novembre 2017 archive

Dans le cimetière de Chamonix 2 tombes avec des skis

 

Dans le cimetière nombreuses sont les tombes avec piolet , cordes rappelant l’alpinisme , activité emblématique de Chamonix. Et, bien que le ski fasse partie de la culture chamoniarde,  seules deux tombes sont ornées d’une paire de skis. Ces skis recouvrent  entièrement les 2  pierres tombales. Pas d’autres accessoires, afin de  rappeler à tous l’importance que ces skis ont pu jouer dans la vie de ces deux « chamoniards » enterrés ici.

Elles sont donc uniques.

Ces deux tombes rappellent un moment de l’histoire du ski de la vallée.

Ici on retrouve le Docteur Hallberg et le beau « Muck » personnage illustre de la vallée.L’un est allemand, l’autre polonais.

En 1929 tous deux écriront en français et en commun un ouvrage intitulé «  le ski par la technique moderne » qui ferra le buzz lors de son édition.

Le docteur Hallberg, passionné de ski,  apporte  sa connaissance médicale et son regard habitué des sportifs, Muck , exceptionnel skieur,  apporte sa connaissance de la montagne ,du ski en tous genre puisqu’il  pratiquait aussi bien le ski que le ski de fond et le ski de saut.

Ce livre  sera réédité trois fois en français et une fois en italien avec les corrections apportées en raison de l’évolution  rapide des techniques et de la pratique du ski.

Cet ouvrage illustré de plus de 200 dessins est novateur en France. Les auteurs  s’arrêtent sur l’importance de l’équipement , du choix des skis, des farts, des bâtons, des fixations, de l’entraînement. 

Puis ils abordent les différentes techniques de l’époque : christiania, télémark, lifted stem, ski de saut, ski en haute et moyenne  montagne, ski de descente et de slalom.

Mais on y découvre aussi un très grand chapitre sur les régimes alimentaires, sur l’hygiène du sportif, sur  l’importance de la  préparation physique et mentale et également toute une médecine sportive qui est totalement novatrice dans ces années d’entre deux guerres.

Cette partie est incroyablement moderne et d’actualité !

Le succès de cet ouvrage vient de la clarté des explications, des dessins précis et très évocateurs. D’autant qu’à cette époque les écoles des diverses techniques se querellaient bien souvent.
le docteur Hallberg écrira un autre livre en 1936 juste avant la domination de la méthode décrite par Emile Allais qui deviendra la technique adopté par toutes les écoles de ski de France .

Ces deux personnages, un peu oubliés, laissent donc à Chamonix leur empreinte sur l’évolution technique du ski. Leurs deux tombes nous le rappellent.

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

James Couttet : un grand homme de la vallée

 

 

Dimanche 19 novembre 2017  aux Bossons, les Chamoniards ont honoré James Couttet, un « babotch » hors du commun et sacrément attachant.

En 1938, il devient à l’âge de 16 ans 1/2  champion du monde de descente à Engelberg,  devant Emile Allais! Et il est vainqueur du Kandahar en 1939 à Mürren. L’avenir s’annonce plein d’espoir pour ce jeune sportif au talent incroyable. Mais  l’arrivée de la guerre stoppe cet envol phénoménal et James, dès lors, participera aux combats dans la résistance avec ses fidèles compagnons.  Dès 1945, il s’inscrit au concours du stage de guide et sort major,  devant Jean Farini son complice, Lionel Terray et Marcel Burnet. C’est dire son talent et ses capacités. Il se remet à la compétition: vainqueur du Kandahar en 1947, puis à Mürren en 1948 .

La consécration arrive en  1948  aux J.O. de Saint Moritz où il obtient la médaille d’argent en slalom et celle de bronze en combiné. En 1950, il est médaillé d’argent en descente et médaillé de bronze en géant au championnat du monde d’Aspen.

Il pratique son métier de guide  avec passion.  Il réalise le 22 juillet 1945 avec Gaston Rébuffat la première ascension de la face nord du requin. Mais  en  1949,  dans la descente de la Verte par l’arête du Moine, sa vie de guide bascule, deux de ses  clients trouvent la mort. Comment se remettre d’un tel drame? Il consacre alors désormais tout son temps au ski, à la glisse.

Il reste 18 ans en équipe de France avec 17 victoires comme champion de France! Il obtient le K de diamant pour ses 8 victoires au Kandahar.

Passionné de  glisse parfaite sans heurts,  il met au point la technique du christiania léger, entraînant dans son sillage nombre de moniteurs.

Son cerveau fourmille d’idées, il invente avec son bon ami l’ingénieur Denis Creissels des boucles pour chaussures de ski et un « téléscaphe », sorte de télécabine sous-marin qui fonctionne durant trois ans à Marseille Callelongue.

Il crée avec Jean Farini le télésiège des Bossons. Sa passion est entière pour ce lieu auquel il reste attaché en y créant compétitions de skis et cours particuliers. Les championnats du monde de 1962 s’y dérouleront.

Beaucoup se souviennent  de cet homme agréable  qui, dans son magasin au centre de Chamonix, refaisait le monde!

Passionné par sa vallée, il est conseiller municipal de 1953 à 1970. Et chacun se souvient de son investissement personnel dans le développement de la vallée.

James  Couttet est certainement une des plus belles personnalités dont Chamonix peut s’enorgueillir!


Le beau « Muck »

Les anciens à Chamonix se souviennent  encore  du « Beau Muck ».

Personnage marquant de la période de  l’entre deux guerres,   «Muck »  était de toutes les fêtes, de toutes les   rencontres.  Nombreux sont les chamoniards qui en parlent encore avec humour et tendresse.

Henry Mückenbrünn, surnommé « Muck »,  arrive à Chamonix en 1924  avec l’équipe polonaise  de ski  pour participer aux J.O. Les polonais disent qu’il est venu à Chamonix seulement en 1926.

A Zakopane, son pays d’origine,  dans les montagnes des Tatras,  il est la gloire nationale. 7 fois champion de ski, 2 fois détenteur du record de saut à ski ,  il est la star de l’équipe. Très apprécié de ses compatriotes, il a laissé, encore de nos jours, un souvenir ému dans son village d’origine.

 

 

Cependant il ne retournera à Zakopane qu’une seule fois : en 1933 .Là il participera en tant que juif polonais à des jeux appelés « les maccabiades » les premiers jeux hiver juifs. Ces jeux avaient été troublés par la jeunesse anti sémite polonaise. Est ce pour cette raison qu’il ne retournera plus jamais dans son pays natal ? Nul ne le sait.

 

 

 

 

Excellent skieur, excellent sauteur,  il se lance  dans la compétition, connaissant un vif succès. Mais i l faut gagner sa vie, or on ne s’enrichit pas avec des médailles et très vite il entreprend de donner des cours.

Il co- écrira un ouvrage sur la technique de ski.

Beau  parleur, belle carrure,  il séduit immédiatement  la clientèle aisée venant à Chamonix. Il comprend tout l’intérêt de s’occuper avec  attention de ces dames un peu « inaptes» sur leurs skis. Enlacées par cet homme vigoureux qui les emmène sur les pentes enneigées,  elles se laissent griser par la vitesse… C’est fantastique ! D’autant que cet homme,  au léger accent slave,  danse  la valse à merveille. Dans les salons de l’hôtel des Alpes ou du Majestic, les jeunes chamoniardes et les belles «demoiselles» rivalisent pour essayer de se retrouver dans ses bras le temps d’une danse.

 Habile commerçant, il est le  meilleur de l’époque, vendant, revendant ce matériel de ski  toujours de plus en plus perfectionné. Ce beau skieur et ce séduisant moniteur est forcément de bon conseil… Profitant de leur naïveté, « Muck » abuse « un peu » … Mais c’est fait avec un tel charme !

Slave, c’est aussi un grand romantique … Il tombe fou amoureux de Madeleine, jeune mannequin venue présenter au col de Voza des collections de mode.

Pour elle, il devient architecte, décorateur et il construit un des plus beaux chalets des Pècles.

A l’intérieur, tout est sculpté de ses mains (ou presque) : portes, meubles, placards , plafonds. Le résultat est magnifique ! Il a un  talent incroyable issu de ses racines polonaises. A Zakopane encore de nos jours le travail du bois est remarquable.

Mais la guerre arrive avec son lot de désespérances… Dénoncé, il est arrêté par la milice, il s’enfuit et se cache dans la région d’Annecy.

Ses activités reprennent après la guerre, mais on n’est plus dans la période des années folles ! Il vend son  beau chalet et trafique un peu. Le moniteur n’est plus aussi fringuant, d’autres ont pris le relais.

Il connaîtra une fin tragique en avril 1956, emmenant avec lui dans la mort une des plus belles personnalités de Chamonix,  le guide Paul Demarchi. (Prochain article)

 

Bibliographie :

Revues e ski de la Fédération Française de Ski

Site internet de la fédération e ski polonaise

Revue Relief n° 5

 

Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Les divers refuges construits au sommet de l’Aiguille du Goûter

 

1854 : un abri en pierres construit par Charles Loiseau. Abri surnommé «  la cabane à l’oiseau ».

1858 : premier refuge pouvant abriter 4-5 personnes. Il faudra 80 ascensions de porteurs pour apporter les planches au sommet ! Restauré en 1882.

1906 : construction d’un nouveau refuge juste à côté du refuge précédent. Il peut abriter 7 personnes. Haut de 1m80. Mesure de 4.20mX3.20m.

 

1936 : nouveau refuge de 30 places construit sur emplacement du refuge de 1858 . Refuge privé.

Acheté en 1942 par le CAF.

 

 

1957 – 1960 : agrandissement du refuge de 1936 . Usage de l’hélicoptère pour monter le matériel. Inauguré en 1962.

1989 – 1990 : Refuge 1906 est démantelé et à sa place est construite une annexe de 40 places.

 

 

2010-2013

construction du refuge actuel mais sur un lieu plus éloigné des anciens refuges

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