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Étiquette : Christine Boymond Lasserre

A Chamonix une ancienne villa typique de l’Art Nouveau : l’hôtel de l’Aiguille Verte

Cet hôtel en sortie de ville, riverain de la route des Praz, mérite plus qu’une observation rapide de sa façade. Construit en ces débuts du XXème siècle, il est l’une des plus belles expressions architecturales de l’art nouveau à Chamonix. Jules Bossoney, maire de Chamonix entre 1908 et 1920, est l’initiateur de la construction de cette superbe villa en 1906, à titre privé.


Tout d’abord guide, il participe à la construction de l’observatoire Janssen et à l’édification des refuges de la Charpoua et du Couvercle. Par la suite, élu de la commune, il se révèle un maire dynamique et entreprenant en cette période faste de la Belle Epoque.
Dès l’origine, cette villa est destinée à recevoir des visiteurs, qui sont de plus en plus nombreux dans la vallée. La construction comporte deux maisonnettes identiques reliées par une entrée commune.
Chaque habitation possède un salon, une salle de bains, une cuisine, des chambres en étage, une loggia et un logement pour le personnel.
Mais l’originalité de cette villa réside dans le choix de son décor résolument art nouveau.
La façade réunit une grande diversité de matériaux : bois, faux colombages, larges verrières dans la véranda, briques dans les angles, le tout typique de cette expression artistique.


Des céramiques aux couleurs éclatantes ont résisté au temps. Magnifiques, variées, elles ornent, selon la tradition de l’art nouveau, les dessous de fenêtres. Les ferronneries en volutes des rambardes sont à l’image de ce style décoratif nouveau en France.
L’intérieur se singularise par des sols faits de carreaux de ciment joliment décorés. Différents selon les pièces, ils ont été conservés et portent témoignage des nouvelles techniques découvertes à cette période.
Cette ancienne villa illustre avec réussite la fantaisie de cette expression architecturale qu’est l’Art nouveau en cette période de la Belle Epoque. Elle montre par ailleurs la volonté d’un maire sensible aux modes décoratives et faisant preuve de modernisme.

Venance Payot (1826-1902) : guide naturaliste, éditeur, collectionneur, conseiller municipal, maire

Un chamoniard naturaliste mais aussi guide, élu local, marchand, collectionneur, éditeur…Un homme actif de son temps. Il fait le Mont Blanc à 15 ans, il sera naturellement guide et son intérêt pour la géologie, la faune, la flore, les glaciers le conduira à participer aux expéditions des scientifiques venant à Chamonix. Il accompagnera ainsi le fameux Dr Pitschener.

A plusieurs reprises conseiller municipal il deviendra maire pour deux mandats le 1er de 1863 à 1864 puis de 1881 à 1882. Il obtiendra également un siège de conseiller d’arrondissement de la Haute Savoie de 1892 à 1898. Il s’opposera farouchement au projet de la construction du train du Montenvers publiant un pamphlet virulent contre la décision de la préfecture.

Il possédait au centre de Chamonix un magasin au nom de « Cristal de roche »ou il proposait à la vente cristaux, pierres diverses, papillons, objets en tous genre, livres etc.…

Il est l’auteur de nombreux guides et brochures destinés aux touristes qu’il vendait dans son magasin ou déposait dans les hôtels de Chamonix.

Ce naturaliste atypique avait accumulé tout au cours de sa vie coléoptères, minéraux, fossiles herbiers….se constituant ainsi une des collections les plus intéressantes de la région. Il échangeait très régulièrement avec les scientifiques de l’époque et de nombreuses sociétés savantes européennes.

Un érudit à part entière.

Conscient de sa collection étonnante il décide à l’âge de 70 ans de léguer ses diverses collections à la ville d’Annecy. Les objets seront accompagnés d’une somme d’argent dont les intérêts devaient servir à perpétuité à l’entretien de ses collections. Celles-ci furent exposées a partir de 1900 dans une pièce particulière du musée d’Annecy.

Actuellement les collections sont rangées dans les magasins et réserves de la bibliothèque d’Annecy. Elles furent exposées temporairement il y a quelques années au sein même de la bibliothèque de Bonlieu à Annecy.

Celle-ci a désormais, grâce à ces collections exceptionnelles, mis en ligne  sur le site de Lectura un parcours très intéressant  et très instructif sur Venance Payot.

                              

La dernière exécution capitale à Chamonix d’un crime réalisé à Vallorcine


Elle remonte au 28 janvier 1868, huit ans après l’annexion.

Le drame de Vallorcine raconté par Stephen d'Arve

Elle est relatée par Stephen d’Arve, commissaire de police et chroniqueur de la vie chamoniarde, qui a assisté à la mise à mort sur le pré de foire, actuelle Place du Mont-Blanc.
L’homme qui a été guillotiné, condamné à mort pour assassinat par la Cour d’Assises d’Annnecy, n’avait pourtant pas tué sa victime qui avait réchappé à son agression. C’est dire à quel point la justice de cette époque était expéditive !
Depuis 1814, la décapitation n’avait plus cours en Savoie, sous le régime de laquelle la pendaison était la règle.

Le « crime » eut lieu dans la nuit du 12 au 13 août 1867, dans le petit village de Vallorcine. A 10h du soir, un homme vint frapper à la porte du presbytère et réveilla l’abbé Mariaz, curé de Vallorcine. Il lui demanda de venir porter secours à son camarade très malade, recueilli à la caserne des douaniers du Chatelard. Le curé suivit l’homme en toute confiance, mais arrivé au pont sur l’eau noire, celui-ci lui assena plusieurs coups de gourdin sur la tête puis le poussa dans le torrent. Blessé mais vivant, entrainé par le courant, le prêtre parvint un peu plus loin à se hisser hors de l’eau et alla chercher secours chez un voisin. Le bon curé n’avait pas moins que 14 blessures à la tête !
Pendant ce temps, le bandit retournait au presbytère et, sous la menace, exigeait de la servante Mélanie qu’elle lui remit les économies du curé, quatre pièces de cinq francs et sa montre en or, puis s’enfuyait.
Aussitôt, les villageois, les gendarmes et les douaniers se mirent à la recherche de l’ « assassin ». Celui-ci fut arrêté pas loin de la frontière par les douaniers. C’était un valdotain du nom de Vicquery François-Basile, scieur de long de son état. Il nia farouchement être l’auteur du crime, mais un enfant avait retrouvé son chapeau dans l’Eau noire, perdu au cours de la rixe. Le chapeau portait la marque d’un fabriquant d’Aoste, c’était une preuve ! Il fut transféré pour une nuit dans la cave de la mairie, puis à la prison de Bonneville.
Durant l’enquête, le maire de Saint Gervais fit savoir qu’en avril dernier, le sieur Vicquery s’était rendu coupable d’escroquerie auprès de deux de ses administrés en fournissant une fausse identité et de fausses lettres de crédit. Ce fait fortifia l’accusation, on avait bien à faire à un homme à l’esprit retors, capable d’ourdir les plus sordides machinations et de préméditer un crime avec des ruses d’Appache.

Le procès d’Assises s’ouvrit à Annecy le 17 décembre 1867 devant une foule nombreuse. L’accusé continua à nier toute participation au crime.
Des discussions animées survinrent entre les spectateurs du procès. Pour certains, « la peine du talion ne semble pas applicable puisque la victime a survécu ». Pour d’autres, « la loi prévoit ce cas d’assassinat prémédité, non suivi de mort, mais avec intention de la donner ».
Le jeune avocat commis fit, en vain, tout ce qu’il put pour atténuer sa culpabilité en arguant des « coups et blessures sans intention de donner la mort ». Malgré cette plaidoirie, le jury, à l’unanimité, répondit par l’affirmative aux cinq questions posées par le président. Le verdict fut rendu après une courte délibération : « La cour condamne l’accusé Vicquery à la peine de mort et ordonne que l’exécution publique aura lieu à Chamonix ».
Le pourvoi en cassation et le recours en grâce par Napoléon III furent rejetés.
La veille du jour fatidique, deux « Messieurs » sont venus à Annecy « prendre livraison » du condamné pour le conduire sur le lieu de son exécution. L’un était l’exécuteur en titre de Grenoble, l’autre celui de Chambéry. Ils étaient accompagnés de l’abbé Laffin et de quelques gendarmes . On fit croire à Vicquery qu’on devait le conduire à Chamonix pour un complément d’enquête, mais apparemment il n’en crut pas un mot. Pendant le voyage qui se fit par un froid glacial, le prisonnier refusa toute nourriture et toute boisson tandis que les Messieurs et leurs accompagnants se restauraient lors des étapes. A Servoz la calèche fut remplacée par un traineau à neige.
Pendant ce temps était arrivée à Chamonix, en provenance de Grenoble, une lourde charrette chargée de la guillotine en pièces détachées.

Après une nuit passée à la caserne de Chamonix, le condamné fut emmené à 7h du matin au Pré de foire.
Une foule d’environ 1500 personnes se pressait autour de l’échafaud, c’est-à-dire l’équivalent de la population de Chamonix. On y dénombrait une majorité de femmes. Les témoins privilégiés, dont Stephen d’Arve, assistaient à la scène depuis les balcons de l’Hôtel d’Angleterre.
Le condamné reçut de l’aumônier une dernière absolution, baisa le crucifix, et gravit les huit marches de la plateforme, soutenu par les deux exécuteurs.
C’est ainsi que fut guillotiné à Chamonix le valdotain François Basile Vicquery . « Ce n’était heureusement pas du sang français » commenteront les spectateurs…

Stephen d’ Arve ne relata toute cette histoire que 30 ans plus tard, en 1901, dans un petit livre intitulé « Le drame de Vallorcine ». Dans son épilogue, citant Victor Hugo, il pose franchement la question de l’inhumanité de la peine capitale, supprimée depuis longtemps en Suisse et en Italie. « Etait-il nécessaire de faire jaillir à si grands frais tant de sang humain sur la neige immaculée de Chamonix ? »

Qu’est ce que la fontaine de Claudine ?

Dans la collection des  tableaux de Gabriel Loppé exposés au musée Alpin  de Chamonix, une lithographie porte le titre « la Fontaine de Claudine ».

Quelle était donc cette fontaine inconnue de nos jours ?

Est-ce le fruit de l’ imagination du peintre ? Sur la lithographie,  on devine le chemin qui conduit au Montenvers. Du temps de Loppé  existait déjà  sur ce chemin la fontaine de « Caillet ». Mais pourquoi la fontaine de Claudine ?

La réponse est dans la littérature de l’époque. Un écrivain connu  en ces temps romantiques, Etienne Pivert de Senancour, se rend  à Chamonix. Il découvre la vallée et, Inspiré par ce milieu magique,  il écrit quelques ouvrages dont un intitulé « Oberman », roman où la nature,  à l’image de la vision romantique de cette période,  prend une place prépondérante.

Il écrit également un petit roman intitulé : « Claudine, nouvelle savoyarde »

Cet ouvrage très à la mode du temps de Loppé nous raconte l’histoire d’une jeune fille séduite par un anglais sur le chemin du Montenvers…  D’où le titre de la lithographie.

De quand date la route Chamonix – Martigny :

Après le rattachement de la Savoie à la France,   Napoléon III veut visiter ses nouveaux territoires  et vient dans la vallée de Chamonix. Lors de sa venue, il fait un temps épouvantable. Effaré par le dangereux chemin muletier qui le conduit à Chamonix, Il décide de financer la construction d’une route carrossable de Sallanches à Chamonix, route qui sera terminée en 1870.

Diligence au départ de Chamonix

Très vite, les diligences assureront la liaison entre Genève et Chamonix. La route nationale est tracée vers Argentière puis arrive dans la vallée de Vallorcine entre 1882 et 1886. Un nouvel itinéraire vers la Suisse est alors tracé.

Mais qu’en est il de la route de l’autre côté de la frontière en direction de Martigny ?

Autrefois, pour accéder en Suisse, les voyageurs empruntaient le col de Balme (récit de Goethe lors de son passage dans la vallée en novembre 1779) : « …notre guide nous propose de passer le col de Balme, haute montagne au nord de la vallée du côté du Valais …  de ce point élevé nous pouvons encore , si nous sommes heureux,  contempler d’un coup d’œil la vallée de Chamonix…. ».

C’est à partir de 1825 que les valaisans déposent un projet de « route à chars » pour relier Martigny à Chamonix. On décide alors de passer par la Tête noire et le col des Montets.

Le passage de la Tête noire était connu de longue date comme un étroit chemin appelé le « mauvais pas ».  Le voyageur était contraint de descendre de son mulet en raison de la difficulté du passage au dessus du vide. Le percement d’un tunnel s’impose donc, et les travaux de la « roche percée » de Tête noire sont réalisés entre 1827 et 1836. C’est à cet endroit que s’ouvre en 1834 une auberge, futur hôtel qui ne sera détruit que lors de la modernisation de la route en 1950.

Le pont au niveau de la frontière suisse-sarde est refait à neuf en 1840.

Cependant, en raison des gros frais engagés, les travaux de la route avancent lentement.

Théophile Gautier, en 1868, nous précise dans son ouvrage « Les vacances du lundi » que le trajet se fait encore à pied ou à dos de mulet, mais que la route commence à être praticable aux chars légers. Mais la pente est  si raide entre  Martigny  et  le col de la Forclaz qu’en 1871 le conseil d’Etat doit rappeler  que le parcours reste un chemin muletier interdit à tout véhicule. La route ne devient officiellement carrossable qu’en 1875 et le passage du Châtelard sera élargi en 1888. La concurrence de la route des diligences de Vernayaz, Salvan, les Marécottes et Finhaut  sera longtemps d’une vive concurrence.

De plus l’itinéraire resta longtemps dangereux et impressionnant. Dans le livre «les folles années de Chamonix », Gaby Curral Couttet raconte : « … Tête noire porte bien son nom, je n’osais regarder dans un décor triste et sombre, ces abîmes à pic… Deux voitures ne pouvaient se rencontrer sans friser la catastrophe si bien qu’il était obligatoire de téléphoner du Châtelard à Tête noire et de Tête noire à Martigny pour savoir si la voie étai libre : que de fois avons-nous été contraints de nous arrêter à Tête noire pour attendre souvent plus de deux heures le passage de la voiture engagée dans l’autre sens… maman nous racontant le parcours qu’elle avait fait en diligence où le lourd véhicule risquait à tout moment de basculer … »

Ce n’est que plus tard dans les années 1950 que la route sera modernisée devenant largement plus accessible.

Sources : Sandro Benedetti : les voies de communications et le développement touristique. Les chemins historiques du canton du Valais. Berne : 2003

2013 : le Carlton fête ses cent ans

En 1913 s’ouvre un hôtel de luxe le Carlton.
Paul Simond issu d’une des plus grandes familles hôtelières de Chamonix se lance.

Non seulement propriétaire de l’ancien hôtel de la Poste, mais également du nouvel hôtel Astoria construit en 1907, il comprend que l’ouverture de la nouvelle rue devenue avenue de la gare deviendra un centre « stratégique » majeur pour le développement hôtelier.


Nous sommes au cœur de la Belle Epoque, la clientèle provient du monde entier. Elle découvre les joies de l’hiver depuis quelques années.
Mr Simond, décide alors d’ouvrir un hôtel de tout confort, avec ascenseur, eau froide et chaude, chauffage central dans toutes les chambres, certaines de luxe avec salle de bains.


Il est de son temps. Fini les palaces à l’ancienne, il veut un hôtel moderne adoptant ce style joyeux à la mode dans toute l’Europe : l’art nouveau.
Le Carlton sera ainsi construit dans un genre tout à fait original à Chamonix.

Grandes baies en plein cintre au rez de chaussée afin de faire rentrer la lumière dans les salons et le restaurant. Façade arrondie, du jamais vu à Chamonix ! Et le granit omni présent, magnifiquement travaillé et qui sera un des derniers témoignages chamoniards de l’usage de ce matériau si dur à façonner.
Le conflit avec les propriétaires du Chamonix Palace en construction en face l’empêchera de bâtir l’ensemble prévu, et oui ces derniers ne voulaient pas perdre la vue sur le massif !

Le Carlton restera pour nous tous un des témoignages le plus attrayant de la période de la Belle Epoque et de son expression architecturale qu’est l’Art Nouveau.

Elle est classée monument historique mais le savons nous ?

Nous allons à la poste, à la banque, à la boulangerie… nous passons devant elle des milliers de fois. Y jetons-nous un regard ? La remarquons-nous ? L’avons-nous observée dans le détail ?
Et pourtant elle est classée monument historique !

_mg_0199Nous allons à la poste, à la banque, à la boulangerie…  nous pa

De quoi parlons-nous ? D’une maison, d’un bâtiment ? Non, tout simplement de la magnifique fontaine située au cœur de la place Balmat.
L e 8 juin 1860, la municipalité, pas encore française, adopte le projet d’une fontaine publique « à fixer au milieu de la place publique du chef lieu ».
Le 9 septembre 1861 la commune fait appel à «… Mr Pizelli tailleur de pierre, natif de Cambiosco en Piémont , pour l’exécution de fourniture et travaux à la construction d’un bassin en granit à établir sur la place publique . Mr Pizelli est invité à venir passer pour l’accomplissement de ses engagements et à faire exécuter à ses frais et risques tous les travaux et fournitures pour la construction d’un bassin en granit … ». Les diverses délibérations municipales des années suivantes nous apportent peu de détails complémentaires, sinon une volonté exprimée par l’administration préfectorale recommandant aux conseils municipaux la création de fontaines en eau potable afin de favoriser la distribution d’eau nécessaire à la population. D’ailleurs, une seconde fontaine sera créée dans le haut du bourg, alimentée par la source des Nants.
L’observation de la fontaine Balmat nous laisse admiratif.


Elle se compose d’un bassin taillé dans une pièce unique, un seul morceau de granit de 3.50m x2.40m, c’est à peine croyable lorsque l’on connaît la difficulté du travail de cette pierre.
Comment les graniteurs ont-ils œuvré ? D’où vient ce bloc magnifique ? Peut-être de la carrière d’Orthaz ? Ou d’une carrière plus haut située au pied de la mer de glace ? Comment l’ont-ils déplacé ? L’ont-ils creusé une fois installé sur la place ? Etaient-ils plusieurs tailleurs?
Nul ne connait les raisons qui ont conduit les autorités à décider du classement en monument historique en 1941. Mais ce qui est certain, c’est que cette fontaine, surprenante par sa taille, reste un témoignage majeur du travail oublié des graniteurs qui ont œuvré dans la vallée de Chamonix.
Originaires du Piémont, voire même des vallées plus lointaines au nord du lac de Garde, ils venaient faire une saison, travaillant dans des conditions difficiles puis repartaient dans leur famille. Ils reviendront de plus en plus nombreux lorsque Chamonix connaîtra le boum économique de la Belle Epoque. Ce sont eux qui participeront aux travaux de constructions des hôtels, des voies ferrées, puis plus tard des remontées mécaniques. Leur présence est attestée pour la construction de nombreux immeubles chamoniards. Beaucoup ont fait souche, souvent les familles aux consonances italiennes de la vallée sont héritières de ces ouvriers, sculpteurs discrets mais courageux, qui ont œuvré pour l’embellissement de notre vallée.

Un couple mytique de la Belle Epoque à Chamonix , le couple Agutte -Sembat

Un couple fusionnel exceptionnel

Un couple mythique de la Belle Epoque à Chamonix : Georgette Agutte et Marcel Sembat !
« Je ne puis vivre sans lui. Minuit. 12 heures qu’il est mort. Je suis en retard » : ainsi écrit Georgette Agutte juste avant son suicide après le décès de son mari Marcel Sembat.
Qui, à cette époque, n’a pas été touché par cette disparition sublimée ?
Mais qui étaient-ils donc ?

Photo fondation Agutte

Marcel Sembat, socialiste, député dans le XVIIIème arrondissement et ministre des transports entre 1914 et 1916 était un homme politique engagé et renommé. Il restera député jusqu’à sa mort. Il sera par ailleurs un grand amateur d’art. Son discours du 3 décembre 1912 en faveur de l’art moderne restera célèbre !


Il épousera en 1897 Georgette Agutte, femme libre, divorcée d’un critique d’art, montrant une grande indépendance d’esprit. Elle était une grande passionnée d’art dont elle fréquentait les milieux depuis sa jeunesse. Tous deux étaient des amateurs éclairés, ouverts aux tendances nouvelles. Ils auront pour amis Henri Matisse, Paul Signac, Albert Marquet, André Derain. Mécènes, ils achèteront ainsi nombre d’œuvres à ces peintres amis dont ils appréciaient le talent. (Dans les dernières volontés de Georgette Agutte la collection devait regagner un musée de province. C’est Grenoble qui sera choisi).
Georgette Agutte Sembat elle-même exposera au salon des Indépendants en 1904, elle participera à la création du salon d’automne et de 1908 à 1916, elle exposera régulièrement dans les salons de l’époque… Elle peint des paysages, des portraits, des nus .Très marquées par les impressionnistes et, les fauves, ses œuvres sont riches d’une palette originale et colorée.
Tous deux aimaient Chamonix où ils s’étaient fait construire une maison. Georgette Agutte faisait partie de ces femmes amatrices d’alpinisme en ces débuts du XXème. Plusieurs fois par an, ils se plaisaient à venir passer quelques jours face au Mont Blanc.


C’est en montagne que le 4 septembre 1922, Marcel Sembat décède d’une hémorragie cérébrale. 12 heures après Georgette Agutte le suivra dans la mort en se suicidant.
Que reste-t-il à Chamonix de ceux deux personnages à l’amour fusionnel ?


Une maison encore marquée par leur présence et huit tableaux de Georgette Agutte dans les collections du Musée Alpin (qui fait du musée alpin la seconde collection Agutte après le musée de Grenoble)
. On y découvre des œuvres maitresses consacrées à la montagne, inspirées du fauvisme. Rochers, glaciers, arbres y expriment une nature forte que l’artiste a manifestement connue intimement. Les couleurs sont chaudes, puissantes, il se dégage des œuvres une énergie profonde… Georgette Agutte aimait notre vallée.

Copyright Musée Alpin

un couple fusionnel exceptionnel

Le plus ancien hôtel d’Argentière toujours en activité ?

Construit vers 1863 – 1865 celui-ci n’a jamais changé d’activité depuis son origine. Édifié sous le régime de du nouvel Empire sous le nom d’Hôtel de la Couronne, il gardera ce nom jusqu’à nos jours.


D’après la famille Mortier ancien propriétaire, l’hôtel prit le nom de « Couronne » à l’instigation de la famille Devouassoux d’Argentière en succession de l’Hôtel de la Couronne de Chamonix détruit par l’incendie dévastateur de Chamonix en 1855. Cet hôtel (résidence Terminus actuellement), construit en 1832, était d’excellente réputation. Et reprendre le nom devait porter chance aux nouveaux aubergistes.

A Argentière, à cette même période, existait déjà une auberge, le Bellevue, datant de 1816, qui servait de relai pour les mulets. Ce village où les visiteurs commençaient à être de plus en plus nombreux manquait d’hébergement confortable.

vue hôtel de la couronne
Carte postale

L’hôtel de la Couronne sera plus agréable, sur deux étages, avec une vingtaine de chambres, certaines avec une cheminée (les conduits ont été retrouvés lors des travaux de rénovation). Ce nouvel établissement sera une étape très prisée sur le chemin vers la Suisse. Il deviendra à parti des années 1870 un relai de diligences.
Les familles propriétaires se succèdent, tout d’abord les Devouassoux, puis madame Muller, fille de la maison, ensuite Mme Lamy, petite fille, chacune apportant la modernité des temps présents.
En 1932, la maison s’agrandit d’un étage, ce qui lui donne son aspect actuel. On installe le chauffage central, grand luxe pour l’époque. Ce fut un bon choix, puisque l’hôtel sera grouillant de monde en 1937 lors des championnats du monde, sur la piste de la FIS, marquée par la victoire d’Emile Allais.

Carte postale


Monsieur Mortier prend le relai en 1958. Il affectionne cet hôtel, qu’il entretient avec persévérance et sens pratique. D’année en année il le modernise, installe des salles de bain dans chaque chambre et aménagera même une patinoire dans le jardin pour mettre à profit les froids sibériens des années 1960. Marcel Wibault assurera la pérennité de cette innovation par un superbe tableau qui rappelle aux anciens Argentérauds ces moments exceptionnels où tout Argentière se retrouvait au bord de la patinoire.
Mr Mortier, passe le relais à sa fille. Mais à 92 ans, toujours présent sur les lieux et toujours passionné, il prenait un réel plaisir à vous raconter avec moult détails ses souvenirs liés à Argentière. Une mémoire vive et intacte qui hélas s’éteint. L’hôtel connait de nos jours un nouveau propriétaire voulant lui donner son renouveau et ses éclats du siècle passé !

Il est probable que Mr Mortier serait très heureux .

Sources : famille Mortier

Viollet le Duc à Chamonix. Qui s’en souvient ?

Eugène Eugène Viollet Le Duc découvre Chamonix en 1868. Connu pour ses travaux de rénovation de bâtiments historiques, on a parfois oublié sa passion pour la montagne et ses études sur le massif du Mont Blanc.


Promeneur infatigable, il va durant plus de 10 ans se rendre l’été à Chamonix et arpenter chemins et sentiers, explorant chaque petit coin du massif du Mont Blanc. Accompagné de ses guides, il travaille du lever du jour au coucher du soleil, dormant parfois deux ou trois nuits consécutives en altitude. A Chamonix, il se raconte que Mr Viollet le Duc avait conçu un tabouret spécial. Celui-ci, monté sur des pieds aux hauteurs différentes, lui permettait de se positionner au mieux dans la pente lors de ses longues séances de dessin.
Ses études, ses esquisses, ses croquis, nous montrent un homme méticuleux soucieux de précision. Ses tableaux nous révèlent un peintre subtil maitrisant avec talent le travail de l’aquarelliste. Les atmosphères sont ressenties avec beaucoup de force et de justesse. Il réalisera plus de 600 tableaux et dessins

D’une étonnante modernité, il s’initie enfin à la cartographie et publiera en 1876 une carte à 1/40.000 du Mont Blanc admirable de minutie.

Quand il arrive à Chamonix pour la première fois en 1868, il loge à l’Hôtel Terminus tenu par Madame Tairraz.
Celle-ci, sachant à quel point il apprécie peu la clientèle séjournant à Chamonix, le recevra dès 1869 dans sa maison familiale située à la lisière de la forêt au pied du Brévent, au lieu dit « la Côte ». Madame Tairraz lui demandera alors de concevoir une seconde maison dite « maison à loyer » (une maison à loyer étant innovatrice pour l’époque puisqu’il s’agissait de construire une maison avec un logement pour le propriétaire et des logements aux étages supérieurs que l’on pouvait louer). Du jamais vu à cette époque
Viollet le Duc s’était depuis longtemps intéressé à l’architecture de montagne. Il estimait que celle-ci des était des mieux intégrées au paysage et à la morphologie des terrains accidentés.
Il se met vite à la tâche et dresse les plans de cette maison.
Il s’inspire des fermes locales pour élaborer son projet. Telle la ferme traditionnelle adossée à la pente, sa maison se composera d’une base en pierre surmontée de deux étages en bois. En amont, se trouvent cuisine, sanitaires et tout ce qui concerne la domesticité. En aval, les chambres s’ouvrent sur de larges fenêtres et balcons donnant sur le midi et les sommets.


Mais Viollet le Duc comprend aussi la nécessité d’avoir une maison moderne avec tout le confort… Chaque chambre disposera d’une cheminée et d’une salle de bain… Ce qui était révolutionnaire pour l’époque. Construite de 1872 à 1873, cette maison de Viollet le Duc se veut exemplaire. Il y montre ses talents d’architecte capable de construire une demeure confortable néanmoins inspirée de l’habitat traditionnel.

L’eau coulera bien longtemps sous les ponts avant qu’un autre architecte, Mr Henry Jacques le Même, de Megève, invente, 60 ans après, ce qu’il appellera « le chalet skieur » directement inspiré de l’habitation locale. Que de points communs entre eux !

La maison de la Côte deviendra, avec son annexe, « l’Hôtel des chalets de la Côte », tenu par Mr Harang. Puis les bâtiments seront partiellement transformés dans les années 1920 pour être occupés par une maison de santé pour enfants appelée « les Soldanelles ».

Chamonix oubliera vite ce personnage étonnant qu’était Mr Viollet le Duc.
Dans les années 1970, tout sera balayé par des promoteurs plus intéressés par le profit d’une grande résidence que par cette veille maison pour eux sans intérêt. Nul ne s’en est ému …
Dommage ! Sa vision de l’architecture moderne avait 60 ans d’avance !
Mais qui s’en souvient à Chamonix ?

Le « lac à l’Anglais ».

Pourquoi s’appelle t’il à l’anglais

Ce charmant petit lac, niché dans la forêt tout près du mur d’escalade, raconte une histoire étonnante. Celle d’un anglais si amoureux de Chamonix qu’il décide, en 1886, d’acheter ces parcelles situées à la sortie du hameau des Pècles.


A l’époque, les diligences empruntent cette route, d’où la vue est magnifique. A cet endroit, il y a deux fermes protégées par un paravalanche, et très peu d’arbres. Quelques bêtes paissent près de l’Arve. Il n’est pas difficile pour Lord Sinclair d’acquérir ces quelques prés sans grand intérêt, hormis la source qui jaillit et offre une eau limpide et surtout si fraîche. Est-ce cette belle eau qui incite notre anglais à choisir ce lieu ?

Lord Sinclair est client de François Couttet, guide et propriétaire du tout nouvel « Hôtel Couttet et du Parc ». Il vient régulièrement à Chamonix. Certainement fasciné par cette vallée enchanteresse, il cherche à créer ce qui, partout en Europe, est en vogue : un « parc à fabriques ».
En effet, depuis quelques décennies déjà, des parcs ou des jardins sont créés en de nombreux lieux afin d’inciter à la promenade, à la découverte, sans être dérangé par des éléments extérieurs.
Dans ces parcs sont construits des édifices décoratifs (appelés des « fabriques ») qui doivent dégager une atmosphère rustique, antique ou… asiatique.
Nous connaissons tous le jardin du Petit Trianon, où le promeneur traverse des rochers et des grottes aménagées artificiellement afin de lui donner le sentiment de se retrouver dans une nature sauvage ! Ou encore le parc Monceau et ses temples antiques !
Notre ami John Sinclair, particulièrement touché par la nature forte qui s’impose en ce lieu dominé par le Mont Blanc, décide alors de creuser un lac au contact de la source abondante qui nait au pied du rocher. Il plante à proximité des arbres inconnus dans la vallée. Il aménage de fausses grottes

,puis il fait construire une fausse ruine au bord de l’eau… Un petit sentier qui monte graduellement au-dessus du lac permet au promeneur de se livrer à la rêverie ou à la méditation. Nous sommes encore dans la sensibilité du romantisme finissant du XIXème siècle.

Ce petit lac est devenu la folie du moment. Tout touriste venant à Chamonix empruntait un mulet ou se rendait à pied pour aller visiter ce que chacun chantait comme le lieu « à voir ». On naviguait en barque sur le lac, on se faisait peur à franchir les pas dangereux qui permettaient d’accéder aux grottes. On poussait des portes artificielles de pierre pour passer d’une grotte à l’autre puis, tout en bavardant, on se rendait au kiosque qui dominait le lac d’où l’on avait la vue la plus merveilleuse de la vallée.

Le temps a passé. Les épicéas ont pris le dessus, créant une forêt sombre. Le promontoire fut pris d’assaut par les ronces, les grottes abandonnées furent endommagées, on créa de nouveaux aménagements.

L’intérêt se porta désormais sur le nouveau lac, plus grand, créé pour édifier les remblais de la nouvelle voie ferrée. Ce fut le nouveau lieu de rendez-vous. Seuls dans la mémoire des habitants des Gaillands resteront le nom de « lac à l’anglais » et du « kiosque à l’anglais ».

Bien plus tard, en 1939, certains chercheront la manière d’exploiter l’eau de la source si fraîche et si pure. Et dans les années 1970 de gros projets immobiliers menaceront ce lieu secret. Le terrain est alors acheté par la municipalité.

L’attraction principale est aujourd’hui le rocher d’escalade où viennent s’exercer les grimpeurs. Connaissent-ils eux même l’histoire de ces lieux ? Le calme du lac et de sa ruine est désormais animé par les cris des enfants suspendus à la tyrolienne qui le traverse. Saura t’on leur raconter l’histoire de ce lieu un peu hors du temps et riche d’une histoire originale ?

Le plus vieux parchemin de Chamonix

Les archives départementales de Haute Savoie possèdent un document des plus précieux pour Chamonix et des plus anciens pour la Haute Savoie : la charte de donation de la vallée aux moines bénédictins de saint Michel de la Cluse dans le Piémont.
Mais comment ce magnifique parchemin en bon état daté de 1091 est-il arrivé jusqu’ à nous ?


Lorsqu’en 1519 les chanoines du chapitre de la collégiale de Sallanches succèdent aux religieux de l’abbaye de saint Michel, ils descendent dans leur résidence principale à Sallanches le gros des archives de leur succursale .C’est là, dans un grenier, que le notaire Bonnefoy les découvrira en 1831 et les transférera chez lui pour les étudier. Plus de 449 liasses de l’ancienne collégiale. Celles- ci avaient échappées à la destruction des armées révolutionnaires.
Le texte de la charte n’était cependant pas inconnu puisqu’en 1660 Samuel Guichenon, érudit, le publia dans son « histoire généalogique de la royale maison de Savoie ». Mais nous devons la redécouverte de la charte à Markham Sherwill qui, en 1832, curieux de l’histoire chamoniarde, rencontre Mr Bonnefoy ce qui lui permet de remettre aux yeux du monde une part de l’histoire chamoniarde : … « à la première vue des vénérables papiers je compris la joie enthousiaste qu’éprouve un antiquaire en découvrant quelques nouveaux trésors… et la poussière qui les recouvrait paraissait aussi vieille que le Prieuré lui-même ». Il publie ainsi en 1831 à Londres la première histoire de la vallée de Chamonix.
En 1879 et 1883 Mr Bonnefoy publie les pièces les plus importantes dont la charte datée de 1091. Photographiée, elle sera alors éditée à plusieurs reprises. Vient alors en 1907 la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les documents sont rapatriés aux archives départementales.
Immédiatement, les historiens se penchent sur ce document précieux .On le soumet à l’Ecole des Chartes où l’historien Maurice Prou écrivait à son collègue annécien «je ne crois pas que l’écriture puisse être de la fin du XIème … On la daterait plutôt du milieu du XIIème, ne serait-ce pas une charte du XIème recopiée ou interpolée ou en tout cas refaite au XIIème ? Remarque intéressante qui ne sera reprise qu’en 1979 par Jean Yves Mariotte qui, directeur des archives départementales, effectua un examen serré et en proposa une traduction précise (texte ci-dessous).
Ce document « vrai-faux », selon Mr Mariotte, a tourmenté nombre de spécialistes car si on s’en réfère aux documents de l’époque, ce parchemin manque de précisions : pas de lieu, pas de date précise. Certes les témoins et les signataires sont bien attestés, mais le texte est bref et on est frappé par l’imprécision dans l’identification. A l‘époque, les dotations énuméraient généralement dans le détail les donations. Surtout on ne mentionne ni les hommes qui, en général, sont toujours cités, et l’on reste dans une description générique trop imprécise. Le rappel au règne d’Urbain II permet de dater la signature entre 1089 et 1099.
Les historiens en concluront que cette charte a été reprise au XIIème siècle. Effectivement, dans ces mêmes archives, deux actes datés de 1202 et 1204 marquent le début d’une série de pièces de plus en plus abondantes qui montrent, selon Mr Mariotte, « une identité de main et une quasi simultanéité chronologique ».
La fameuse charte de la fin du XIème serait donc la transcription abrégée voire la nouvelle rédaction dans la seconde moitié du XIIème voir même plus tard d’un acte ayant réellement concédé aux Bénédictins la totalité de Chamonix.
Pourquoi ?
Il faut savoir qu’à l’époque, lors de donation aux grandes abbayes savoyardes, les seigneurs conservaient « l’avouerie ». C’est-à-dire la protection et la défense du lieu. Il est probable que celle-ci avait été usurpée par d’autres seigneurs (probablement les Nangy). La garde du prieuré fut reprise en1204 par les comtes de Genève. Les moines exhumant un document élagué de toutes dépendances envers les comtes de Genève afin d’affirmer leur autonomie.
La charte attribuée à 1091 serait donc une version remaniée du document original du 12ème siècle, mais le document nous confirme bien que la vallée été donnée aux moines en fin du 11ème siècle.

Source : article de Mr Paul Guichonnet. Journal Le Messager septembre 1991.

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