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Dans la longue histoire du ski en vallée de Chamonix , deux sœurs oubliées : Georgette et Suzanne Thiolière

Écrit le : 1 février 2026

Avec le début des JO 2026 à Milan Cortina d’Ampezzo. 70 ans après ceux de 1926 il est bon de rappeler celles qui ont marqué l’histoire du ski à Chamonix

Les débuts d’un duo prometteur

Nées toutes deux aux Bossons — Georgette en 1920 et Suzanne en 1924 — d’un père forgeron et d’une mère née Balmat, les sœurs Thiolière grandissent au pied du Mont-Blanc, dans une vallée où le ski devient peu à peu une véritable passion.
Comme beaucoup d’enfants d’avant-guerre, elles chaussent très tôt les skis. L’une est blonde, l’autre brune, mais toutes deux partagent la même énergie et le même enthousiasme.
Dès les années 1940, alors que le ski de compétition en est encore à ses balbutiements, Georgette et Suzanne se distinguent par leur style vif, joyeux et audacieux. Leur bonne humeur et leur dynamisme séduisent journalistes et spectateurs : les sœurs Thiolière deviennent rapidement des figures locales bien connues.

Georgette Thiolière : la pionnière

Première femme monitrice de ski en France

Brune, déterminée et élégante, Georgette obtient durant l’hiver 1941-1942 son diplôme de monitrice de ski — elle est la 107e personne diplômée, mais surtout la première femme à décrocher ce titre historique.
Il faudra d’ailleurs attendre dix ans avant que deux autres femmes, Olga Chappaz et Lucienne Schmidt, obtiennent à leur tour le précieux diplôme.
Georgette fait sensation : la presse de l’époque salue son audace et son talent. Elle organise en Auvergne des stages de préparation au monitorat de ski où elle impressionne par son charisme et sa maîtrise.

Carrière sportive remarquable

  • 1941 : entrée dans l’équipe de France.
  • 1942 : tout en poursuivant ses études d’institutrice, elle remporte le championnat de France de descente à Serre Chevalier, devenant la première Française à décrocher ce titre.
  • 1946 : de nouveau championne de France en descente.
  • 1948 : participe aux Jeux olympiques de Saint-Moritz avec sa sœur Suzanne et leur frère Henri — un événement familial inédit pour l’époque. Georgette manque de peu le podium du slalom, terminant 4ème
Georgette prête serment lors des championnats de France et le fraterie aux JO de saint Moritz en 1948

LA CONSECRATION INTERNATIONALE

1950 : aux Championnats du monde d’Aspen (États-Unis), Georgette décroche la médaille de bronze en descente et la 8e place en slalom.

Séduite par l’ambiance d’Aspen, elle s’y installe, trouve l’amour et entame une seconde carrière… dans la mode et le stylisme.
Son nom devenant difficile à prononcer pour les Américains, elle adopte celui de Trilère. La Française au charme discret séduit la presse américaine par son élégance et son talent de skieuse. Georgette Trilère laisse dans cette station huppée l’image d’une femme libre, avant-gardiste et raffinée.

Suzanne Thiolière : la téméraire

Une skieuse audacieuse et lumineuse

Sur les traces de son aînée, Suzanne, la blonde, se révèle vite aussi passionnée que casse-cou. Douée, rapide et technique, elle fait preuve d’une grande détermination malgré de nombreuses chutes et blessures dues à sa témérité.
Souriante, belle et accessible, elle charme autant qu’elle impressionne.

Un palmarès élogieux

  • 1944 : championne de France de descente à Serre Chevalier.
  • 1947 : championne de France de descente et médaille de bronze en combiné à Megève.
  • 1948 : à 24 ans, elle prend la 6e place de la descente aux Jeux olympiques de Saint-Moritz.
  • 1949 : 2e place du slalom aux championnats de France.
    Elle participe à trois championnats du monde :
    • 1950 (Aspen) : 8e place en descente.
    • 1954 (Åre) : 8e place en slalom géant.
    • 1958 (Bad Gastein) : 5e place en slalom — son meilleur résultat.

Une carrière médiatique et artistique

En parallèle de sa carrière sportive, Suzanne apparaît dans plusieurs courts métrages célébrant la montagne et l’alpinisme :

  • 1947 : Les Flammes de pierre de Gaston Rébuffat.
  • 1953 : La Grande Descente de Georges Strouvé.
  • 1966 : Les Conquérants de l’inutile de Marcel Ichac.

Son sourire radieux, sa grâce sur les skis et son naturel devant la caméra la rendent inoubliable dans le cœur de ceux qui ont connu cette époque dorée du ski français.

Épilogue : deux sœurs, une même trace

Les sœurs Thiolière incarnent à merveille l’esprit pionnier de la vallée de Chamonix : audace, élégance et passion.
Oubliées des grandes chroniques sportives, elles furent pourtant des symboles de liberté et de modernité dans un monde encore dominé par les hommes.
Deux sœurs, deux tempéraments, une même flamme : celle de la montagne er du ski.

Et les commentaires de l’époque sur le ski pratiqué par les femmes …

Le ski n’est pas un sport pour les femmes !!!!

Un grand merci à Eric Thiolière qui m’a confié largement l’ensemble de ses archives

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Christine Boymond Lasserre

Guide conférencière

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