janvier 2017 archive

Lorsque la Montagne Maudite devient le Mont Blanc

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Pierre Martel – 1744 – « Veüe de la vallée de Chamonix et des glacières ». « Divers animaux qui habitent en montagne ». Gravure à l’eau forte – Collection privée

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Chamonix n’a jamais été  une vallée ignorée.

Depuis le tout début du Moyen Age elle voit passer du monde : des marchands, des prêtres, des collecteurs d’impôts, des diacres, des juges etc… De même, le chamoniard a l’habitude de circuler hors de sa vallée. Nombreux sont les documents relatifs à la vie  du ,En 1580, un archidiacre Bernard Combet décrit d’une manière précise les glaciers de la vallée.  Nicolas de Crans, commissaire de la chambre des comptes de Savoie, se rend à Chamonix  en 1601 puis en 1616 et évoque les glaciers et la destruction des villages de Bonnenay et Châtelard. En 1606, lors d’un voyage pastoral, l’évêque François de Sales évoque ces « monts affreux » qui l’impressionnent particulièrement. Puis viendront tout au long du 17ème  ses successeurs pour exorciser ces montagnes de glace. En 1626 accompagnant l’atlas  de Mercator, on trouve cette allusion au sommet des Alpes ,  « …la plus haute montagne du pays est la « glaciale » appelée maudite par les habitants à cause des neiges perpétuelles dont se forme le cristal ». De même en 1669 Chamonix est mentionné par René le Pays .

Copie de Mappe sarde centre Chamonix

Et finalement en 1730 sera cartographiée  avec précision toute la vallée de Chamonix, sur un cadastre instructif mais dont seront exclus montagnes et glaciers.

 

 

 Mais en juin 1741,  pour la première fois, deux voyageurs viennent pour contempler, pour observer cette montagne maudite que l’on voit de Genève. Messieurs William  Windham et Robert Pocoke, gentlemen anglais, sont les premiers visiteurs qui  désirent voir ces montagnes maudites. C’est  totalement nouveau. 

L’un d’eux, William Windham,  relate son voyage dans un récit manuscrit qui circulera dans la haute sphère bourgeoise de Suisse. Il évoque le Montenvers et ce glacier des Bois qui l’impressionne, il le compare à un lac gelé.  Il ne fait cependant aucune allusion au Mont Blanc.

L’année suivante, en 1742, Mr Pierre Guillaume  Martel (ingénieur – mathématicien savant), après un échange de courriers avec Mr  Windham, décide de se rendre en  ce lieu si étonnant. Ce sera au mois d’août. Il vient avec quelques amis, apportant avec lui baromètres et instruments de mesure. Il monte découvrir le Montenvert et  la  « vallée de glace ». Il mesure les hauteurs diverses des lieux où il se rend, il évoque avec minutie « les glacières et leurs fentes ».

Pour la première fois dans l’histoire des Alpes il donne  le nom de Mont Blanc à la sommité la plus élevée. Il comprend que cette pointe  « mousse « (mot pour dire arrondi) est le point culminant malgré les apparences.

La montagne maudite  est donc baptisée  « MONT BLANC  » en ce mois d’août 1742 ! Jusqu’à ce jour,  aucun sommet du massif n’avait été nommé. L’ensemble s’appelait « les glacières » ou « la montagne maudite ».

 

En 1743, la relation de ce voyage est  publiée dans le Journal Helvétique de Neufchâtel, puis l’année suivante en 1744 à Londres sous forme de livret  le texte  de Mr Widham et le récit de Pierre Martel sont édités dans une brochure intitulée « An account of the glacières or Ice in Savoy ».

vallee-de-chamonix-par-pierre-martelDans celle-ci  se trouvent deux planches, gravées à l’eau forte, représentant les glacières de Chamonix. C’est la première représentation  du Mont Blanc et du village de Chamonix !  Mont Blanc qui d’ailleurs apparaît plutôt comme une aiguille rocheuse !

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« View of ice valley, and moutains that surround it from Mont Anver « – Robert Price

De même sur ce document figure  un vue intitulée «  view of ice valley, and mountains  that surround it, from Mont Anver » . Elle est signée Robert Price, il  ne s’était pas rendu dans la vallée mais il  avait  réalisé ce dessin d’après les descriptions que lui avaient faites Mr William Windham.

 

 

 

 

Cette publication jouera un rôle déterminant pour Chamonix. Ce sera le début du tourisme dans la vallée .

 

Texte de William Windham et Pierre Martel à découvrir sur la BNF

 

 

 

Histoire et patrimoine Chamonix – Christine Boymond Lasserre

SOURCES : 

William Widham et Pierre Martel. Relatons de leurs deux voyages aux glaciers de Chamonix – 1879  – Editions Imprimerie de Ponnant Genève. BNF

Le Mont Blanc vu par les peintres de Jacques Perret et Loïc Lucas. Editions du Belvédère

Mont Blanc, conquête de l’imaginaire. Collection Paul Payot –  Editions La fontaine de Siloë.

Regards sur les Alpes. Jacques Perret. – Editions du Mont Blanc.

La première représentation picturale du massif du mont Blanc

 

Voici un tableau étonnant. Il date de 1444 et a été réalisé par le peintre souabe Conrad Witz. Commandé par l’évêque de Genève pour la cathédrale Saint Pierre,  il représente comme il se doit une scène religieuse. Celle-ci intitulée « la pêche miraculeuse » est peinte au bord du lac Léman.

 

Effectivement, la scène se passe sur la rade du lac. On y voit le Christ, les pêcheurs avec leur filet sur la barque et Saint  Pierre patron de la cathédrale de Genève nageant vers Jésus. On comprend évidemment toute la symbolique religieuse de ce tableau.

Mais ce qui est tout à fait exceptionnel pour l’époque c’est l’arrière-plan. Un  paysage topographique précis. Bien peu de tableaux,  en cette période de fin du gothique début Renaissance,  laissent une place aussi  importante aux sites naturels environnants.

Certes, au 15ème siècle,   de nombreux tableaux ont pour décor un paysage. Mais celui-ci n’est jamais  identifiable. Il est virtuel, imaginaire, il sert de décor, ou alimente une métaphore ou une symbolique comme dans certains tableaux de peintres flamands ou même de Léonard de Vinci.

Ici ce n’est pas le cas. Le décor  est exact,  conforme   à la réalité.

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On remarque très bien, sur la droite, la ville de Genève dont certaines maisons reposent sur des pilotis,  le château de l’Ile (de nos jours au centre de la ville). A l’arrière les murs d’enceinte et des petits personnages   brandissant le drapeau de la  maison de Savoie.

On admirera surtout les détails du paysage sur le fond de cette scène. On y voit distinctement le Môle au centre, le Salève à droite, les Voirons à gauche et tout au fond le Massif du Mont Blanc, le massif  Ruan – Buet – Tenneverge, et à droite celui des Bornes – Aravis.

C’est la première représentation connue de l’ensemble des ces montagnes.

 Il faudra attendre plus de trois  siècles avant que le Mont Blanc ne fasse son apparition dans la peinture.

Ce tableau a été restauré en 2013. Il fait partie d’un ensemble de 4  panneaux visibles au musée d’art et d’histoire de Genève. A voir absolument.

 

 

Histoire et patrimoine Chamonix – 
Christine Boymond Lasserre
Sources :
Musée Art et Histoire de Genève .
Ouvrage : le Mont Blanc vu par les peintres (Editions du Belvédère)
Auteurs : Jacques Perret et Loïc Lucas
 

 

 

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