthier en 1862 l’apprécie particulièrement  : «  l’hôtel de l’Union est grand et magnifique, tenu à la manière des hôtels d’Allemagne de première classe avec toutes les recherches du confortable moderne. On nous y servit dans une salle immense un excellent déjeuner ». Il envisage de créer une grande station thermale mais il peine à convaincre la commune. Il crée dans les années 1862 une société intitulée « les hôtels de Chamonix » société qui rassemble plusieurs hôtels de Chamonix mais celle-ci ne s’impose pas  et  finalement est   rachetée par deux banquiers .

 

Dès lors Mr Eisenkrammer disparait et l’hôtel passe de main en main. On voit ainsi un grand nombre de propriétaires se succéder d’où des appellations différentes pour l’hôtel jusque en 1897 ou Mr Felisaz le rachète.  Il entreprend des travaux d’agrandissement, crée un restaurant dans les jardins dont la façade est ornée de cariatides.  L’hôtel reconnait de belles heures d’activité.

A la mort de Mr Félisaz les héritiers peinent à faire fonctionner l’hôtel.

En 1929 la commune désirant ouvrir une belle place au centre de Chamonix finit par exproprier les propriétaires.

 L’hôtel est détruit en 1932 laissant place à la construction de l’hôtel des Postes en bordure d’Arve et ouvrant ainsi une place plus aérée en centre-ville.

Sources :

Archives association des Amis du Vieux Chamonix – Thèse : Isabelle Madesclaire- Voyages de deux amis en Italie par le Midi de la France et retour par la Suisse de Richard et Achille Lheureux en 1829. – L.Simond, Voyage En Suisse. – CH Vallot : guide de Chamonix – André Hélard : John Ruskin et les cathédrales de la terre.- Christine Boymond Lasserre et Joëlle Dartigue Paccalet : 1860 . La vallée de Chamonix et l’Annexion. – Marc Sandoz : Auberges d’autrefois. Revue savoisienne – Rodolphe Topffer : voyage autour du mont Blanc – Paul Payot : Au royaume du mont Blanc

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources :

Thèse : isabelle Madesclaire

Voyages de deux amis en Italie par le Midi de la France et retour par la Suisse de Richard et Achille Lheureux en 1829.

L.Simond, Voyage En Suisse

F.Coutin : histoire de la collégiale de Chamonix.

CH Vallot : guide de Chamonix

André Hélard : John Ruskin et les cathédrales de la terre.

Christine Boymond Lasserre et Joëlle Dartigue Paccalet : 1860 . La vallée de Chamonix et l’Annexion.

Mar Sandoz : Auberges d’autrefois. Revue savoisienne

Rodolphe Topffer : voyage autour du mont Blanc

Paul Payot :

 

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