Tag: histoire Chamonix

Les divers refuges construits au sommet de l’Aiguille du Goûter

 

1854 : un abri en pierres construit par Charles Loiseau. Abri surnommé «  la cabane à l’oiseau ».

1858 : premier refuge pouvant abriter 4-5 personnes. Il faudra 80 ascensions de porteurs pour apporter les planches au sommet ! Restauré en 1882.

1906 : construction d’un nouveau refuge juste à côté du refuge précédent. Il peut abriter 7 personnes. Haut de 1m80. Mesure de 4.20mX3.20m.

 

1936 : nouveau refuge de 30 places construit sur emplacement du refuge de 1858 . Refuge privé.

Acheté en 1942 par le CAF.

 

 

1957 – 1960 : agrandissement du refuge de 1936 . Usage de l’hélicoptère pour monter le matériel. Inauguré en 1962.

1989 – 1990 : Refuge 1906 est démantelé et à sa place est construite une annexe de 40 places.

 

 

2010-2013

construction du refuge actuel mais sur un lieu plus éloigné des anciens refuges

Les mulets dans la vie chamoniarde au cours du XIXème siècle

 

Nombre de photos belles et variées nous montrent l’importance qu’ont joué les mulets dans le développement touristique de Chamonix.

Les touristes n’étaient pas toujours des marcheurs habitués à la montagne, aussi ce moyen de déplacement leur convenait parfaitement.

Il faut savoir que pour ces mulets il y avait une réglementation très stricte liée à celle de la compagnie des guides.

Dans le règlement de 1879 de cette compagnie, il y a une dizaine d’articles concernant les mules et mulets!

Tout d’abord, dans la première quinzaine du mois de mai, se pratiquait la revue des mulets et de leur harnais. Ceci sous le contrôle du maire, du président du conseil d’administration, du guide chef, d’un vétérinaire, d’un sellier. Si les bêtes étaient impropres au service elles étaient refusées. Et si pendant la saison une monture était signalée comme vicieuse ou inadaptée à sa fonction on procédait à une expertise spéciale.

C’est le guide chef qui les inscrivait au tour de rôle si elles étaient reconnues aptes au service.

C’est encore lui qui fournissait le nombre de montures nécessaires pour chaque client.

Les mulets et montures étaient sujets à un tour de rôle comme les guides.

Chaque monture devait être munie d’une selle pour hommes et d’une selle pour femme, des harnais, bâts, courroies et autre objets nécessaires, le tout devant être en bon état.

Dans les passages difficiles, les voyageurs ayant plus de quatre mulets devaient avoir deux guides. Et si les excursionnistes étaient des dames il ne pouvait y avoir moins de deux guides pour trois mulets.

Il était interdit de maltraiter les mulets sous peine de privation de tour de rôle.

Une famille avait droit à un seul mulet par saison.

Une mule ne pouvait être inscrite que par son propriétaire.

Chaque monture portait au sabot son numéro d’ordre et était numérotée aux frais de la compagnie.

Le mulet arrivé en retard ou pas convenable harnaché perdait son tour de rôle.

Il fallait payer un droit d’inscription et les frais de visite de 4 francs.

Le prix de la course du mulet était payé au guide qui l’avait dirigé.

Ce guide devait immédiatement payer son dû au propriétaire du mulet sinon il perdait son tour de rôle.

Le guide qui proposait aux voyageurs une bête non inscrite au tour de rôle prenait le risque, non seulement d’une forte amende, mais aussi de perdre son tour de rôle.

Tout guide qui avait maltraité ou laissé stationner le long des routes, devant les auberges ou ailleurs, les montures qui lui avait été confiées était passible de la perte du tour de rôle ou pire en cas de récidive.

Il était interdit à tout jeune homme de retourner les montures avant l’âge de 14 ans. Les guides qui employaient comme « rantourneurs » des enfants âgés de moins de 14 ans étaient passible de perte de deux tours de rôle.

Les mulets seront pendant plus de cinquante ans au cœur de la vie touristique de la vallée. Lors du projet de la construction du train du Montenvers, les chamoniards se sont fortement opposés à ce nouveau moyen de transport, voyant là une concurrence néfaste à leur activité. Les mulets connaîtront encore au début du XXème siècle une activité touristique, pour le glacier des Bossons, le Brévent, la Flègère, le glacier d’Argentière… Mais la modernité et les débuts des téléphériques marqueront la fin définitive de ce type de locomotion.

 

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

La saison touristique à Chamonix en 1865

Les visiteurs  fréquentent pourtant le prieuré de Chamonix depuis près d’un siècle. En 1783 ils étaient 1 500 ! En 1830 on en compta 3 000.

En 1861, la vallée est française depuis un an, l’Etat  se préoccupe du tourisme et édite déjà une série d’ouvrages afin de promouvoir la Savoie. De magnifiques lithographies sont éditées et on compte  de plus en plus de visiteurs se présenter dans ce nouvel éden touristique qu’est la vallée de Chamonix.

1865  marque la 1ère année d’une grande  fréquentation. Certes la route promise par Napoléon III n’arrive pas encore au centre  de Chamonix, mais les touristes affluent très nombreux malgré l’accès difficile avec des chars à bancs ! En 1865  on  compte 2 747 français  alors qu’on reçoit  3 669 anglais, 3 004 américains, 1 097 allemands, 227 belges, 214 italiens, 173 russes (membres de famille impériale, officiers de la garde), 119 suisses, 108 hollandais, 43 espagnols, 4 turcs, 2 indiens et 382 non répertoriés.

Soit 11 789 visiteurs au pied du Mont Blanc alors que Saint Gervais ne reçoit que 320 étrangers et seulement 32 voyageurs se rendent dans  la vallée du Giffre. Le nombre des visiteurs à Chamonix aura quadruplé  en  35 ans. L ‘état s’en félicite et on précise que… 

«l’intérêt de Chamonix n’est pas seulement local , c’est un intérêt général, Chamonix est le rendez vous des touristes du monde entier et leur affluence par la facilité des communications deviendra une source inépuisable de prospérité pour notre département ! »

Les jours de pointe sont les 16 et 17 juillet,  22 et 29 août.

Cette même année, 35 alpinistes réussissent l’ascension du Mont Blanc.

 En ces années de milieu de siècle  Chamonix a déjà une grande expérience de l’accueil, les hôtels sont nombreux.

 On cite les hôtels suivants :

– L’hôtel Royal (actuel  Casino) de grande réputation,

– Hôtel de Londres et d’Angleterre,

– Hôtel de l’Union (construit en 1816. détruit en 1930),

– Hôtel de Saussure ou Grand Hôtel Impérial (actuel Hôtel de Ville),

– Hôtel de la Couronne, (actuelle résidence du  Relais de poste)

– Hôtel du Nord,

– Hôtel Mont Blanc,

– Palais de Cristal,

– A la Réunion des Amis chez Simond ( il est précisé propre et prix modérés),

– Pension des Alpes.

Il  est notifié que l’on trouve des Bains à l’hôtel Royal et à l’hôtel de Londres.

 Sur le guide Joanne (ancien guide bleu) de 1865 il est précisé que : « ces hôtels, surtout les trois premiers, sont aussi bien tenus que ceux des grandes villes,  mais… depuis 20 ans ils ont beaucoup élevé leurs prix. Du reste pendant les mois de juillet et août, il est souvent difficile de s’y procurer une chambre. »

Publicités dans journaux de Genève

 

 

 

 

A Chamonix,  on trouve des cafés avec des billards,  des cabinets de lecture, des magasins de diverses denrées. On informe que l’on peut admirer les plans en relief du Mont Blanc chez un certain Michel Carrier.

La poste est ouverte tous les jours de 7h du matin à 21h !

On recommande la boutique de Venance Payot, naturaliste,   pour la qualité et la variété de ce qui y est vendu. On mentionne les photographies publiées par les frères Bisson, Baldus, Soulier, Ferrier, Braun…

On évoque également le règlement de la Compagnie des guides datant de 1862 avec ses diverses particularités!  On donne avec précision les tarifs des guides, des porteurs, des mulets. On recommande certains plus que d’autres !

La liste des excursions  est longue : les différentes cascades,  le Brévent, le Montanvers, Le Jardin de Talèfre,  la source de l’Arveyron, le Mont Blanc.

Le 10 octobre la saison ferme. Le poste de gendarmerie détaché pour Chamonix est dissous. Les hôtels ferment.

Tout est décrit dans le moindre détail dans ce guide. Cet ouvrage très instructif est  incroyablement précis et enrichissant pour qui veut connaître les débuts du tourisme dans cette vallée des Alpes.

1865 marque le début d’une longue aventure touristique pour la vallée de Chamonix….

 

Bibliographie :

Guichonnet, Revue de géographie alpine de 1944 numéro 4 . La saison touristique à Chamonix en 1865

Le bulletin, journal de l’arrondissement de Bonneville – 1865

Guide Joanne : Itinéraire de la Suisse – 1865

A Joanne : Voyage en Suisse

 

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

Pourquoi le Buet est il surnommé le « Mont Blanc des Dames »

Le Buet est le sommet le plus élevé de Vallorcine. Il culmine à 3096m.

Le Buet s’appelait au XVIIIème siècle  « la Mortine » signifiant « terrain schisteux et délité » d’après le patois « mortena ».

1765 : première tentative d’ascension par Jean André Deluc et son frère, savants genevois.

septembre 1770  : ces mêmes frères Deluc atteignent les premiers le sommet du Buet, par le versant de Sixt. Ils y mènent une série d’expériences dont le calcul du temps nécessaire pour porter de l’eau à ébullition à cette altitude. Ils sont les premiers à utiliser le baromètre pour mesurer une altitude. On considère cette épopée comme la première ascension en haute montagne dans les Alpes.

1775 : première ascension depuis Vallorcine (par le vallon de Bérard) par Marc Théodore Bourrit accompagné de son guide vallorcin Pierre Bozon. Il lui fallut d’abord établir que cette montagne appelée « la Mortine » par les habitants de Vallorcine était bien ce que les habitants de Sixt appelaient « le Buet ».

1776 : Horace-Bénédict de Saussure reprend l’itinéraire de son compatriote. Il y fait des observations préalables à l’ascension du mont Blanc.

Mais pourquoi donc ce sommet est il surnommé le « Mont Blanc des Dames » ?

Beaucoup pensent qu’en raison de son altitude moins élevée que le Mont Blanc et à sa ressemblance avec celui-ci il est plus aisé d’accès pour les femmes. Explication bien accommodante. Mais est ce bien cette raison ?

 Si à Chamonix on se glorifie, avec raison,  en 1786 de la réussite de la première ascension du Mont Blanc, on a occulté une première féminine réalisée durant ce même mois d’août 1786.

Effectivement  trois jeunes femmes anglaises  (19, 30 et 36 ans ) originaires du Devonshire  gravissaient le Buet accompagnées de Jean Pierre Béranger et du guide Jean Baptiste Lombard. Elles deviennent les premières femmes à gravir un sommet de plus de 3000m.

Cette information a été rapidement oubliée.

 On retrouve trace de cette ascension dans une lettre écrite par Th. Bourrit   «… trois dames anglaises du nom de  Parminter, sont aussi montées sur le glacier du Buet, conduites par M. Bérenger et le guide nommé Grand Jorasse. Elles ont eu quatre heures de neige à parcourir avant d’atteindre le sommet… ». (lettre du 20 septembre 1786)

Hans Ottokar Reichard dans le guide suisse de 1793 raconte à propos du Buet … « pendant que j’étais à Chamonix trois anglaises du nombre desquelles étaient Miss Parminter firent cette ascension… »

De même dans la revue de  l’Alpine Club de 1957 Gavin de Beere fait connaître aux alpinistes britanniques le nom des femmes dont parle Bourrit. « …en août 1786 le Buet était tenté par Mlles Jane, Elisabeth et Mary Parminter originaires  du Devonshire ». « …Mr Berenger et deux dames y  sont parvenus ». précise Gavin de Beere. Il est probable que deux de ces demoiselles, Jane et Mary, sont allées au sommet, la troisième étant handicapée… « Elle n’a pu se résoudre à mettre le pied sur la neige » et aurait  attendu ses compagnes plus bas. Il sera d’ailleurs un temps appelé le Parminter Peak. In « 1786 Jane, Elizabeth Mary Parminter climbed Mont Buet of 3096 metres in the Alps. The three Parminter ladies are now recognised as the first women to reach any alpine summit over 3000 metres”.

 Hélas, nous n’avons  pas de récit écrit par ces fameuses miss anglaises. Nous savons par la famille qu’elles s’embarquent d’Angleterre le 23 juin 1784 pour plusieurs années afin de réaliser le fameux « Grand Tour », qu’elles ont beaucoup arpenté les montagnes voisines du Valais, qu’elles sont deux sœurs, Jane et Elisabeth et qu’elles ont en charge leur cousine orpheline Mary. Elisabeth est handicapée et d’ailleurs mourra très jeune.

 Ce qui est intéressant à noter c’est  que les hommes n’étaient pas les seuls anglais à entreprendre ce Grand Tour, mais qu’en 1784, trois jeunes femmes fortunées, se sont également lancées dans cette aventure.

Ce fut donc probablement la raison pour laquelle le Buet est appelé le « Mont Blanc des Dames » car il a été gravi pour la première fois par des femmes, la même année que la première ascension du mont Blanc.

 On leur doit bien cet honneur !

Bibliographie : 

Bourrit . Lettre du 20 septembre 1786

Ottokar Reichard : guide Joanne de Suisse 1793

Revue Alpine Club : 1957

Bulletin Amis Vieux Chamonix 2016

 

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

A Chamonix, qu’est-ce que  le Pont de Cour ?

 

A Chamonix, franchir l’Arve, passer d’une rive à l’autre, est pour nous une habitude quotidienne.  Traverser l’Arve autrefois  était une problématique majeure pour nos anciens. 

Aujourd’hui, nous avons un grand et large pont de pierres situé entre la poste et le bar de la Terrasse. Ce lieu s’appelle, depuis le Moyen Age, le Pont de Cour. Et de ce pont part le plus ancien chemin de Chamonix qui se dirige, au-delà de la rive gauche, vers les villages des Mouilles et de la Frasse.

On le trouve parfois orthographié Cour, Court ou encore Couz.

Mais alors pourquoi dans certains documents trouve-t-on parfois Couz? Couz dans les Alpes signifie un col. Ici ? Un col ?  Peut être un lieu ou les berges se resserrent? En tous cas certainement un lieu où il était relativement aisé de traverser grâce  à  une passerelle.

En 1435, à la lecture des actes signés entre les prieurs et les communiers, on apprend que les riverains ont l’obligation d’entretenir les routes et les ponts, mais on ne relève rien de précis concernant notre pont au cœur de Chamonix.

 Ce Pont de Cour fut en 1635  l’objet d’une transaction entre la communauté de Chamonix et le chapitre de la collégiale de Sallanches. Il est précisé que « la communauté de Chamonix sera tenue à perpétuité de rendre accessible le Pont de Cour avec une largeur suffisante pour y passer les chariots, à la charge néanmoins que les seigneurs du Chapitre seront tenus de faire le port de tout le bois et qu’ils seront tenus de le couper dans la dîmerie de l’église du lieu »

Ainsi, un seul pont de bois donnait accès à la rive gauche, régulièrement emporté par les débordements  de l ’Arve. Cette petite passerelle  n’était pas plus large d’un mètre. L’Arve, rivière indisciplinée au cours changeant,  avait pour habitude de déborder de ses berges, et la passerelle de bois était bien souvent détruite.  Mais toujours  elle fut reconstruite au même endroit. Paul Payot,   dans son livre « Au royaume du Mont Blanc », nous apprend que le 18 septembre 1801 le pont de Cour est tombé avec sept vaches appartenant aux frères Désailloud…  Les vaches n’ont pas eu de mal, heureusement !

L’Arve rivière indisciplinée au cours changeant, avait pour habitude de déborder de ses berges,  pour preuve certaines photos de 19è qui nous montrent l’Arve et l’Arveyron, ainsi que le torrent de Blaitière, s’étalant largement au delà de leurs rives gauches.

 

Il faudra attendre les années  1840, sous le régime du royaume de Piémont Sardaigne, pour que certains travaux d’endiguement soient engagés. C’est d’ailleurs durant cette période que l’on voit la construction en encorbellement de la pension de la Terrasse. Les travaux   de canalisation  reprendront sous le régime français dans les années 1870-1880.

Il est instructif de regarder les diverses vues, tableaux lithographies représentant ce pont de bois. Tout d’abord passerelle étroite peu engageant, on la voit se transformer, devenir de plus en plus large.

 

Le pont sera refait à neuf en 1832, puis construit en pierre en 1880, et encore élargi à son emprise actuelle dans les années 1970.

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la commune des Houches une statue monumentale : le Christ Roi

 

A 1265 m d’altitude,  on la distingue à peine dans le paysage, perdue qu’elle est dans l’immensité de la montagne. Il faut être à son pied pour  prendre la mesure de cette statue monumentale. Elle mesure 25 mètres de haut, pèse 500 tonnes. Imposante, campée sur un éperon rocheux de 50m, elle domine de  200 m le  fond de la vallée  face au Mont-Blanc.

Carte postale années 1940…

 

Mais quelle est donc l’histoire de cette statue inaugurée en août  1934? Pourquoi à cet endroit  dans la vallée de Chamonix  une statue du Christ Roi ?

 

C’est un abbé,  l’abbé Claude Marie Delassiat, curé des Houches en 1926, qui rêve de rendre hommage au pape Pie XI mieux connu, dans la vallée,  sous le nom d’Achille Ratti. Il avait gravi le Mont Blanc côté italien en 1890, il  avait logé aux Houches. Devenu pape, il  avait proclamé, dans une encyclique, la royauté universelle du Christ c’est-à-dire la primauté du Christ Roi sur l’homme alors que monte en Europe la vague des dictatures. Cette statue veut symboliser l’amour et la paix entre les hommes. Projet soutenu non seulement par l’évêque, le Vatican et les instances politiques mais aussi par les habitants de la vallée. Désir de paix de la part de l’église  ? volonté de domination par la foi ? Les années 1930 sont troubles, elles  annoncent un chaos que nul ne peut imaginer.L’Eglise cherche à prévaloir sa volonté sur l’esprit laïc dominant de l’époque.

L’abbé  lance une souscription. En 3 ans il récolte la somme nécessaire pour la réalisation de son projet.

On fait appel à un sculpteur parisien, George Serraz , spécialiste de l’art religieux. L’architecte Viggo Féveile, installé à Chamonix,  supervise l’ensemble des travaux. Ce sera donc une statue monumentale en béton, matériau devenu à la mode depuis l’après guerre. On imagine les difficultés rencontrées pour la réalisation des travaux dans ce lieu qui n’était desservi par aucune route carrossable. La base de la statue  sera composée de blocs de béton coupés en tranches, puis assemblées sur place. Le buste, les bras, la tête sont réalisés tout d’abord  en terre. De ces réalisations on en ferra des moules en plâtre. Le béton sera alors coulé dans ces moules. Quelques détails seront travaillés directement sur le béton frais.

Le socle de ce monument abrite  une chapelle avec deux autels où deux prêtres pouvaient officier en même temps. Elle et est décorée de diverses statues dont un buste du pape Pie XI et d’une statue de « Marie reine du monde ».  Un escalier tournant  de 84 marches à l’intérieur  permet d’accéder à une plateforme dissimulée derrière la couronne. On dit même qu’un passage existe le long du bras qui bénit !

 

Cette statue est non seulement typique de l’art religieux de l‘époque dans un contexte international de gigantisme mais elle est par ailleurs une émanation explicite de l’Art Décoratif. Cette expression artistique de l’entre deux guerre se révèle ici dans cette statue monumentale. L’ « art déco » est l’art du modernisme. Tout d’abord on utilise les nouveaux matériaux, ici ce sera le béton. Puis « l’art déco » est l’art  de la géométrie, de la symétrie, en rupture avec « l’art nouveau » qui est l’art des circonvolutions. La statue du Christ Roi est représentative de cette vision moderne.

Grâce aux drones on peut aujourd’hui mieux apprécier cette statue  emblématique quelque fois moquée pour sa silhouette massive.

Son intérêt historique mérite qu’on l’apprécie.

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Autres statues monumentales de Christ Roi :

Brésil à Rio : statue de 25m de haut sur un piédestal de 85m – 1931

Portugal à Almada Lisbonne : 28m de haut sur un portique de 82m – 1949-

Suisse dans le Valais à Lens: statue de 15m su socle de 15m – 1935

Pologne à Świebodzin : statue de 33 m de haut – 2010

Bibliographie :

Gilbert Gardes Histoire monumentale des deux Savoies

Revue de l’illustration 1934

Yves Borrel : document écrit  pour la commune des Houches

Paul Guichonnet : Encyclopédie savoyarde

 

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Lorsque la Montagne Maudite devient le Mont Blanc

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Pierre Martel – 1744 – « Veüe de la vallée de Chamonix et des glacières ». « Divers animaux qui habitent en montagne ». Gravure à l’eau forte – Collection privée

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Chamonix n’a jamais été  une vallée ignorée.

Depuis le tout début du Moyen Age elle voit passer du monde : des marchands, des prêtres, des collecteurs d’impôts, des diacres, des juges etc… De même, le chamoniard a l’habitude de circuler hors de sa vallée. Nombreux sont les documents relatifs à la vie  du ,En 1580, un archidiacre Bernard Combet décrit d’une manière précise les glaciers de la vallée.  Nicolas de Crans, commissaire de la chambre des comptes de Savoie, se rend à Chamonix  en 1601 puis en 1616 et évoque les glaciers et la destruction des villages de Bonnenay et Châtelard. En 1606, lors d’un voyage pastoral, l’évêque François de Sales évoque ces « monts affreux » qui l’impressionnent particulièrement. Puis viendront tout au long du 17ème  ses successeurs pour exorciser ces montagnes de glace. En 1626 accompagnant l’atlas  de Mercator, on trouve cette allusion au sommet des Alpes ,  « …la plus haute montagne du pays est la « glaciale » appelée maudite par les habitants à cause des neiges perpétuelles dont se forme le cristal ». De même en 1669 Chamonix est mentionné par René le Pays .

Copie de Mappe sarde centre Chamonix

Et finalement en 1730 sera cartographiée  avec précision toute la vallée de Chamonix, sur un cadastre instructif mais dont seront exclus montagnes et glaciers.

 

 

 Mais en juin 1741,  pour la première fois, deux voyageurs viennent pour contempler, pour observer cette montagne maudite que l’on voit de Genève. Messieurs William  Windham et Robert Pocoke, gentlemen anglais, sont les premiers visiteurs qui  désirent voir ces montagnes maudites. C’est  totalement nouveau. 

L’un d’eux, William Windham,  relate son voyage dans un récit manuscrit qui circulera dans la haute sphère bourgeoise de Suisse. Il évoque le Montenvers et ce glacier des Bois qui l’impressionne, il le compare à un lac gelé.  Il ne fait cependant aucune allusion au Mont Blanc.

L’année suivante, en 1742, Mr Pierre Guillaume  Martel (ingénieur – mathématicien savant), après un échange de courriers avec Mr  Windham, décide de se rendre en  ce lieu si étonnant. Ce sera au mois d’août. Il vient avec quelques amis, apportant avec lui baromètres et instruments de mesure. Il monte découvrir le Montenvert et  la  « vallée de glace ». Il mesure les hauteurs diverses des lieux où il se rend, il évoque avec minutie « les glacières et leurs fentes ».

Pour la première fois dans l’histoire des Alpes il donne  le nom de Mont Blanc à la sommité la plus élevée. Il comprend que cette pointe  « mousse « (mot pour dire arrondi) est le point culminant malgré les apparences.

La montagne maudite  est donc baptisée  « MONT BLANC  » en ce mois d’août 1742 ! Jusqu’à ce jour,  aucun sommet du massif n’avait été nommé. L’ensemble s’appelait « les glacières » ou « la montagne maudite ».

 

En 1743, la relation de ce voyage est  publiée dans le Journal Helvétique de Neufchâtel, puis l’année suivante en 1744 à Londres sous forme de livret  le texte  de Mr Widham et le récit de Pierre Martel sont édités dans une brochure intitulée « An account of the glacières or Ice in Savoy ».

vallee-de-chamonix-par-pierre-martelDans celle-ci  se trouvent deux planches, gravées à l’eau forte, représentant les glacières de Chamonix. C’est la première représentation  du Mont Blanc et du village de Chamonix !  Mont Blanc qui d’ailleurs apparaît plutôt comme une aiguille rocheuse !

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« View of ice valley, and moutains that surround it from Mont Anver « – Robert Price

De même sur ce document figure  un vue intitulée «  view of ice valley, and mountains  that surround it, from Mont Anver » . Elle est signée Robert Price, il  ne s’était pas rendu dans la vallée mais il  avait  réalisé ce dessin d’après les descriptions que lui avaient faites Mr William Windham.

 

 

 

Cette publication jouera un rôle déterminant pour Chamonix. Ce sera le début du tourisme dans la vallée .

Histoire et patrimoine Vallée de Chamonix –
Christine Boymond  Lasserre
SOURCES : 
William Widham et Pierre Martel. Relatons de leurs deux voyages aux glaciers de Chamonix – 1879  – Editions Imprimerie de Ponnant Genève. BNF
Le Mont Blanc vu par les peintres de Jacques Perret et Loïc Lucas. Editions du Belvédère
Mont Blanc, conquête de l’imaginaire. Collection Paul Payot –  Editions La fontaine de Siloë.

Regards sur les Alpes. Jacques Perret. – Editions du Mont Blanc.

La première représentation picturale du massif du mont Blanc

 

Voici un tableau étonnant. Il date de 1444 et a été réalisé par le peintre souabe Conrad Witz. Commandé par l’évêque de Genève pour la cathédrale Saint Pierre,  il représente comme il se doit une scène religieuse. Celle-ci intitulée « la pêche miraculeuse » est peinte au bord du lac Léman.

 

Effectivement, la scène se passe sur la rade du lac. On y voit le Christ, les pêcheurs avec leur filet sur la barque et Saint  Pierre patron de la cathédrale de Genève nageant vers Jésus. On comprend évidemment toute la symbolique religieuse de ce tableau.

Mais ce qui est tout à fait exceptionnel pour l’époque c’est l’arrière-plan. Un  paysage topographique précis. Bien peu de tableaux,  en cette période de fin du gothique début Renaissance,  laissent une place aussi  importante aux sites naturels environnants.

Certes, au 15ème siècle,   de nombreux tableaux ont pour décor un paysage. Mais celui-ci n’est jamais  identifiable. Il est virtuel, imaginaire, il sert de décor, ou alimente une métaphore ou une symbolique comme dans certains tableaux de peintres flamands ou même de Léonard de Vinci.

Ici ce n’est pas le cas. Le décor  est exact,  conforme   à la réalité.

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On remarque très bien, sur la droite, la ville de Genève dont certaines maisons reposent sur des pilotis,  le château de l’Ile (de nos jours au centre de la ville). A l’arrière les murs d’enceinte et des petits personnages   brandissant le drapeau de la  maison de Savoie.

On admirera surtout les détails du paysage sur le fond de cette scène. On y voit distinctement le Môle au centre, le Salève à droite, les Voirons à gauche et tout au fond le Massif du Mont Blanc, le massif  Ruan – Buet – Tenneverge, et à droite celui des Bornes – Aravis.

C’est la première représentation connue de l’ensemble des ces montagnes.

 Il faudra attendre plus de trois  siècles avant que le Mont Blanc ne fasse son apparition dans la peinture.

Ce tableau a été restauré en 2013. Il fait partie d’un ensemble de 4  panneaux visibles au musée d’art et d’histoire de Genève. A voir absolument.

 

 

Histoire et patrimoine Chamonix – 
Christine Boymond Lasserre
Sources :
Musée Art et Histoire de Genève .
Ouvrage : le Mont Blanc vu par les peintres (Editions du Belvédère)
Auteurs : Jacques Perret et Loïc Lucas
 

 

 

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