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Étiquette : Christine Boymond Lasserre

Stèle de Charles Edward Matthews à Chamonix (1834 -1905)

Dans le parc de l’ancien Grand Hôtel Couttet et du parc, parmi les ronces et les herbes hautes  se trouve une stèle dont l’inscription est devenue illisible. Menacée par le non entretien, l’oubli et  l’indifférence cette stèle cependant rappelle les liens étroits d’une vieille famille hôtelière chamoniarde avec ses clients anglais.cription est devenue illisible

_MG_1838

.Menacée par le non entretien, l’oubli et  l’indifférence cette stèle cependant rappelle les liens étroits d’une vieille famille hôtelière chamoniarde avec ses clients anglais

Taillée dans le granit cette stèle est sculptée d’un poème dédié à Charles Edward Matthews qui oeuvra  avec son frère William à la fondation de l’Alpine club  en 1857. Il en fut le président de 1878 à 1880. Pendant plus de 40 ans il arpenta les Alpes, grimpa avec les meilleurs de son temps dont Leslie Stephen ou Whymper .Il réalisa  quelques premières et fit, entre autre, une douzaine de fois l’ascension du Mont Blanc. De cette expérience il écrivit en 1898  une monographie du Mont Blanc intitulé «  les Annales du Mont Blanc » en y faisant un historique détaillé, décrivant avec moult détails les diverses voies d’accès sur ce sommet mythique.

Si il se rendait en Suisse régulièrement il ne pouvait se passer de Chamonix et son lieu de résidence était cet hôtel réputé de l’époque « le grand hôtel Couttet et du parc ». Ici les alpinistes anglais  avaient pour habitude depuis près d’un demi-siècle  de résider dans cet hôtel confortable et où l’accueil était toujours chaleureux. A sa mort l’Alpine Club admiratif de cet homme exceptionnel décida d’y installer une stèle à sa mémoire dans le parc de son hôtel préféré Et est inscrit en latin .

« A un amoureux de la montagne

A sa mort l’Alpine Club admiratif de cet homme exceptionnel décida d’y installer une stèle à sa mémoire dans le parc de son hôtel préféré Et est inscrit en latin ..

Les membres de la fraternité alpine

A un de ses membres

Les frères à l’un de ceux qui ont

Assisté les fondateurs

Les amis à un amis très sur

Il s’en est allé pleurer partout. »

Sources : Alpine club

Le REGINA au village des PRAZ

Hôtel prestigieux de 5 étages construit en 1906 par Marie Couttet, veuve avec cinq enfants, qui en entreprend la construction après celle du National des Praz.

le Regina


A l’architecture typiquement chamoniarde, avec ses encadrements de granit, il possède à cette époque en face nord (sur la route nationale) un très beau porche d’entrée avec une marquise, hélas détruit depuis.
Sa face sud élégante rythmée par une alternance de balcons offre à toutes les chambres une vue magnifique sur le Mont Blanc. Une longue terrasse au rez de chaussée ouvre sur un grand parc et permet d’accéder aux jardins ombragés.
Il reçoit essentiellement une clientèle fidèle de médecins et d’enseignants d’Afrique du nord qui souvent restent tout l’été, du 15 juin au 15 septembre; pour cette raison il sera nommé un temps « le grand hôtel d’Orient ».
Cet hôtel, ainsi que le National, n’ouvrent qu’en été, la famille étant propriétaire d’autres hôtels sur la côte d’Azur. De ce fait, la clientèle n’a besoin que d’un chauffage dit de « demi saison » lors des froides journées d’été. Seuls les lieux communs fréquentés par la clientèle possèdent des radiateurs, et les clients ouvrent les portes de leurs chambres afin de profiter de la chaleur.
La Gendarmerie nationale rachète le bâtiment en 1967 pour y recevoir les familles de gendarmes en vacances.
Il est rehaussé de deux étages en son sommet, notamment pour y installer un restaurant panoramique, et d’une cage d’ascenseur sur le côté dans les années 1970. Cette transformation esthétiquement malheureuse détruit complètement l’équilibre originel de cet élégant bâtiment chamoniard.

 

En janvier 1924 à Chamonix

Les premiers jeux olympique d’hiver

Public au stade olympique devant la tribune officielle. Photo Auguste Balmat

En ce 5 février 1924,  se clôturaient les premiers jeux olympiques d’hiver, et c’était à Chamonix. A l’époque on l’appelait la Semaine Internationale des Sports d’Hiver de Chamonix Mont Blanc. Elle prendra plus tard le nom de Jeux olympiques d’hiver. Après la décision de choisir Chamonix pour accueillir la semaine internationale des sports d’hiver, en seulement un an, les différentes installations sont construites.

La patinoire olympique en forme d’anneau, qui servira de stade olympique pour la cérémonie d’ouverture est bâtie. Une surface de 27660 m2 de glace est préparée, comprenant également une piste de course et un terrain de curling, nécessitant la construction préalable d’un mur de béton soutenant un remblai destiné à endiguer la rivière et des conduites d’eau sont aménagées pour alimenter la surface de glace.

Le tremplin de saut est construit au lieu-dit « Le Mont » près du Glacier des Bossons. Il fera 79m de longueur et devra permettre de réaliser des sauts à 60m et plus.

La piste de bob longue de 893m et comportant 19 virages est installée aux Pèlerins, sous l’Aiguille du Midi nécessite une grande précision pour l’inclinaison des virages. Elle est réalisée non sans difficultés en pierre de maçonnerie en attendant son enneigement. Pour cette première compétition multisports dans la vallée de Chamonix, 258 athlètes (245 hommes, 13 femmes) représentant dix-sept nations sont présents : Autriche, Belgique, Canada, Etats-Unis, Estonie, Finlande, France, Grande-Bretagne, Hongrie, Italie, Lettonie, Norvège, Pologne, Suède, Suisse, Tchécoslovaquie et Yougoslavie. Ce fut un réel succès. Celui-ci fut  assuré par des journalistes venus de l’Europe entière, mais aussi des USA.

Le couple Andrée Joly et Pierre Brunet : médaille de bronze

39 Français participent aux diverses compétitions dont deux femmes. L’une d’elle,  Andrée Joly,  gagnera la médaille de bronze de patinage en couple avec Pierre Brunet. De nombreux abandons sont à noter en raison soit du froid intense soit d’un niveau trop bas des concurrents  pour certaines disciplines.

15 compétiteurs  hommes sont originaires de Chamonix.

On répertorie 16 épreuves parmi les activités sportives les plus pratiquées de l’époque : Patinage : artistique, vitesse,  hockey. Curling. Bobsleigh.

Ski de fond : 18km-30km-50km.  Les 50km est  l’épreuve la plus éprouvante pour les concurrents. Il fait très froid ce jour là. De nombreux abandons sont à noter.

Combiné nordique (ski de fond + saut).

Epreuves militaires (ski de fond + tir).

Saut à ski.

Le ski alpin ne fait pas encore partie de ces jeux d’hiver. Bien que Chamonix ait en 1908 organisé des  compétitions de ski,  cette discipline   n’est pas encore retenue  par les instances olympiques. A l’issu de la semaine, la France a  récolté trois médailles de bronze. Une en patinage artistique couple, une en curling et la troisième  en patrouilles militaires avec les concurrents chamoniards les frères Mandrillon. La France ne sera que la 9ème nation sur 16. La Norvège première nation de tous les états représentés  récoltera  4 médailles d’or, 7 d’argent et 6 de bronze.

Le maire Jean Lavaivre soutenu par les hôteliers chamoniards aura donné toute son énergie à défendre la candidature de Chamonix. Il avait compris l’importance de ces jeux qui seront une immense promotion pour la station chamoniarde face aux stations suisses comme Davos ou saint Moritz. Les chamoniards auront participé avec beaucoup d’énergie et de sens du bénévolat … afin que ces jeux soient une réussite.

L’enfant de Shôzô Hamada : une statue ravissante

Une adorable petite statue orne depuis 1998 l’entrée des jardins de Fujiyoshida (au dessus du parking saint Michel à sa sortie supérieure).


Arrêtez- vous ! Elle vous sourit, vous interpelle, vous invite au à la sérénité.
Cette statuette exprime la douceur. Elle dégage tant de de quiétude que nous pourrions avoir envie de l’emporter !

Offerte à Chamonix, à l’occasion du vingtième anniversaire du jumelage de Chamonix avec Fujiyoshida, la cité japonaise a fait appel à Mr Shôzô Hamada sculpteur japonais, originaire de la ville. Cette statue est un joli témoignage de la nature des liens qui lient Chamonix à Fujiyoshida, sa ville jumelle depuis 1978.
Cette œuvre, intitulée « warashiko »signifie « l’enfant » .Elle révèle le sentiment profond d’un homme attentif aux émotions de ses semblables. Les mains magiques de cet artiste transforment ce matériau dur, si difficile à travailler. Il le réchauffe, le modèle et arrive avec une habileté étonnante à donner une lumière au regard de cet enfant. C’est magnifique… Parvenir à faire parler la pierre avec une telle expression est bien la preuve de son talent.

Arêtez- vous !  Elle vous sourit, vous interpelle, vous invite au à la sérénité.

Cette statuette  exprime la douceur. Elle dégage tant de  de quiétude  que nous pourrions avoir  envie de  l’emporter !  

Offerte à Chamonix,  à l’occasion du vingtième anniversaire du  jumelage de Chamonix avec Fujiyoshida, la cité japonaise a fait appel à Mr Shôzô Hamada  sculpteur japonais, originaire de la ville. Cette statue  est  un joli  témoignage  de la nature  des liens qui lient Chamonix à Fujiyoshida,  sa ville  jumelle depuis 1978.

Mr Shôzô Hamada a sculpté ainsi de très nombreuses petites statues du même matériau. Essaimées dans tout le Japon,  elles font la joie des japonais.

Source : Chantal Lafuma, association jumelage Fujiyushida

Les Soldanelles (2) :

Suite à l’article sur les préventoriums des Soldanelles et Miremont j’au reçu de nombreux mails de  réactions d’anciens « jeunes malades ». Certains de ces courriers sont effectivement intéressants aussi  je vous propose de partager avec vous quelques uns de ceux-ci. Tous parlent avec émotion de ces moments passés aux Soldanelles au pied du Brévent. Beaucoup se souviennent de l’extrême gentillesse de Mr et Mme Aulagnier. Leurs souvenirs d’enfants sont touchant voire poignants. Je ne peux m’empêcher de vous les transmettre.

Bonjour Madame, j’ai trouvé par hasard  votre communication sur le préventorium des Soldanelles, duquel j’ai été pensionnaire de Mars à Juin 1964 à l’âge de 13 ans Cela m’a permis de revivre avec émotion ces quelques mois passés à Chamonix, de revoir le docteur Aulagnier, son épouse – ils étaient très gentils tous les deux, le Miremont où nous passions nos radiographies et les visites médicales, enfin plein de souvenirs, de visages et de noms, des anecdotes qu’il faudrait que j’écrive un jour sur la vie dans cet établissement. Je l’ai recherché lors d’un séjour à Chamonix vers 1995 mais les bâtiments n’existent plus, remplacés par des immeubles d’habitations de masse. Merci Madame de m’avoir donné l’occasion de me remémorer tout cela,

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Madame,

Merci de votre disponibilité. Je vous confirme donc que mon père, le Dr Armand Olivennes ( a l’époque Oliewenstein) a été gardé pour une primo infection tuberculeuse au sana des Soldanelles. Il y est resté pendant plusieurs mois (ou années??) et a été caché dans un grenier par le Dr Aulagnier lors d’une (une c’est sur ou plus??) rafle a la recherche d’enfants juifs (par des français ou allemands?). 

Je recherche donc la famille de ce Dr Aulagnier. 

Si vous avez des informations sur les prénoms des enfants Aulagnier, je suis intéressé. Peut être par l’état civil de la mairie de Chamonix. 

Bien a vous. 

Pr François OLIVENNES

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Livre  « L’autre éducation sentimentale » de Pierre-Jean REMY, de l’Académie française, qui raconte son séjour aux Soldanelles en 1951, à partir de la page 70  jusqu’à la page 85.

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En tant qu’ancien pensionnaire, J’ai pris connaissance de votre page sur les préventoriums le Miremont et les Soldanelles avec émotion…

Christian Leygnier

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SOUVENIRS DE MON SÉJOUR AUX SOLDANELLES,

préventorium de Chamonix, de mars à juin 1964.

Comte DP

Si je dois remonter le fil de ma mémoire pour me remémorer ce court séjour en Haute-Savoie, je me revois d’abord quittant un soir le port de Marseille avec Maman, disant adieu à Papa et à mes frères et sœurs qui nous avaient accompagnés depuis la Corse jusque là, pour rejoindre la Gare Saint-Charles en exergue d’un voyage nocturne dont la perspective ne m’enchantait guère…Une atmosphère fébrile enveloppait alors l’immense halle métallique, un brouhaha de cris, de sifflets, des porteurs qui se bousculaient, s’invectivaient, des voyageurs pressés, la fumée de quelques locomotives bruyantes dont les tampons s’entrechoquaient violemment contre des wagons ou des butoirs, rien de rassurant pour un gamin de treize ans qui venait tout juste de quitter sa montagne natale et qui se préparait à sa première séparation d’avec le cocon familial.

Depuis plusieurs mois je traînais avec  une mauvaise toux, assez légère mais accompagnée d’une petite fièvre qui avait inquiété mes parents. N’avions-nous pas avec nous notre grand-oncle paternel, dont on disait qu’il était poitrinaire, et dans les bras duquel j’étais toujours fourré, souvent pour écouter à la radio une émission qu’il affectionnait particulièrement, « Les Grandes Voix Humaines », les grands airs d’opéra que j’ai grâce à lui appris à aimer…De fait, au cours de l’année 1963, j’avais appris à l’Institution Sainte-Marie que ma cuti-réaction à la tuberculine était devenue positive et il avait fallu dès lors, d’examen en examen, de radiographie en radiographie, se résoudre à l’idée qu’une « primo-infection » tuberculeuse était à l’œuvre. Nous étions même venu consulter, à Marseille, l’éminent professeur de Lannoy, un ami de Papa, chez lequel on m’avait pratiqué une des toutes premières tomographies, examens qui confirmaient la nécessité d’un traitement au P.A.S. ( Para-Amin salicylate de Sodium ) , sorte de granulé amer qu’il me fallut ingurgiter plusieurs fois par jour, juste avant les repas, durant des mois, sans qu’une amélioration ne se dessinât vraiment.

Après de nouvelles consultations, provisoirement déscolarisé, je passais le triste hiver 1963/64 devant la télévision, alité ou en chambre, isolé de mes frères , sœurs et cousins, que je ne voyais qu’à certaines heures de la journée pour de courts intermèdes de jeux.

Mes parents avaient opté pour un séjour en haute-montagne, non pas en sanatorium comme cela avait été décidé pour un de mes frères aînés cinq ans auparavant, et qui était parti deux années chez les sœurs du Roc des Fiz, non. Pour moi , il n’y avait pas nécessité d’un traitement de choc, un séjour à Chamonix devait normalement suffire avec une poursuite médicalisée du traitement au PAS. Les médecins conseillaient alors volontiers le préventorium du docteur Aulagnier, un établissement de taille humaine, pratiquement en ville ou aux abords immédiats de Chamonix, une structure quasi familiale, catholique, dotée d’une institutrice, en lien permanent avec les parents constamment informés des progrés de la santé de leur progéniture, bref rassurante pour les enfants qui ne se sentaient pas ainsi complètement coupés de leur milieu familial et pour les parents qui suivaient de très près les progrès de leurs fils.

Le train Marseille-Valence entrait en Gare au moment où nous en franchissions l’entrée, une belle locomotive électrique très différente des noires motrices suant et crachant des jets de vapeurs. Mais à Valence, à la nuit tombée, il avait fallu en changer pour prendre la direction de Saint-Gervais, sur une ligne non encore électrifiée. A Saint-Gervais, à demi-endormi, il avait fallu quitter le train pour une micheline qui allait nous conduire à Chamonix, où nous attendait au matin un chauffeur de l’hôtel Savoy. Installés à cet hôtel, il nous était possible d’apercevoir alors les chalets du préventorium des Soldanelles, dont j’ai appris bien plus tard que l’un d’eux avait été construit par Violet le-Duc. En haut d’un vaste pré, trois bâtisses en bois plus ou moins tarabiscotées  des balcons ouvragés, des grands sapins, le décor en arrière-plan du sommet du Brévent ponctué d’énormes pylônes d’un téléphérique, voilà ce que je découvrais de la fenêtre de ma chambre. Celle de Maman donnait sur la ville et sur le massif du Mont-Blanc, les Grandes Jorasses, le Dru dont je n’allais pas tarder à apprendre qu’une pâtisserie réputée composait des spécialités au chocolat ainsi dénommées dont j’allais faire mon régal à chaque visite de mes parents.Nous étions attendus au Miremont, sorte de villa blanche de la montée de la Mollard, au dessus de l’église paroissiale. Je revois le bon docteur Aulagnier qui, dès notre arrivée, sût gagner ma confiance par des paroles rassurantes, une grande gentillesse alliée à une sorte d’autorité naturelle

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SOUVENIRS DE MON SÉJOUR AUX SOLDANELLES,

préventorium de Chamonix, de mars à juin 1964.

Comte DP

Si je dois remonter le fil de ma mémoire pour me remémorer ce court séjour en Haute-Savoie, je me revois d’abord quittant un soir le port de Marseille avec Maman, disant adieu à Papa et à mes frères et sœurs qui nous avaient accompagnés depuis la Corse jusque là, pour rejoindre la Gare Saint-Charles en exergue d’un voyage nocturne dont la perspective ne m’enchantait guère…Une atmosphère fébrile enveloppait alors l’immense halle métallique, un brouhaha de cris, de sifflets, des porteurs qui se bousculaient, s’invectivaient, des voyageurs pressés, la fumée de quelques locomotives bruyantes dont les tampons s’entrechoquaient violemment contre des wagons ou des butoirs, rien de rassurant pour un gamin de treize ans qui venait tout juste de quitter sa montagne natale et qui se préparait à sa première séparation d’avec le cocon familial.

Depuis plusieurs mois je traînais avec  une mauvaise toux, assez légère mais accompagnée d’une petite fièvre qui avait inquiété mes parents. N’avions-nous pas avec nous notre grand-oncle paternel, dont on disait qu’il était poitrinaire, et dans les bras duquel j’étais toujours fourré, souvent pour écouter à la radio une émission qu’il affectionnait particulièrement, « Les Grandes Voix Humaines », les grands airs d’opéra que j’ai grâce à lui appris à aimer…De fait, au cours de l’année 1963, j’avais appris à l’Institution Sainte-Marie que ma cuti-réaction à la tuberculine était devenue positive et il avait fallu dès lors, d’examen en examen, de radiographie en radiographie, se résoudre à l’idée qu’une « primo-infection » tuberculeuse était à l’œuvre. Nous étions même venu consulter, à Marseille, l’éminent professeur de Lannoy, un ami de Papa, chez lequel on m’avait pratiqué une des toutes premières tomographies, examens qui confirmaient la nécessité d’un traitement au P.A.S. ( Para-Amin salicylate de Sodium ) , sorte de granulé amer qu’il me fallut ingurgiter plusieurs fois par jour, juste avant les repas, durant des mois, sans qu’une amélioration ne se dessinât vraiment.

Après de nouvelles consultations, provisoirement déscolarisé, je passais le triste hiver 1963/64 devant la télévision, alité ou en chambre, isolé de mes frères , sœurs et cousins, que je ne voyais qu’à certaines heures de la journée pour de courts intermèdes de jeux.

Mes parents avaient opté pour un séjour en haute-montagne, non pas en sanatorium comme cela avait été décidé pour un de mes frères aînés cinq ans auparavant, et qui était parti deux années chez les sœurs du Roc des Fiz, non. Pour moi , il n’y avait pas nécessité d’un traitement de choc, un séjour à Chamonix devait normalement suffire avec une poursuite médicalisée du traitement au PAS. Les médecins conseillaient alors volontiers le préventorium du docteur Aulagnier, un établissement de taille humaine, pratiquement en ville ou aux abords immédiats de Chamonix, une structure quasi familiale, catholique, dotée d’une institutrice, en lien permanent avec les parents constamment informés des progrés de la santé de leur progéniture, bref rassurante pour les enfants qui ne se sentaient pas ainsi complètement coupés de leur milieu familial et pour les parents qui suivaient de très près les progrès de leurs fils.

Le train Marseille-Valence entrait en Gare au moment où nous en franchissions l’entrée, une belle locomotive électrique très différente des noires motrices suant et crachant des jets de vapeurs. Mais à Valence, à la nuit tombée, il avait fallu en changer pour prendre la direction de Saint-Gervais, sur une ligne non encore électrifiée. A Saint-Gervais, à demi-endormi, il avait fallu quitter le train pour une micheline qui allait nous conduire à Chamonix, où nous attendait au matin un chauffeur de l’hôtel Savoy. Installés à cet hôtel, il nous était possible d’apercevoir alors les chalets du préventorium des Soldanelles, dont j’ai appris bien plus tard que l’un d’eux avait été construit par Violet le-Duc. En haut d’un vaste pré, trois bâtisses en bois plus ou moins tarabiscotées  des balcons ouvragés, des grands sapins, le décor en arrière-plan du sommet du Brévent ponctué d’énormes pylônes d’un téléphérique, voilà ce que je découvrais de la fenêtre de ma chambre. Celle de Maman donnait sur la ville et sur le massif du Mont-Blanc, les Grandes Jorasses, le Dru dont je n’allais pas tarder à apprendre qu’une pâtisserie réputée composait des spécialités au chocolat ainsi dénommées dont j’allais faire mon régal à chaque visite de mes parents.Nous étions attendus au Miremont, sorte de villa blanche de la montée de la Mollard, au dessus de l’église paroissiale. Je revois le bon docteur Aulagnier qui, dès notre arrivée, sût gagner ma confiance par des paroles rassurantes, une grande gentillesse alliée à une sorte d’autorité naturelle. Un homme aux cheveux blancs coupés en brosse, des lunettes cerclées d’or, une blouse blanche, et son épouse, également médecin, une femme digne, dont je me rappelle qu’elle usait d’une canne, et que d’elle aussi émanait une certaine autorité presque masculine, qui me rappelait la directrice des louveteaux, une « continentale » qui commandait aux cheftaines pour tout le district de Corse…

A mon grand effroi, c’est là qu’il a fallu me séparer de Maman, qui repartait le soir mais qui ne restait pas pour mon entrée dans l’établissement. C’est le docteur qui me conduisit aux Soldanelles où j’allais maintenant découvrir le cadre de ma nouvelle vie.

L’établissement était composé de trois chalets, en plus du Miremont: le petit chalet accueillait je crois bien les tous petits, le chalet des filles ensuite, puis le chalet des garçons où m’attendaient Mademoiselle Mermier, et son adjointe Mademoiselle V. exactement), deux « vieilles demoiselles » plutôt revêches, mais dont j’allais apprécier par la suite une certaine bonté d’âme. J’entendais dans les locaux des galops d’enfants dégringolant les escaliers pour le goûter ce qui n’augurait rien de bon pour moi, plutôt d’un naturel inquiet.

On me présentât ensuite aux infirmières, ou monitrices, je n’ai jamais vraiment su, puis au personnel de chambre et de service, dont une vieille italienne prénommée Florentine, brocardée par les enfants à cause de son accent marqué, et la cuisinière, une dame forte d’allure paysanne plutôt bourrue, mais au cœur d’or, puis d’autres dont je ne me souviens plus. L’aumônier enfin, en soutane noire, comme tous les prêtres que nous avions fréquentés jusque là.Puis on me conduisit à ma chambre, où j’allais demeurer quelques jours en observation, avant de pouvoir me joindre aux autres enfants pour partager leur vie quotidienne

Le Dimanche nous avions la messe au sein de l’établissement: tout le monde s’y retrouvait, les filles que l’on ne croisait jamais en semaine, les garçons, le personnel… après nous avions un repas amélioré, plus digne et plus copieux, présidé par  Monsieur  l’aumonier, précédé du Benedicite. Peut-être même nous exemptait-on ce jour là de PAS ?

Le soir, le téléphone de l’établissement était ouvert aux appels des parents, plus ou moins réguliers selon les familles. J’y avais eu droit tous les soirs au début mais j’avais ensuite jugé que cela me démarquait trop des autres enfants et je crois bien que j’avais moi-même demandé à ce que l’on espaçât ces appels. L’extinction des feux arrivait assez tôt après le dîner, et les nuits étaient entrecoupées des visites discrètes et feutrées de la surveillante, une autre vieille demoiselle qui résidait à demeure dans le chalet des filles, au dernier étage, et qui passait à plusieurs reprise dans chaque chambre.

Les repas se passaient dans une atmosphère disciplinée, la table des garçons, une quarantaine autant que je men souvienne, était au bout de la salle, près des cuisines, puis ensuite deux grandes tables étaient disposées pour les filles , deux tables de 50 environ, mais tout cela se passait dans le calme. Les repas étaient de très bonne qualité mais pas forcément à mon goût: ainsi fûs-je amené à goûter aux purées d’épinards qui me firent presque regretter le PAS tellement je les détestais. Moi si discret à l’ordinaire, j’avais osé m’en plaindre au docteur Aulagnier, à faire intervenir mes parents, à refuser d’en absorber voire même à retourner mon assiette à la cuisinière à plusieurs reprises au grand amusement de mes camarades, peut-être plus habitués à manger de cette mixture, et qui découvraient étonnés chez ce petit garçon docile des accès inattendus de rébellion.

Finalement le bon docteur m’avait exempté d’épinards.

C’est au Soldanelles que je vis pour la première fois, à mon grand scandale, un prêtre sans soutane! L’aumônier avait du nous quitter et il avait été remplacé par un prêtre de retour d’Afrique, un missionnaire d’allure militaire en civil et col romain, ce qui m’avait paru tout à fait déplacé. C’est peut-être pour cela que je suis resté par la suite et avec toute ma famille un fidèle inconditionnel de Mgr Lefebvre.

Des colis arrivaient de la part de nos parents, très attendus au moment de Pâques par exemple. Il était d’usage d’en partager le produit avec les autres enfants, usage auquel je me pliais volontiers car les colis arrivaient sommes-toutes assez souvent. De même, en alternance, Papa et Maman me rendaient visite à tour de rôle. J’avais alors une permission de deux jours, où je pouvais manger et dormir à l’hotel Savoy où ils descendaient, pour peu que je continue mon traitement au PAS. Et je faisais fièrement découvrir à mes parents les beautés de la ville et de ses environs, la cueillette des myrtilles, les balades en forêts, le train à crémaillères de la Mer de Glace , les téléphériques. Et je pus donc goûter aux fameux « drus » dont j’allais devenir un fervent consommateur à chaque visite parentale. On les achetait dans une pâtisserie du centre ville, près du Casino Municipal je crois, au début de l’avenue qui conduit à la Gare.

Mes résultats médicaux étaient plus que meilleurs, les traces de toute infections disparaissaient de jour en jour et le Docteur Aulagnier pût bientôt rassurer mes parents sur mon sort. Garçon « méritant », il avait voulu me récompenser en m’invitant à déjeuner dans la grande villa qu’il occupait avec sa famille, et je l’entends toujours téléphoner à Papa: « Venez le chercher, il n’attend que ça. Un été en Corse achèvera de perfectionner sa guérison, venez-donc. « 

Si vo

Sur les pas des voyageurs d’autrefois : de Martigny à Chamonix

Après le rattachement de la Savoie à la France, Napoléon III veut visiter ses nouveaux territoires et vient dans la vallée de Chamonix. Lors de sa venue, il fait un temps épouvantable. Effaré par le dangereux chemin muletier qui le conduit à Chamonix, Il décide de financer la construction d’une route carrossable de Sallanches à Chamonix, route qui sera terminée en 1870. Très vite, les diligences assureront la liaison entre Genève et Chamonix. La route nationale est tracée vers Argentière puis arrive dans la vallée de Vallorcine entre 1882 et 1886. Un nouvel itinéraire vers la Suisse est alors tracé.
Mais qu’en est il de la route de l’autre côté de la frontière, en direction de Martigny. ?


Autrefois, pour accéder en Suisse, les voyageurs empruntaient le col de Balme (récit de Goethe lors de son passage dans la vallée en novembre 1779) : « …notre guide nous propose de passer le col de Balme, haute montagne au nord de la vallée du côté du Valais … de ce point élevé nous pouvons encore , si nous sommes heureux, contempler d’un coup d’œil la vallée de Chamonix…. ».
C’est à partir de 1825 que les valaisans déposent un projet de « route à chars » pour relier Martigny à Chamonix. On décide alors de passer par la Tête noire et le col des Montets.
Le passage de la Tête noire était connu de longue date comme un étroit chemin appelé le « mauvais pas ». Le voyageur était contraint de descendre de son mulet en raison de la difficulté du passage au dessus du vide. Le percement d’un tunnel s’impose donc, et les travaux de la « roche percée » de Tête noire sont réalisés entre 1827 et 1836. C’est à cet endroit que s’ouvre en 1834 une auberge, futur hôtel qui ne sera détruit que lors de la modernisation de la route en 1950.


Le pont au niveau de la frontière suisse-sarde est refait à neuf en 1840.
Cependant, en raison des gros frais engagés, les travaux de la route avancent lentement.
Théophile Gautier, en 1868, nous précise dans son ouvrage « Les vacances du lundi » que le trajet se fait encore à pied ou à dos de mulet, mais que la route commence à être praticable aux chars légers. Mais la pente est si raide entre Martigny et le col de la Forclaz qu’en 1871 le conseil d’Etat doit rappeler que le parcours reste un chemin muletier interdit à tout véhicule. La route ne devient officiellement carrossable qu’en 1875 et le passage du Châtelard sera élargi en 1888.
La concurrence de la route des diligences de Vernayaz, Salvan, les Marécottes et Finhaut sera longtemps d’une vive concurrence.
De plus l’itinéraire resta longtemps dangereux et impressionnant. Dans le livre «les folles années de Chamonix », Gaby Curral Couttet raconte : « … Tête noire porte bien son nom, je n’osais regarder dans un décor triste et sombre, ces abîmes à pic… Deux voitures ne pouvaient se rencontrer sans friser la catastrophe si bien qu’il était obligatoire de téléphoner du Châtelard à Tête noire et de Tête noire à Martigny pour savoir si la voie étai libre : que de fois avons-nous été contraints de nous arrêter à Tête noire pour attendre souvent plus de deux heures le passage de la voiture engagée dans l’autre sens… maman nous racontant le parcours qu’elle avait fait en diligence où le lourd véhicule risquait à tout moment de basculer … »
Ce n’est que plus tard dans les années 1950 que la route sera modernisée devenant largement plus accessible.

Sources : Sandro Benedetti : les voies de communications et le développement touristique. Les chemins historiques du canton du Valais. Berne : 2003

 

A Chamonix pourquoi une rue de la Tour ?

Mais pourquoi de la Tour ? Qu’est ce donc que cette Tour ?


Il faut remonter dans l’histoire locale, plus précisément fin XVè début XVIè.
En ces temps la vallée de Chamonix, bien que dépendante de l’abbaye de st Michel de la Cluse, était régentée par une famille qui donna plusieurs prieurs : la famille de la Ravoire.
L’un de ceux ci, Guillaume, essaya à maintes reprise de s’accaparer tous les droits acquis par les chamoniards. Il n’eut pas la vie facile si l’on en juge par les démêlés qu’il eut avec ceux-ci !
Mais, voulant asseoir son pouvoir avec force il aurait construit une maison forte dans Chamonix. Pourquoi pas, sachant que ce prieur cherchait à s’approprier les droits de justice qui étaient alors attribués aux syndics ?
C’est une gravure de 1806 de Jean Philippe Link « Vue du bourg… » qui nous éclaire. Effectivement ce document représente Chamonix, mais en zoomant on distingue, au fond, très nettement, sur une petite hauteur les ruines d’une tour. De même sur un tableau de John Webber on distingue très nettement cette ruine.


Au début du XIXè siècle subsistaient les vestiges de cette maison forte. Les chamoniards l’appelant la Tour, un hôtel fut alors construit par Mr Simond puis racheté par Mr Payot au pied de celle-ci et en lui donnant ainsi ce nom, aujourd’hui mystérieux pour tous.

En 1860 Mr Eseinkrammer maître d’hôtel de l’Union le rachète et le détruit pour construire son nouvel hôtel le Royal.

De cette Tour il ne subsiste maintenant que le nom de cette rue ? Mais qui l’avait remarqué ?

Aux Bouchards et à Vallorcine des représentations et inscriptions identiques du XVIIIème siècle

Dans la vallée de Chamonix nombreuses sont les inscriptions sur des poutres ou sur des greniers . Elle sont le témoignage du travail des anciens.

Mais savons nous les voir ?


Aux Bouchards sur le fronton d’un grenier la date 1742 – une herminette dans la partie supérieure. En bas une croix de Savoie – une serpe ou une hache – des initiales LB
A Vallorcine sur la poutre maîtresse d’une ancienne ferme une inscription similaire la date 1789,  surmontée de la croix de saint Maurice , au dessous les initiales JMC – une serpe ou hache – une équerre -une herminette

La petite chapelle des Chosalets

Parmi les nombreuses chapelles disséminées dans la vallée de Chamonix, celle des Chosalets, située à l’entrée du village, a ceci de particulier qu’elle est privée. La légende familiale des Ravanel raconte qu’en ces lieux avait été trouvée une statue du 16ème siècle. Quelle était cette statue, d’où venait-elle ? Nul ne le sait plus, mais il est vrai que le passage de la révolution française dans la vallée avait vu la destruction de nombre d’oratoires et chapelles.


Jeanne Ravanel, originaire du hameau et propriétaire de quelques terrains, entreprend alors la construction d’une chapelle. Celle-ci sera bénie et consacrée par le révérend Pinget de l’église d’Argentière le 17 août 1875. Elle prendra le nom de Notre Dame du Bon Secours.
Au 19ème siècle nombre d’enfants mouraient en bas âge, ce qui était toujours un grand drame. Notre Dame du Bon Secours était évoquée essentiellement pour la protection des enfants et des mères. Aussi naturellement Jeanne choisit-elle de consacrer cette petite chapelle à la Vierge Marie priée si souvent par les mamans.
A la disparition de Jeanne, les neveux héritent de cette modeste chapelle. Les générations se succèdent. Toutes, au fur et à mesure du temps qui passe, entretiennent cet édifice, témoignage patrimonial important pour le village.
Des travaux d’entretien sont toujours indispensables, mais pas faciles à réaliser. Aussi la famille crée en 2002 une association loi 1901 qui permet de financer les travaux de restauration et de rénovation nécessaires à l’extérieur. On refait les ancelles et un joli coq trouve sa place au sommet du petit clocher. En 2011 on entreprend la réfection de la peinture des façades extérieures, de la porte d’entrée et des volets.
Elle a maintenant fière allure.


A l’intérieur trône un petit maître autel néo gothique en bois, typique de cette période de la fin du 19 ème siècle. En son milieu, Notre Dame du Bon Secours avec l’enfant Dieu dans ses bras. A sa droite une statue de Saint Joseph, toujours évoqué lui aussi pour protéger les familles. A sa gauche Saint François de Sales, le saint évêque originaire de la région d’Annecy et si aimé par la population savoyarde. Sur les côtés deux statues, le Sacré Cœur et St Antoine de Padoue.
Malgré l’entretien régulier de la famille, l’intérieur se dégrade. Chapelle privée elle ne peut recevoir de l’aide de l’état. Comment cette petite association familiale peut elle arriver à la tenir en bon état ?
L’été, la famille s’efforce de la maintenir ouverte et est toujours joliment fleurie.

Finalement afin de préserver ce petit patrimoine témoin de la vie des Chosalets la famille en fait don à la commune

Deux anciens preventorium à Chamonix : le Miremont et les Soldanelles

A la vue la vue de ce joli bâtiment construit dans la montée de la Mollard, on se dit que ce grand édifice a dû, à une époque, abriter un hôtel, voire une grande villa de vacances familiales.


Mais non ! Le Miremont construit dans les années 1930 héberge en 1933 un préventorium, sous l’impulsion d’un médecin pédiatre, le docteur Robert Aulagnier. Celui-ci, atteint de tuberculose pulmonaire, constata que de nombreux sanatoriums pour adultes existaient au Plateau d’Assy, mais qu’aucun n’était réservé aux enfants.

En 1923 déjà le docteur Tobé, spécialiste de cette terrible maladie, avait créé dans les anciens chalets de la Côte de Violet Leduc, un premier préventorium * (appelé les Soldanelles) .

Mal accueilli par la municipalité de l’époque ( on craignait le développement d’une épidémie), il abandonne Chamonix , s’installe au Plateau d’Assy, afin d’y lancer le grand programme des sanatoriums, financé par la famille Rockefeller qui soutenait à l’époque la lutte anti tuberculeuse en France.

Son projet chamoniard  initial  est  alors repris par le docteur Aulagnier qui tout d’abord ouvre le Miremont en 1933,  puis  acquiert  en 1937 les  maisons de la Côte qui deviendront le préventorium des Soldanelles, établissement   dédié aux  soins de que l’on appelait la « primo-infection »  tuberculeuse*.

Dans les deux bâtiments  le docteur Aulagnier pouvait recevoir 200 enfants.

Dans les deux bâtiments le docteur Aulagnier pouvait recevoir 200 enfants.
On comptait 55 lits au Miremont et 144 aux Soldanelles. Jusqu’en 1970, les deux établissements ont fonctionné à plein régime. Mme Aulagnier prendra la suite après le décès de son mari jusqu’à la fermeture des établissements en 1977. La médecine avait fait de réels progrès : le BCG avait été découvert, mettant à l’abri nombre d’enfants, et les traitements antituberculeux avaient permis les traitements à domicile.
Certains se souviennent encore de ces enfants se promenant l’après midi dans le champ du Savoy ou l’hiver faisant de la luge sur les pentes toutes proches.

Ces maisons médicalisées, dirigées par un médecin, assisté d’infirmières et  de monitrices d’enfants,   ont permis à des milliers  de bambins venus de toute la  France de se soigner au soleil et au bon air chamoniard.

A noter qu’à Chamonix deux autres établissements ont eux aussi accueilli beaucoup d’enfants en soins de primo infection : le « Prieuré » créé par le docteur Chabanolles en et le « Grand Couttet ».

Le prieuré en haut et le Grand Couttet en bas

A

Une belle aventure familiale : l’hôtel Excelsior aux Tines

En 1900, le tourisme explose dans la vallée de Chamonix.
Le hameau des Tines se situe au pied de la Mer de Glace. Les touristes de plus en plus nombreux viennent admirer ce glacier exceptionnel. Beaucoup parmi eux, descendant par le Chapeau, s’arrêtent aux Tines avant de rejoindre Chamonix. L’arrivée du train en gare des Tines offre une belle opportunité d’ouvrir un second hôtel dans le hameau après celui de la Mer de glace tenu par la famille Simond.


Paul Charlet se lance en 1905 dans la construction d’une auberge pour héberger les italiens travaillant sur la voie ferrée. Rapidement, l’hôtel qu’il appelle Excelsior s’agrandit se transforme pour devenir un hôtel de prestige. Il sera suivi de près par l’Hôtel de la Forêt des Tines.
L’Excelsior sera racheté en 1913 par la famille Cheilan et restera la propriété de cette même famille jusqu’à nos jours.


Construit selon la tradition chamoniarde, ce bel édifice rappelle la longue tradition hôtelière de la vallée. Un premier bloc est édifié, puis le succès venant une aile lui sera rapidement adjointe, lui donnant son aspect actuel.

Nombreux sont les hôtels chamoniards construits selon cette architecture en deux corps . Celui-ci obéit à la tradition locale des encadrements de portes et fenêtres en granit, même matériau utilisé pour les balcons et les chainons d’angle. Les italiens, nombreux dans la vallée, avaient apporté de leurs régions d’origine ce savoir-faire magnifique qu’ils ont mis en œuvre dans toute la vallée.
Quatre générations de Cheilan ont géré avec soin cet hôtel situé face au mont Blanc. On travaillait en famille, les heures ne comptaient pas.
Chaque génération apportera une touche supplémentaire dans le confort et les divers équipements afin que l’hôtel s’adapte à la modernité de son temps. Chacun fera sienne cette devise familiale « Chez nous, vous êtes chez vous ».

Annexe de l’hôtel servant essentiellement pour les familles venant en vacances aux Tines

Beaucoup se souviendront de l’accueil chaleureux de Mme Cheilan qui, pendant plus de 45 ans, mettra tout son cœur à la bonne direction de l’hôtel familial. Son mari, ardent chamoniard, se chargera de l’entretien de la chapelle nichée au fond des Tines. Afin d’assurer le service d’une messe régulière, il fournissait le gite aux prêtres venus en vacances dans la vallée en échange d’une ou deux messes hebdomadaires. Mr Cheilan était un fervent royaliste, ce qui explique le décor particulier de fleurs de lys de la chapelle.
Des clients prestigieux venaient chaque année à l’Excelsior. Ils en appréciaient l’emplacement exceptionnel mais surtout l’esprit familial et la convivialité ainsi que sa table réputée.
Les exigences des temps actuels ne permettent plus à cette famille de continuer cette belle histoire qui prend fin en 2017.
Mais les bâtiments perdurent, ils resteront le témoignage d’une époque où l’hôtellerie familiale occupait une grande place dans la vallée.

L’hôtel a gardé son charme ancien

Sources : archives famille Cheilan

Belle surprise près du Col de Balme : une borne du XVIIIème siècle

Nos randonnées chamoniardes nous réservent parfois de belles surprises !

Combien de fois sommes nous allés avec enfants, petits enfants ou amis au col de Balme pour une balade dominicale Le site est magnifique, la randonnée est facile, c’est toujours un plaisir de parcourir ces crêtes d’où le panorama est exceptionnel. Le plus souvent nous empruntons les chemins balisés.

Si l’on s’en écarte un tant soit peu, en longeant tout simplement la ligne de crête qui court de la tête de Balme vers le col des Posettes, nous buttons sur deux bornages dressés au cours des siècles passés sur cette ligne frontalière. Ils marquent l’emplacement exact de la frontière entre la France et la Suisse.

Certes nous connaissons la borne située au col de Balme avec l’inscription France d’un côté et Suisse de l’autre. Ou encore celle de la Tête de Balme avec un F et un S. Toute deux réalisées en 1891 au temps où le gouvernement érigea le long de ses frontières ces bornes de granit afin d’en préciser ses nouveaux contours.

Mais ici sur l’arête, juste au dessus de la gare supérieure du télésiège des Esserts, nous découvrons, à côté de la borne classique de 1891, une borne rare datant de 1737-1738.
Celle-ci d’ailleurs figure sur un tableau du XVIIIème siècle.

D’un côté figure la croix de Savoie couronnée. Cette représentation correspond effectivement à l’emblème de la maison royale de Savoie en 1738. Les couleurs sont passées mais on devine la croix blanche sur fond rouge. Celle-ci est surmontée de la couronne du royaume de Sardaigne. Cette couronne est formée d’un cercle surmontée de 8 fleurons, ceux-ci servant de base à des diadèmes perlés qui se réunissent au sommet par un globe et une croix.
De l’autre côté nous retrouvons sur la partie basse de la borne le blason de l’évêque de Sion, une épée et une crosse surmontée de la mitre et au dessus le blason des sept dizains valaisans représentés par sept étoiles en représentation de la république fédérale du Valais de 1600 jusqu‘à 1802 .

Il est intéressant de noter qu’en cette période le Valais était une république fédérale appelée la république des sept dizains et l’évêque de Sion en était un des princes électif, d’où la double représentation évêque et Valais sur cette borne.
Cette république disparaitra avec le rattachement du Valais à la confédération helvétique en 1815. Le Valais sera alors représenté par treize étoiles sur fond rouge et blanc.

Une belle découverte à faire par ces belles journées d’automne.

Un gypaète barbu au nom de Jacques Balmat

Pourquoi ?

 Un matin de septembre 1834, Jaques Balmat avec son compagnon vallorcin Pache s’engage sur les pentes du mont Ruan. Cristallier, Jacques Balmat, le vainqueur du Mont Blanc avec Michel Paccard en 1786, était depuis toujours à la recherche d’hypothétiques mines d’or que l’on prétendait avoir découvert dans nos régions montagneuses.
Il se rendait souvent à Genève pour faire analyser certains échantillons qu’il rapportait de ses pérégrinations montagnardes. Or, un jour, le chimiste Abraham Raisin lui annonce qu’il a découvert des traces d’or dans un prélèvement trouvé dans la région du Mont Ruan.
Jacques Balmat décide alors de tenter sa chance. Il marche le long des pentes du massif du Ruan, en traverse le glacier, puis s’engage sur des vires surplombant le cirque côté Sixt. Les vires sont de plus en plus étroites. Pache n’ose le suivre. Ce seront les derniers instants ou Jacques Balmat sera vu vivant. Pache rentrera seul à Vallorcine, ne faisant plus aucun commentaire sur cette expédition hasardeuse.
Les nombreuses recherches entreprises dans la région du Fer à cheval – Sixt pour retrouver le corps resteront vaines.
Il avait 72 ans.
Ce sera seulement 19 ans après que le syndic de Sixt Bernard Biord lèvera le voile sur cette disparition. Il révèlera à son confesseur que deux jeunes bergers avaient bien vu le corps tomber de la falaise. Il leur avait alors interdit d’en montrer le lieu. Mais pourquoi donc ? Tout simplement il redoutait l’installation d’une entreprise minière qui risquait de dévaster la forêt. Effectivement, dans les siècles précédents, la vallée avait subi diverses catastrophes suite à une déforestation excessive pour exploiter des mines de fer. Il voulait éviter à son village les mêmes désagréments.
Jacques Balmat repose toujours au pied des falaises du Ruan.

180 ans plus tard, la commune de Sixt décide de baptiser le nouveau gypaète barbu, né dans les falaises de Sixt-Fer à cheval, du nom de ce personnage si illustre de notre vallée de Chamonix. Jacques Balmat connaît une nouvelle vie. Il survolera de nouveau, par le biais de son filleul, ses chères montagnes.

Les Cent ans de la Résidence anciennement Chamonix Palace

En 1910 la société anonyme, la SHFS (société hôtelière franco suisse) après avoir acquis l’Hôtel d’Angleterre et les terrains annexes de  la famille Tairraz, lance le projet de construction d’un palace au centre de Chamonix.

Il s’appellera le Chamonix Palace. Cette société implantée à Chamonix depuis 1903 est un holding important,  propriétaire de très nombreux hôtels dans l’hexagone. La société dresse sur l’Arve une passerelle permettant aux clients de l’Hôtel d’Angleterre d’accéder au parc situé rive gauche. C’est sur ces mêmes terrains qu’est entreprise la construction d’un nouveau palace.

 Le palace est construit selon les normes classiques d’édification de palaces européens. Menés  par deux architectes suisses Mr Verrey et Heydel, les travaux sont conduits par une entreprise locale. L’hôtel abrite alors 200 chambres répartis entre le rez de chaussée et les cinq étages reliés entre eux par un grand escalier doublé d’un ascenseur et d’ un escalier de service à l’arrière. Chaque suite a sa salle de bains et cabinet de toilette avec WC privé et les chambres qui n’ont pas de cabinet de toilette sont pourvues d’une salle d’eau avec eau chaude et froide. De grandes salles à manger occupent toute la partie ouest du palace éclairées par de vastes baies vitrées L’ensemble est agrémenté tennis situés à l’arrière, de grands et beaux jardins en façade L’inauguration a lieu en juin 1914. 

La guerre est déclarée deux mois  plus tard. Le palace a bien du mal à vivre de son activité. Reprenant vie dès la fin de la guerre. Il connaît   ses grandes heures de gloire lors des  bals et galas des années folles. Il héberge un casino pendant quelques années En juin 1926 Le bâtiment est endommagé par un incendie. Il reste fermé un temps puis racheté par la famille Favre.  Il prend  alors le nom de Grand Hôtel et ses clients ont une entrée privilégiée au Casino nouvellement construit sur l’Arve. En cette période sont vendues les parcelles riveraines de la nouvelle avenue de la gare sur lesquelles sont  édifiées les boutiques.

La seconde guerre mondiale  marque le déclin de l’activité hôtelière  de  ce palace, qui tente de survivre une petite dizaine d’années. En 1958 la  partie supérieure  est  transformée en appartements et le rez de chaussée acquis par la commune qui aménage en 1969 le Musée Alpin. La belle rotonde d’origine disparaît, remplacé  par une avancée plus cubique.

 Équilibré dans ses volumes avec un corps central   et de longues ailes latérales,  il est le palace le plus abouti de Chamonix. Construit durant cette période faste de la Belle Epoque le palace est édifié selon l’architecture en vogue où se mêle la tradition néo classique et des fantaisies art nouveau. La partie centrale est  ornée de bow windows afin de rompre la rectitude de la façade. Les garde corps se caractérisent par des formes quelque peu ondulées sans être trop prononcées, les frontons des fenêtres alternent en fronton triangulaire ou semi circulaire.

La fête des guides en 1898

Avant que le 15 août ne devienne la journée officielle de la fête des guides ceux-ci avaient déjà eu à plusieurs reprises organisées des fêtes en l’honneur des guides.
La plus fameuse a lieu le 8 août 1897.

On organise une course de vitesse:
Départ de l’église de Chamonix (1030 m), montée par Bellachat (2154m), puis le Brévent – (2525m) soit 1495 m de dénivelé, descente par le fameux passage de la cheminée (qui n’existe plus de nos jours) , Plan Praz et retour à Chamonix.
Le tout présidé par Joseph Vallot, avec un comité d’organisation mis en place par le maire Mr Paul Payot, aidé de Frédéric Payot ancien guide très apprécié de Whymper, , soutenu par le guide chef Georges Tairraz.
10 concurrents guides se présentent.
Le premier Edouard Payot réussit le tour en 2 heures suivi des 9 autres participants dans la demie heure qui suit !
Quelle performance quand on connait le matériel de l’époque !
De cet évènement une photo a été réalisée par G Tairraz devant le bureau des guides de l’époque.

 

Les 750 ans de Vallorcine

Cette année, Vallorcine commémore les 750 ans de son entrée dans l’histoire de la vallée de Chamonix

« Nous frère (Richard), prieur du prieuré de Chamonix , du diocèse de Genève, à tous ceux qui liront le présent texte, faisons savoir que sciemment et de plein gré, sans y avoir été conduit par quelque ruse ou crainte, mais assuré de droit et de fait, nous avons donné et concédé, en notre nom et au nom de nos successeurs, à titre d’albergement perpétuel, aux Teutoniques de la vallée des ours et à leurs héritiers, la moitié de la vallée des ours susdite.
« Cette vallée est délimitée d’un côté par l’eau appelée Barberine , d’un autre par la montagne appelée Salenton , d’un autre par le lieu où naît l’eau appelée Noire jusqu’à la limite qui sépare le territoire de Martigny et le territoire de l’église de Chamonix .
« De même, nous signifions que les hommes susdits nommés Teutoniques, et leurs héritiers demeurant au même endroit, soient les hommes liges du susdit prieuré de Chamonix et soient tenus d’acquitter annuellement à la fête de saint Michel archange huit deniers de service et à la Toussaint chaque année quatre livres de cens au prieur de Chamonix du moment, sommes à verser et à acquitter intégralement.
« Et si quelqu’un des susdits Teutoniques veut se déplacer en un autre lieu, nous faisons savoir qu’il pourra emporter ses biens meubles avec lui librement et absolument, ainsi que vendre ses propriétés, le droit du domaine de Chamonix étant sauvegardé, mais à des hommes liges du dit prieuré et non à d’autres.
« D’autre part, ils pourront demeurer en paix et libres de menées , de visites et de corvées et, dans le respect des autres usages, droits et coutumes de l’église ou du prieuré de Chamonix, ils doivent obéir au prieur du dit lieu et sont tenus de répondre en tous points, dans le respect des droits de propriété et de seigneurie du dit prieuré conformément à ce qui est en usage et jouissance chez les autres hommes de Chamonix. En foi de quoi nous, prieur susdit, avons apporté notre sceau pour qu’on l’appose sur la présente page.
« Fait au cloître de Chamonix, l’année du seigneur 1264, le deuxième des ides de mai
« 

Ce document est riche de détails. Nous apprenons ainsi que la vallée de Vallorcine est appelée déjà « la vallée des ours », que celle-ci est confiée à une population dénommée les « teutoniques ». On y retrouve également la délimitation assez précise du territoire concerné. Par ailleurs, ces teutoniques resteront libres, c’est-à-dire que le prieuré de Chamonix leur reconnait le statut enviable de propriétaires des lieux.
Mais qui sont donc ces « teutoniques », pourquoi cette appellation ? Ont-ils été appelés ainsi par les prieurs de Chamonix ? Occupaient-ils déjà les lieux ? A-t-on simplement régularisé une situation nouvelle?
C’est difficile de le dire avec précision.
Actuellement, les chercheurs estiment que cette population serait probablement constituée de colons venus du haut Valais appelés les Walser. Ceux-ci, issus d’une population plus ancienne originaire de tribus germaniques arrivant du nord de l’Europe, auraient colonisé peu à peu les hautes vallées des Alpes, profitant d’une période climatique plus clémente pour le passage des cols alpins.

Qui sont les Walser :

source : Dominique Ancey . Association Valors’na

La migration Walser s’est effectuée par la colonisation de hautes terres d’altitude (près des cols) sous l’entreprise des monastères
De cette culture, peu d’éléments précis dans la vallée de Vallorcine permettent d’en affirmer l’implantation formelle. Cependant, quelques éléments d’architecture encore visibles dans le paysage vallorcin tels les regats ou raccards (commun à des vallées suisses et italiennes de culture Walser) sont peut être bien le témoignage de l’installation de ces « teutoniques » dans la vallée des ours.

1264-2014 Vallorcine a célèbré le 750e anniversaire de la charte d’albergement octroyée par Richard prieur de Chamonix aux Teutonici de Valloursine et à leurs héritiers à perpétuité.
La migration à travers les Alpes et la colonisation de ces terres d’altitude par les Walser est un fait unique par son amplitude et sa durée. Ces paysans défricheurs provenant de Souabe puis du Haut Valais ont été appelés par les pouvoirs ecclésiastiques et seigneuriaux. Les actes témoignant de cet appel sont les chartes d’albergement, en allemand Erblehenbriefe. Ils se sont installés dans le haut des vallées près des cols ce qui était stratégique au moment où le trafic de transit se développait. Là où ils se sont implantés, il s’est avéré que ce sont les territoires les plus soumis aux aléas tels que les glissements de terrains, avalanches etc. Au XIIIe siècle, l’émigration s’est d’abord produite vers l’ouest dont Vallorcine puis sur le versant méridional par les cols du Théodule et de Gries, ils ont fondé des colonies dans les vallées en étoile autour du Mont Rose ( dénommées la garde allemande par De Saussure): Macugnaga, le Val Sésia, Gressoney, le val d’Ayas. de Formazza à Bosco-Gurin et par les cols de la Furka et l’Oberalp ils ont essaimé les Grisons où ils se sont fortement implantés par touches. La fin de la diaspora se situe au XVe siècle, au moment du petit âge glaciaire, dans le Haut Prättigau et les deux Walsertal. Walser, contraction de Walliser (valaisan), est le terme utilisé pour les distinguer des autres populations alémaniques.
Max Waibel, spécialiste suisse des études Walser, décrit ainsi Vallorcine dans son ouvrage, « En chemin vers les Walser »

Une remarquable expression de l’art déco : la Banque de Paul Payot maire de Chamonix de 1888 à 1901

Dans les revues spécialisées d’architecture des années 1930, la construction de la banque Payot à Chamonix est souvent donnée en exemple. Réalisée par l’architecte Marcel Cochet, elle attire l’attention des spécialistes de l’époque pour l’originalité et la qualité du bâtiment.


A Chamonix, jusqu’à cette période, on construisait avec des boules d’Arve que l’on cimentait entre elles et que l’on enduisait de crépi ou d’enduit.
Marcel Cochet innove totalement.

Il élève l’ossature du bâtiment en béton armé. Il connaissait les aléas de ce type de ce matériau, notamment face aux différences de températures extrêmes de la vallée. Cette armature est ensuite comblée aux étages de briques creuses et est complétée par une cloison en dolomite (panneaux de paille, ligaturée réalisant un matelas isolant). En 1930, en Savoie, ce type de construction n’était pas chose courante, d’autant plus que Marcel Cochet ose utiliser le béton pour le toit ce qui provoqua bon nombre de questionnements de la part de ses confrères.
Son esprit vigilant le conduira à imaginer des méthodes complémentaires pour assurer l’étanchéité des terrasses. Il saura aussi profiter de l’expérience locale en adoptant des doubles cloisons et des doubles fenêtres pour mieux lutter contre le froid.
Les façades ont été traitées par une méthode simple : un revêtement de plaques moulées en simili granit poli, agrafées aux piliers de béton armé.
Le procédé est vraiment révolutionnaire à Chamonix.


Le 1er étage est occupé par l’appartement de Mr Payot, deux appartements occupent le second et un seul plus petit le troisième. Dans la partie supérieure, une zone plate « non aedificandi » est aménagée en terrasse pour qu’un hôtel, l’Impérial situé à l’arrière, conserve la vue sur le Mont Blanc.
Les façades de la banque sont décorées de panneaux de ferronneries d’une remarquable finesse (hélas disparues depuis) qui avaient été réalisées par la maison Schmidt de Chamonix.
L’architecture Art Déco a horreur des angles droits si bien que pour les immeubles d’angle on s’arrange toujours pour les couper ou les arrondir. Exemple frappant ici sur la banque :


Lorsque l’on parle Art Déco le décor joue évidemment son rôle. Ainsi sur la banque au dessus des grilles est inscrit en mosaïque le mot « change » en français, anglais, italien et allemand de même pour la Sur la façade où sont incrustés des panneaux de mosaïques de grès et d’émaux réalisées par une entreprise lyonnaisse.

Ceux-ci rappellent le souvenir de l’oncle Venance Payot, naturaliste, botaniste et collectionneur de cristaux qui tenait à cet endroit quelques dizaines d’années auparavant un muséum.
L’une d’elles représente une fleur d’edelweiss qui pourtant n’est pas une fleur de chez nous ! Peu importe, seul le décor compte.

Plus de 80 ans après, on ne peut que rester admiratif devant ce bâtiment unique trônant au cœur de Chamonix.

Publicité pour oxygène parue en 1898

En feuilletant  la  » Revue illustrée du Mont Blanc et de Chamonix » parue en  juillet 1898 on y trouve une publicité tout à fait  amusante sur la possibilité de commander de l’oxygène à emporter pour aller en altitude.

Il est précisé : « indispensable contre les troubles de la respiration et le mal des montagnes »

Dans une de ces revues, un long article écrit par Mr Joseph Vallot décrit d’ailleurs les difficultés que beaucoup ont lorsqu’ils tentent le mont Blanc. Il se plaint déjà du trop grand nombre de personnes se trouvant en haute montagne et méconnaissant le milieu

La source sulfureuse des Mouilles

La source sulfureuse de Chamonix
Dans un lieu secret peu connu des chamoniards se nichent les ruines d’un bâtiment abritant une ancienne source sulfureuse, découverte au début du XIXème siècle.


En 1823, une eau jaillissant des Mouilles, analysée par un médecin, Mr le Dr de Gimbernat, se révèle « minérale, froide, saline, sulfureuse», et obtient une autorisation royale d’exploitation.
Les frères Charlet , propriétaires du site et propriétaire ainsi que de l’hôtel de l’Union au centre ville, aménagent des canalisations de bois depuis la source des Mouilles jusqu’à l’hôtel afin de proposer à leurs clients des bains, luxe incroyable à cette époque.


En 1834, Mr Morin, chimiste de Genève, la considérait riche en « qualité thérapeutique ». Mais l’idée d’utiliser ces eaux fait toujours son chemin. En 1863, le docteur Depraz lance une demande d’autorisation d’exploitation Les sources des Mouilles sont alors étudiées avec soin par l’Académie de médecine de Paris. Celle ci estime « la sources sulfureuse conforme aux eaux les plus réputées contre les maladies de la peau, les ulcères et les cachexies » et les sources d’eau naturelle toutes proches se révèlent des « eaux ferrugineuses appropriées aux malades souffrant de constitutions lymphatiques et débilitantes ».
Cependant, le Conseil général des Mines estime qu’il ne sera pas possible d’accorder une autorisation définitive avant « qu’un captage convenable de la source ait été opéré ».
L’autorisation tarde à venir. Les hôteliers chamoniards rêvent de créer une station hydrominérale à l’image des stations thermales en vogue à cette période. On veut une belle station « climatérique ».
Le projet est relancé néanmoins toujours d’actualité.
Il faut attendre 1876, pour qu’une nouvelle étude soit faite, cette fois-ci par le docteur Duchosal : « l’eau jaillissante est une eau claire, limpide, dont l’odeur est celle des œufs couvés, dont la température est de 9 centigrades… ». Il indique, après analyse des eaux et enquête auprès de la population locale, « que ces eaux peuvent être employées en boisson, en douches, bains, injections, en inhalation et même peut être embouteillée. « Leur emploi peut être étendu à presque tous les cas de maladies chroniques dans lesquels on emploie les eaux de St Gervais… Peu de pays peuvent offrir autant de facilités pour un établissement hydrothérapique… ».
La société des hôtels réunis de Chamonix envisage un grand projet une grande installation avec hôtel de 300 chambres, exploitation de la source, couplée avec des bains de lait. Ce beau projet ne sera jamais réalisé. Cependant, les conduites seront emportées les inondations régulières de l’Arve et de l’Arveyron et elles seront abandonnées.


La première guerre interrompt toute idée de création d’une station thermale.
En 1930, nouvelle tentative. Le nouveau propriétaire, Mr Alphand, entreprend de remettre au goût du jour l’exploitation de la source. Les analyses sont réalisées quatre années de suite par le ministère de la Santé publique, qui lui accorde enfin en 1936, et pour 30 ans, l’autorisation d’exploiter les eaux. Mr Alphand construit alors un petit édifice au dessus de la source, aménage un kiosque à musique dégustation et se lance dans l’exploitation de sa source.


Elle prend le nom de « La vivifiante ». Les analyses seront faites très régulièrement. On abandonne vite l’idée d’embouteillage, l’eau ne conservant pas ses propriétés minérales.


Le petit établissement fonctionne ainsi une trentaine d’années, recevant quelques curistes et surtout des curieux et des habitués, la source ayant toujours sa réputation locale. Les médecins de la vallée recommandent à leurs malades d’en boire régulièrement l’eau.
Le débit de la source se réduit peu à peu, en raison des travaux de canalisations des sources naturelles voisines réalisés afin d’assécher les zones marécageuses de ce secteur de la vallée.
Les chamoniards continueront jusque dans les années 1970 à venir faire provision de cette eau aux qualités médicinales incontestées.

La source est abandonnée, mais les chamoniards s’y rendent toujours régulièrement, lui attribuant des qualités curatives appréciées de tous. Depuis, la source s’est tarie et le lieu est laissé à l’abandon.

n lieu secret peu connu des  chamoniards se nichent les ruines d’une ancienne source

Moulins : Une activité essentielle de l’économie chamoniarde des siècles passés

MOULINS : Une très ancienne activité chamoniarde.

De nombreuses lithographies et dessins nous apportent le témoignage d’une activité oubliée de nos jours, essentielle pour l’économie locale,  celle des moulins actionnés par le courant des torrents et cascades abondants dans la vallée.

Dès le moyen âge, se tiennent de nombreuses et âpres négociations avec les prieurs pour la mise en œuvre de machines actionnées par la force de l’eau. Moulins à farine, moulins à « foulon »  (chanvre et lin ), moulins de scierie. (voir dossier ci après)

Les plus nombreux seront les foulons associés à des tanneries pour travailler le chanvre.  Cette plante répandue dans toute la vallée était utilisée pour nombres d’objets : cordes, vêtements, draps. Travail fastidieux, pénible, avec de nombreuses opérations. 

Le plan des archives départementales  (1531)  indique onze moulins .  2 au Lac, 2 à Vaudagne, 1 aux Esserts, 1 à Merlet,  1 aux Tines, 2 à l’Outraz, 1 aux Frasserands. Ceux-ci  étaient toujours couplés avec des tanneries, des forges, des fouloirs ou des pressoirs.

HISTORIQUE DES MOULINS CI DESSOUS :

Avec l’arrivée des visiteurs et une nette amélioration des conditions de vie La vallée connaît   un nouvel essor, les moulins se développent et se généralisent.

Pour la conservation on utilisait de l’écorce de mélèze qui servait de tanin et des acides naturels pour la souplesse, d’où les odeurs fortes qui rejetaient les tanneries à l’extérieur des villages. On travaillait également le lin que l’on réservait pour les vêtements « du dimanche » et parfois quelques draps.

Mais encore plus fréquents étaient les moulins de scieries dont le  bois servait à la construction, à la fabrication du mobilier, aux  outils et alimentait les chauffages des maisons. Ce matériau était à la base de l’économie locale. Chaque hameau possédait une à deux scieries.

Il est intéressant de noter qu’en 1829 l’administration cherchait à contrôler ces scieries qu’elle considérait « comme nuisible » à la conservation des forêts, car nombreux étaient les propriétaires faisant des coupes de bois dites bois de lune (c’est-à-dire coupé de nuit sans aucun contrôle). Il y avait aussi quelques moulins couplés avec des forges. La forge comprenait un martinet indispensable pour travailler les outils agricoles.

 Ex le 28 octobre 1861 : Joseph Auguste Tronchet meunier cède aux frères Michel et Pierre Devouassoud, maréchaux et serruriers,  «le droit de placer dans la « bezière »  provenant de la rivière Arve qui fait mouvoir les moulins que le dit venant possède au sommet du bourg de Chamonix deux roues pour la mouvance d’un martinet et autres artefacts que les frères Devouassoud vont établir ».

moulin de la famille Tronchet en bordure’ d’Arve

Un moulin dépendait d’une installation hydraulique pour amener l’eau. Celle-ci était conduite au dessus de la roue à aubes par une canalisation de bois inclinée, sorte de chenal suspendu à ciel ouvert.  Souvent l’eau était détournée du lit principal du torrent par une bédière. 

Par sa force, l’eau actionnait le mouvement de la roue. La plus grande difficulté était d’avoir une amenée d’eau régulière. Les rapports de syndics du 18ème précisent que beaucoup de ces scieries ne fonctionnaient qu’en période de « hautes eaux », c’est à dire à la fonte des neiges ou en période de grandes pluies. D’ailleurs les scieries ne pouvant fonctionner toute l’année, les scieurs se faisaient bûcherons ou louaient leurs bras.

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