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Au Dolent ? Problème de frontière ou pas ?

Écrit le : 30 août 2025

Dans le massif du mont Blanc il n’y a pas que son sommet qui est un sujet de questionnement concernant le passage exact de la frontière !

Le Dolent perché à 20 km au nord-est du mont Blanc, incarne un autre cas d’école des complexités frontalières en montagne. Traditionnellement il   est présenté comme le point triple entre la Suisse, la France et l’Italie, mais à regarder son histoire  on découvre  des imprécisions, souvent  des malentendus et parfois  des ajustements diplomatiques qui ont alimenté les débats pendant plus d’un siècle.

Mont Dolent au fond du cirque d’Argentière. Photo Christian Pourré. Site : hautesavoiephotos.com

Peut-on parler de frontière théorique ?

Dès le traité de Turin (1860) et le procès-verbal d’abornement de 1862, le sommet — alors nommé mont Grapillon — est désigné comme le point de départ des frontières entre les trois pays. Mais  comment borner une frontière sur un sommet que personne n’a encore foulé ?

En 1862 le sommet est décrit comme inaccessible . Cependant il est gravi pour la première fois deux ans plus tard, le 9 juillet 1864 par les Britanniques Edward Whymper  et Anthony Adams Reilly avec les guides chamoniards Michel Croz, Henri Charlet et Michel-Clément Payot.

Le tripoint frontalier est il un mythe ?

 En 1891, un traité franco-suisse tente de clarifier la situation en décrivant le mont Dolent comme le « point commun aux frontières franco-suisse, italo-suisse et franco-italienne ». Mais cette définition n’est  basée que  sur une approche géométrique et théorique et se heurte donc  rapidement à la réalité du terrain.

A la lecture des spécialistes historiens et géographes des bornages on découvre que, contrairement à une idée reçue, le sommet du mont Dolent n’est donc pas le vrai tripoint. Car  dès 1929, les géographes révèlent une erreur persistante : le point où se rencontrent les trois frontières se situe en réalité 150 mètres plus bas, sur la crête nord-est, à 3 749 mètres d’altitude. Le sommet lui-même est donc italo-suisse, et non franco-italo-suisse.

Pour la France son sommet est le tripoint avec la Suisse et l’Italie. Pour la Suisse et l’Italie, le tripoint est le nœud orographique à 150 m au nord-ouest du sommet, ce dernier étant sur la frontière italo-suisse !

Dans les faits chaque pays gère une partie du massif, mais sans borne physique claire au sommet. Les glaciers, en mouvement constant, compliquent encore la délimitation précise. 

Des versants partagés sont ils des enjeux territoriaux ?

La répartition des versants entre les trois pays ajoute une couche de complexité. Sur  le versant français se situe  la face ouest et le glacier d’Argentière .Sur le versant italien : la face sud et le glacier de Pré de Bar, descendant vers le val Ferret italien. Et sur le versant suisse : les glaciers du Dolent (sud-est) et de l’A Neuve (nord-est), dominant le  val  Ferret suisse. Ou se situe donc la frontière ?

Un siècle de négociations et d’ajustements

Convention entre la Suisse et la France relative à la délimitation de la frontière entre le mont Dolent et le lac Léman,  est conclue le 10 juin 1891, approuvée par l’Assemblée fédérale le 26 juin 1892. Instruments de ratification échangés le 20 juin 1900. Entrée en vigueur le 22 novembre 1902.

La Convention de 1941 entre la Suisse et l’Italie tente de fixer la frontière italo-suisse entre le Run Do (Cima Garibaldi) et le mont Dolent .Mais évidemment, des questions subsistent  car :

  • Comment concilier les traités historiques avec les réalités géographiques ?
  • Faut-il déplacer les bornes pour refléter la topographie exacte ?
  • Qui a autorité pour trancher en cas de litige?

Ces incertitudes illustrent les défis posés par les frontières en haute montagne, où les conditions extrêmes et l’évolution des glaciers rendent toute délimitation définitive presque impossible.

Un symbole des limites de la diplomatie territoriale

Le cas du mont Dolent montre que les frontières en montagne ne sont pas seulement une question de lignes sur une carte, mais aussi de perception, d’usage et de traditions. Malgré les traités, les ambiguïtés persistent, rappelant que la nature ne se plie pas toujours aux accords humains!

L’avantage du Dolent c’est qu’il reste un sommet difficile d’accès.

L a frontière n’est pas vraiment définie ! Mais qui s’en soucie ?

Sources!

Procès verbal  dressé à Turin le 26 septembre 1862 http://bornes.frontieres.free.fr/histoire/PV_du_26_septembre_1862.ht.

0.132.349.11  Histoire Confédération suisse  Convention du 10 juin 1891 entre la Suisse et la France relative à la délimitation de la frontière entre le mont Dolent et le lac Léman

Marcel Kurz, « Le Mont Dolent », L’Écho des Alpes, 1910, p. 180-220

François Schröter, Les frontières de la Suisse: Questions choisies, Schultess, 2007 , « Le tripoint entre l’Italie, la France et la Suisse au Mont Dolent », p. 101-105.

Gérard Bordes, Grande Encyclopédie de la Montagne, t. 3, Paris, Atlas, 1976,

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Christine Boymond Lasserre

Guide conférencière

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