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Chapelle anglaise ou temple protestant ?

Elle appartient à l’Eglise Réformée de France mais certains chamoniards continuent à l’appeler la chapelle anglaise !

 

Nul n’ignore l’importance de la communauté britannique à Chamonix. Elle remonte au XVIIIe lorsque les premiers visiteurs dans la vallée de Chamonix se révèlent être des anglais.

Par la suite et au cours du siècle suivant, ils marqueront à jamais l’histoire de la vallée. Touristes, scientifiques, alpinistes anglais créeront des liens toujours forts avec les chamoniards.

En ce milieu du XIXe, il manquait aux britanniques, de rite anglican, un lieu pour exercer leur culte. Ce sont les hôteliers chamoniards qui ouvraient chaque dimanche  leurs salles à manger afin d’assurer le service anglican pour leurs clients. Bien vite, ces salles sont devenues trop petites. C’est alors que « la Société de l’église coloniale et continentale de Londres » demande à la préfecture l’autorisation de construire une chapelle. L’accord est donné, mais on les prie de construire au-delà du centre du village. La société acquiert ainsi de  la famille de Mr Desailloud, propriétaire du café de la Fidélité à Chamonix, un terrain pour y bâtir un temple.

 

 

 

 

La chapelle est construite dès 1859, et inaugurée en 1860. Loin du centre, elle trône, magnifique,  au milieu des prés. D’un côté l’on voyait la chute du glacier des Bossons de l’autre celle de la Mer de glace. Pendant ces années de Belle Epoque,  des chapelains assuraient les services religieux. Ils consignaient  sur un registre tenu à cet effet le nombre des fidèles, les difficultés climatiques, les dépenses effectuées, les personnages importants de passage, le nombre de services. Ceux-ci ne venaient cependant que durant l’été. L’hiver aucun service n’était assuré.

 

 

 

A l’origine le chœur devait, comme toute église anglicane, être orné de vitraux. Seul un a été réalisé, le coût trop élevé et l’arrivée de la guerre ont définitivement arrêté le projet.

Mais lorsqu’il fallait enterrer les quelques anglais décédant dans la vallée, ceux-ci devaient être inhumés dans le cimetière catholique. Et le curé de l’époque manifestait sa désapprobation en ne leur laissant des places qu’hors de l’enclos autorisé.

 

 

 

Ce sont les hôteliers chamoniards ainsi que Venance Payot, maire de Chamonix à l’époque, qui insisteront auprès de la préfecture pour que la petite chapelle anglicane puisse abriter son propre cimetière. En 1871, la communauté anglaise obtient l’autorisation d’y inhumer ses morts. Avec le temps, une vingtaine de britanniques seront enterrés à proximité immédiate de la chapelle.

 

 

 

La première guerre mondiale apporte un changement notoire. Les anglais ne sont plus aussi nombreux à venir à Chamonix. Et peu à peu la chapelle sera utilisée par l’Eglise Réformée de France, bien que les murs soient encore la propriété de « la Société de l’Eglise Coloniale et Continentale de Londres ». Le cimetière accueille alors les inhumations des familles protestantes de Chamonix.

Lors de la loi imposant de mettre les cimetières à l’extérieur des centres villes, la municipalité recevra une lettre de la société demandant expressément que l’on conserve ce petit cimetière à son emplacement afin de conserver la mémoire de ces britanniques qui avaient participé à l’enrichissement de Chamonix ! La commune obtempéra, d’autant que le cimetière était privé.

 

L’histoire cependant continuera avec les Misses anglaises. Bien qu’anglicanes, elles entretiendront durant la période de l’entre deux guerres l’entretien du temple soutenant le pasteur Chaptal  qui assuraient les services  religieux à la grande satisfaction des protestants de la commune. Et lors de la sombre période de l’occupation de la seconde guerre mondiale, les fameuses Misses participeront d’une manière très active à l’engagement de la résistance. Elles étaient très aimées des chamoniards.

La chapelle anglaise, devenue temple protestant, est cédée en 1970 puis vendue pour un franc symbolique le 29 juillet 1981 à l’Eglise Réformée de France. Cependant, les anglais, de nouveau nombreux à Chamonix, reconnaissent  le temple comme leur chapelle en raison de son histoire plus que centenaire et de l’esprit commun protestant les liants à l’église réformée et bien souvent on peut assister à un mariage anglican assuré par le pasteur de la paroisse du Mont Blanc.

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Je m’appelle « Escalade »

 

MON NOM EST « ESCALADE »

Me connaissez-vous?
Vous êtes-vous arrêtés près de moi?
M’avez-vous bien regardée?
Je suis pourtant là, tout près de la Maison de la Montagne.

Je vois défiler du monde, beaucoup de monde…

Mais combien s’arrêtent devant moi?
Savez-vous qui je suis et pourquoi je suis là?

J’ai été réalisée par Gilles Vitaloni, sculpteur diplômé des Beaux Arts de Carrare, sorti de l’école d’art Pietra Santa. Ce n’est pas rien! Il adore travailler le marbre, cette matière si exigeante, si délicate à sculpter.

En 1992, il participe à un tour de France de la sculpture dans le cadre des J.O. d’Albertville et réalise des œuvres d’art en public, Chamonix sera une de ses étapes.
Peut être certains se souviennent-ils de Gilles travaillant devant le foyer de ski de fond de l’époque!
Parce qu’il est à Chamonix, c’est sur un bloc de granit, que Gilles travaille à son œuvre. Certes, la pierre ne provient pas de la vallée mais du Tarn où sont encore exploitées dans les années 1990 des carrières de ce matériau si dur à façonner.
Gilles travaille en public, il aime échanger avec les promeneurs. Il veut que chacun participe à son œuvre. Il s’inspire des remarques faites par les flâneurs.
Il me donne mon nom: Escalade. Oui, car ici dans cette vallée l’alpinisme se confronte à ce granit, si robuste, si compact et si puissant.
Regardez-moi. Admirez les 4 faces de mon bloc !

Je suis à l’image de l’esprit rude du montagnard.
Je suis là, ancrée dans ce paysage, près de cette maison qui voit défiler tant de guides connus ou pas, et dont l’activité, l’escalade, est le cœur de leur vie.
A mon pied le nom de Chamonix est gravé car je devais partir représenter la station ailleurs!
Le choix de mon sculpteur était «ESCALADE»
Finalement je suis restée ici. Gilles a eu la modestie de ne pas graver son nom.
Dommage ! , ne mériterait-il pas d’avoir son nom gravé à mon pied?

 

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Une belle histoire de famille : les frères Payot

 

Au fronton du très beau bâtiment Art Déco du centre ville trône une inscription « Frères Payot ».

Mais qui sont donc ces Payot ?

Pierre Payot nait en 1791. Il réside au hameau de  la Mollard. Il participe à l’équipe réussissant l’ascension du Mont Blanc avec Marie Paradis en 1808.  Ce Pierre sera plus tard le guide d’Alexandre Dumas. Il achète au centre du bourg vers 1825-1830 une maison située sur la place Balmat actuelle. Il y installe un commerce de quincaillerie, de ventes d’objets sculptés, car il est tourneur sur bois, mais aussi quelques cristaux et diverses pierres… Un commerce lucratif…

 

 

 

François Joseph Payot
copyright François Payot 

 

Famille de François Payot 1870 Copyright François Payot 

Son second fils, François, le seconde rapidement dès 1841. Le  magasin connaît un vrai succès … Une sorte de drugstore avant l’heure où l’on pouvait trouver une grande variété d’objets. Devenu  maître de poste, il encaisse les réservations  des diligences s’arrêtant près de sa boutique. Profitant du nombre toujours plus nombreux de touristes, il commence à changer des devises suisses, françaises, anglaises ou sardes… Et avec ce fond de trésorerie, il finit par prêter à Charlet ou à Couttet, ou à Simond, qui font confiance à ce chamoniard de souche qui veut bien attendre les prochaines récoltes pour être remboursé.

François meurt en 1876, il a 55 ans. Il est père de 5 enfants. Deux  meurent en bas âge. Trois marqueront de manière durable la vie chamoniarde : Paul, Jules et  Michel. Les trois  frères font  des études brillantes au Collège Impérial de Bonneville.

Paul, déjà enfant, écrivait « …si tout l’univers était une bague, Chamonix en serait le diamant ». C’est dire l’amour qu’il portait déjà à sa vallée. Jeune homme, il séjourne en Angleterre,  il est secrétaire d’un lord britannique et se familiarise avec  la comptabilité. A la mort de son père François, il prend le relais, il liquide la quincaillerie et concentre ses activités sur les opérations de banque, de crédit, d’assurances et même d’organisation de voyages ! La banque Payot est créée entre 1875 et 1878. L’établissement prospère si bien qu’en 1927 il entreprend la construction au centre de Chamonix d’un bâtiment pur Art Déco pour abriter sa banque, témoin de la prospérité de Chamonix. (voir article sur banque Payot).  Passionné de sa vallée, il devient maire à l’âge de 31 ans, il sera l’un des plus jeunes maires de France. Il reste 12 ans à la tête de la commune de 1888 à 1902.

Paul Payot banquier et sa femme vers la fin de sa vie
copyright François Payot

Maire durant la Belle Epoque, il accompagnera avec enthousiasme les projets du PLM,  l’arrivée de l’électricité, l’implantation de l’Observatoire Vallot, le projet du Montenvers… Paul Payot était très aimé et très  respecté des chamoniards. Son rôle de banquier ou de maire ne l’ont jamais éloigné des nécessités de ses compatriotes. Il meurt en 1939.

 

 

Jules, le second fils, fait des études de philosophie. Très intéressé par les  questions de morale et d’éducation,  il écrira de nombreux ouvrages  qui seront appréciés dans le milieu enseignant du début du XXe  siècle. Il fait une magnifique carrière dans l’Education Nationale.En 1907 il est nommé recteur de l’Académie de Chambéry et  d’Aix en Provence, il connaît une réelle reconnaissance  des intellectuels de l’époque. Anticlérical, laïc notoire deux de ses livres seront mis à l’index par le Vatican. Il laisse  quelques beaux ouvrages dont l’un appelé « les Alpes éducatrices » qui montre  son attachement à sa vallée.  Il fera quelques tentatives en politique mais s’abstiendra très vite… Ce n’était pas sa « tasse de thé » !  . La légende familiale raconte qu’il aurait rencontré à Chamonix  un certain Vladimir Oulianov… Le fameux Lénine …(voir article : http://www.blogdechristineachamonix.fr/la-rencontre-de-jules-payot-enfant-du-pays-avec-vladimir-illitch-oulianov-devenu-lenine/

 

Michel, le troisième sera médecin.  Il fait  ses études à Paris et passe sa thèse sur un sujet de chirurgie. Il revient à Chamonix, s’installe et rapidement se fait particulièrement apprécier par les chamoniards dont il prend soin  avec beaucoup d’attention. Curieux, sportif, il découvre avec ses amis, lors d’une exposition Internationale à Paris, des skis exposés par la Norvège. Ce moyen de déplacement le séduit immédiatement.

Très vite, avec ses amis guides, ils entreprennent d’améliorer  les skis et réalisent ainsi équipés quelques belles premières dont la première traversée Chamonix  Zermatt en 1903 avec le fameux Ravanel le Rouge. On le voir partout, à toutes les manifestations de ski, de bob, de patinage, attentif à la bonne organisation des compétitions de ces nouvelles activités chamoniardes. Il crée le premier Club des Sports de Chamonix.

Il assiste, passionné,  au premier concours de ski international à Montegenèvre en 1907   et dans la foulée organise le second concours à Chamonix en janvier 1908. Il crée un comité, le préside et se donne entièrement à l’organisation de ces jeux qu’il veut somptueux.  Parce qu’il n’abandonne pas  ses malades, lors d’un déplacement au village du Tour pour un accouchement, il prend ses skis et par moins 30° il va au Tour. Cette expédition lui sera fatale. Très malade, il se relève cependant pour accueillir l’équipe norvégienne de ski. La pneumonie s’installe et Michel Payot  meurt quelques jours plus tard à l’âge de 39 ans . Chamonix est atterré, attristé et ce seront plus de 2 500 personnes qui seront présentes à son enterrement.

 

En 1912 une statue est élevée en son honneur, elle disparaît malheureusement  durant la seconde guerre mondiale.  Le maire Jean Lavaivre accorde une concession perpétuelle au cimetière.

Et on le retrouve sur la fresque de la rue Paccard.

Michel Payot laisse un souvenir ému dans la vallée.

Les trois frères auront laissé chacun leur marque à tout jamais dans l’histoire de la Vallée de Chamonix

UN GRAND MERCI à FRANCOIS PAYOT descendant de de Paul Payot banquier qui m’a largement aidé pour constituer ce dossier sur sa famille.

Histoire et  patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

ENFIN

LE GRAND HOTEL DU MONTENVERS

A RETROUVE SON NOM !

C’est tout simplement le respect de son histoire que l’on se devait de garder !

Les pérégrinations de l’église de Servoz !

 

En 1091,  lors de la donation de la vallée de Chamonix à l’abbaye bénédictine de Saint Michel de la Cluse,  le village de Servoz dépendait des sires du Faucigny  pour la partie située au nord  du confluent de l’Arve et de la Diosaz.  En ce XIe siècle,   une  paroisse  dénommée «  paroisse du lac » existait déjà et, semble t’il, dépendant du prieuré de Peillonnex  situé en Faucigny pas loin de Bonneville.

L’église était  située à peu près  au niveau de l’actuelle chapelle Notre Dame du lac  et donc sur la rive gauche de l’Arve. Avec cette donation,  elle se trouvait sur  le territoire du prieur de Chamonix ! Mais la paroisse, elle,  s’étendait sur l’ensemble des hameaux aussi bien rive droite que rive gauche. Pas simple !  Donc une église sur le territoire du prieur mais une paroisse sur le territoire des Faucigny…!  Cette limite de territoire ambiguë entraîne, dès les débuts de l’histoire de notre vallée,  des conflits,  ou des accords signés  en fonction des besoins et  des pouvoirs de certains que ce soit du côté du prieuré de Chamonix, de  la famille de Faucigny, de la noblesse locale ou encore de  la paroisse qui a dépendu pendant longtemps du prieuré de Peillonex. Peu de documents existent sur cette première église.

En 1337, il est décidé de reconstruire une nouvelle église sur la rive droite de l’Arve, est ce pour échapper au prieur de Chamonix ? Peut être bien ! Cette église n’était sans doute pas très riche à la lecture de l’inventaire et du procès verbal réalisés par Mgr Jean de Bertrand venu le 15 août 1413. « Eglise pauvre, mauvais toiture, bons paroissiens » !

Mais c’était sans compter sur les éboulements du massif des Fiz qui jalonnent l’histoire de la plaine de Servoz. L’effondrement  de 1471 modifie les cours de l’Arve et de la Diosaz et l’église, du coup,  se retrouve à nouveau sur la rive gauche de l’Arve, si bien que le  prieur de Chamonix  estime que la paroisse doit tomber sous sa juridiction. Il  proteste à chaque venue de l’évêque pour en obtenir la gouvernance.  C’est vers 1484 que l’appellation passera de notre Dame du Lac à Eglise Saint Loup, en effet la légende raconte  que l’archevêque de Tarentaise fit don à la paroisse des reliques de ce saint.

 

Les « chirves » résistent au prieur de Chamonix ! Pour échapper définitivement « aux atteintes de l’inondation et de la juridiction du prieur »  les paroissiens décidèrent en 1537 de construire  l’église du Bouchet   à son emplacement actuel.

 

L’église, telle que nous la connaissons’ sera construite de  1694 à 1697 et consacrée en 1702. Il est évident que les bâtisseurs de l’époque utilisent des éléments qui appartenaient à l’église antérieure puisque la date 1537 est inscrite en haut de la porte latérale.

Cette église a conservé son très bel aspect  d’origine, la façade élégante est  typique des églises baroques  du XVIIIe.Le porche abrite la porte d’entrée dont les vantaux, bien qu’endommagés durant la période révolutionnaire,  sont un magnifique travail d’ébénisterie. Là on retrouve saint Loup, vocable de la paroisse,  en tenue d’évêque,  écrasant un petit dragon.

 

 

Le décor intérieur démantelé aux cours de la frénésie révolutionnaire  retrouvera un nouveau décor en 1838 pour le maître autel et  en 1842 pour les deux autels latéraux.

 

 

 

 

 

le clocher édifié en 1746 mais détruit lors de cette même période de la révolution sera refait en 1854.

 

 

 

 

L’église saint Loup est la plus ancienne église de la Vallée de Chamonix

Sources : Histoire des communs savoyardes, monographie de Servoz de l’abbé Michel Orsat, Le Mont un hameau de Servoz
( association histoire et traditions)

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

L’histoire du SAVOY Hôtel devenu Folie Douce en 2018

L’hôtel le  Savoy était occupé depuis 1963 par le CIT puis en 1970 par le  Club Méditerranée. Cette année il va vers un nouveau destin. Mais connaissez vous son histoire ?

Photo collection Gay Couttet

Elle s’appelle Sarah, est la quatrième de la fratrie de 5 enfants de la famille François Couttet dit « Baguette ». Elle a 16 ans à la mort de son père, 18 à la mort de sa mère.  Élevée dans la pure tradition hôtelière depuis sa petite  enfance, elle seconde sa sœur aînée Aline  pour gérer l’hôtel familial du Grand Hôtel Couttet, jusqu’à la majorité de ses frères Jules  et Joseph.

En 1899 à l’âge de 26 ans elle se marie avec Adolphe Tairraz le frère du grand photographe Georges Tairraz. Dans la succession elle hérite d’un beau terrain au pied du Brévent. Et c’est là qu’en 1901 elle lance avec l’aide d’un emprunt auprès d’une banque suisse la construction d’un hôtel de luxe. Elle l’appelle le Savoy Hôtel, nom choisi en raison du célèbre « Savoy Hôtel » de Londres connu par toute la clientèle internationale. C’est le cabinet d’architecture genevois De Morsier et Weibel qui construit cet élégant hôtel à l’image des palaces européens. Celui-ci connait immédiatement un vif succès. C’est le premier hôtel à posséder l’eau courante dans toutes les chambres dont les suites possèdent des salles de bain. Un ascenseur est installé

en 1903 et un orchestre joue tous les soirs dans la grande et magnifique salle à manger de l’hôtel.

Adolphe meurt  en 1906 la laissant seule avec 2 enfants Armand et Germaine. Elle a 33 ans. Seule, elle gère avec brio l’hôtel. En pleine Belle Epoque le Savoy Hôtel connait un réel succès. On y voit la reine d’Italie, son altesse impériale et royale Otto de Habsbourg, la belle actrice Rose Caron ou le milliardaire américain Pierpont Morgan et même le légendaire Buffalo Bill en 1907 !  Elle s’engage alors dans le projet d’un agrandissement. Sous la conduite d’un autre cabinet d’architecture genevois c’est Joseph Guglielmetti entrepreneur ambitieux qui le réalise.  Ce sera la magnifique aile couronnée d’un toit pyramidal et sur lequel elle fait sculpter une croix de  Savoie de chaque côté du balcon supérieur. Dans la même année elle inaugure cette aile particulière et  épouse l’entrepreneur le 7 juillet 1911 avec qui elle aura 4 enfants.

SAVOY PALACE. Publicité été avec les tennis années 1935 Collection BERNADETTE TSUDA

 

L’hôtel prend le nom de Savoy Palace.

SAVOY PALACE-
Publicité hiver avec le téléski années 1935
Collection
BERNADETTE TSUDA

Il connait alors ses heures de gloire jusqu’à l’entrée en guerre de la première guerre mondiale. Les années d’après guerre appelées les « années folles » voient arriver au palace une clientèle excentrique, riche.Les journaux locaux se font l’écho de ces fêtes somptueuses se déroulant au Savoy palace : « orchestres, danse, bals masqués,  fêtes mondaines et galas, compétitions de tennis » sont les publicités de l’époque. Avec l’arrivée de la seconde guerre mondiale son fils Armand Tairraz prend la relève et gère le palace un temps avec son demi frère Charles Guglielmetti.

En 1945-1946 l’architecte Henri Jacques le Même aménage la terrasse supérieure. L’hôtel reprend en 1947 son nom d’origine « Savoy Hotel » perdant sa qualité de palace, Armand ayant beaucoup de peine à maintenir à flot cet ancien hôtel de luxe. Les travaux de modernisation sont trop coûteux et de plus il ne s’entend guère avec son demi frère et les frais liés à l’indivision sont  particulièrement élevés pour Armand.

 

Le glorieux établissement sera finalement acheté en 1960 par le baron Elie de Rotschild, très vite il se rend compte qu’il perd chaque année 50 millions de francs. Confié à un fond de pension l’hôtel est  loué au CET ( (club européen du Tourisme) en 1963 . Ce CET Absorbé par le Club Méditerranée  le Savoy deviendra en 1970 un de ses fleurons.

Depuis de nombreux travaux ont été réalisés.Mais quasiment tout du décor original disparaît dans des travaux de modernisation. Fort dommage car on aurait pu, à l’image du Majestic, garder et rénover au moins l’ensemble des salons et salle à manger ! Même l’escalier principal a disparu !

 

Le Savoy Hôtel n’est plus occupé par le Club Méditerranée. Propriété d’un fond de pensions il est à ce jour loué à un nouveau groupe hôtelier appelé Folie Douce.

L’ensemble du rez de chaussée a été entièrement détruit pour ne faire qu’un seul et unique espace .  Heureusement que la façade extérieure est protégée sinon…qu’aurions nous vu ?  Plus rien n’existe du palace d’antan , ici les murs sont bruts de décoffrage! Le décor est surprenant ! parfois intrigant. En tout cas très décalé. Certains peuvent aimer !

La façade principale est , de nuit, éclairée par une lumière passant du bleu au rose…à l’image des maisons closes des années 1900 !

L’entrée ouvre sur un bar monumental, de là un escalier conduit dans une fosse où musique ,  danseurs , clients se mêlent dans une rumeur houleuse et bruyante. Trois restaurants aux thème différents se trouvent sur le même niveau. 250 chambres aux tarifs variés du très cher au bon marché, 220 personnes y travaillent….

Le temps passe, que restera t’il de cet ancien palace fleuron de l’architecture chamoniarde .

Les deux Croix de Savoie ornant le balcon supérieur de l’aile construite en 1911 et la très belle ferronnerie typique Art Nouveau

 

Histoire et Patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Extrait de l’émission des Racines et des Ailes sur le patrimoine de Chamonix

Qui était donc Sylvain Couttet ?

 

 

 

 

Aux Rebats se trouve une des maisons  typiquement chamoniarde de la fin du XIXe. Édifiée à une période où l’on redoute les incendies destructeurs, son propriétaire l’a édifiée  selon un style purement local.  Construite en pierres et ciment recouverts de crépi, elle est toute simple.

A sa construction, en 1898, elle fut construite pour devenir la « Pension Sylvain », ce qui justifie évidemment quelques chambres ouvertes sur un balcon pour profiter de la vue sur le Mont Blanc. Mais qui est donc ce Sylvain ?

Ce Sylvain fait partie de ces personnages emblématiques oubliés de l’histoire locale. Sylvain Couttet, guide, a laissé dans la mémoire alpine quelques souvenirs remarquables. Particulièrement dynamique, il tient avec sa femme le pavillon  de Pierre Pointue situé sur le chemin vers le Mont Blanc. C’est là qu’il va se faire remarquer, car volontiers disponible, il accompagne bien souvent de nombreux touristes vers la cabane des Grands Mulets et vers le sommet du Mont Blanc.

En 1866, en raison du nombre croissant de visiteurs, la compagnie des guides décide d’édifier un nouveau refuge aux Grands Mulets. Sa construction est confiée à Sylvain Couttet, à  charge pour lui de transporter les matériaux, ce qui sera fait avec l’aide des guides chamoniards.

Cette même année il interrompt ses  travaux pour  participer aux secours lancés par le guide François Couttet et Gabriel Loppé partis à la recherche d’un des frères Young décédé au cours de la descente du Mont Blanc.

Toujours en 1866,   plus tard dans la saison, parti avec le capitaine Arkwright,  il échappe à l’avalanche meurtrière qui ensevelit le capitaine et deux de ses guides. Désespéré,  il assure durant plus de 15 jours les recherches afin de retrouver ses compagnons d’infortune mais jamais il ne retrouva le corps du jeune anglais !

Plus tard encore, en 1870, lors de cet été mémorable où le temps n’a jamais été clément, on retrouve notre gardien toujours prompt à partir au secours des accidentés, malheureusement cet été là sera un été funeste puisque onze individus décédèrent en raison du très mauvais temps.Il montre toujours une grande compassion envers les familles.

Sylvain va tenir ce refuge de 1866 à 1881. A la lecture des journaux de l’époque,  les alpinistes parlent de lui comme… « le meilleur guide de Chamonix, qui passe sa vie sur les glaciers et qui a conduit de nombreux voyageurs au sommet de la cime ; il est de bon conseil, bon à l’action, a l’expérience de la montagne, a du sang froid, est courageux et est une force de la nature… »…

Le 31 janvier 1876,  à 42 ans, il participe à la première ascension du Mont Blanc en hiver avec le couple Charlet-Stratton . Et c’est à lui que l’on doit le récit de cette ascension publiée dans les journaux de l’époque.

En 1881, il abandonne la gestion du refuge des Grands Mulets. Il assurera un temps la gestion de l’hôtel Beau Site puis construit en 1898 une pension appelée Pension Sylvain. Il n’en profite que très peu puisqu’il décède en 1900.

Sa femme Marie Denise Charlet, avec qui il avait escaladé le Mont Rose en guise de voyage de noces, tient l’auberge jusqu’en 1907, année de son décès.

Bibliographie : Le Mont Blanc de Charles Durier, Les fastes du Mont Blanc de Stephen d’Arve, le « XIXe » journal quotidien l’Abeille, « le petit journal »

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

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